— Je lui ai tout raconte. Elle m'a cru. C'est une fille bien.

— C'est une fille bien qu'on va mettre au frais durant quelques heures ! decide-je.

— Pourquoi ?

— Pour avoir les coudees franches. On va le coincer, ce salopard, je te jure qu'on va le coincer !

— Tu as un plan, papa ?

Si tu le voyais, le lieutenant Antoine, il est redevenu petit garcon. Son sort est entre mes pattes et il l'accepte. Un jour, sans doute, prendra-t-il ma succession. Mais pour l'heure, c'est moi le patron.

— Oui, fils, j'ai un plan. Tu en fais partie, Beru aussi. Je vais avoir egalement besoin de la collaboration d'Anatole Blondeau et de Larronde.

— Larronde, le journaliste ? tique Antoine. Qu'est-ce que tu attends de lui ?

— Qu'il raconte des conneries, comme d'habitude.

Derniere partie

LE PIEGE

Chapitre bonze(ou bronze, ou gonze… Tu choisis, je m'en fous !)

Mon piege etait tendu, je pouvais donc savourer ce que l'on nomme « le repos du guerrier » dans les romans plus zhuppes que les miens[33].

Felicie se trouvait toujours au chevet de la cousine Adele dont la tentative de suicide oleagineux necessitait un suivi psychologique, le remplacement de la moquette et une surveillance de chaque instant pour parer a toute recidive qui aurait conduit la maison Lesieur a la rupture de stock.

En bon pere de famille moyenne, le survete en moins, j'ai emmene Marie-Marie et ma petite Antoinette dans un Macdo pas plus Bove que les autres. La gamine a picore trois frites, pompe avec sa paille une gorgee de Coca avant de le renverser, s'est paye douze tours de manege et huit de toboggan. Des qu'elle a eu vomi on est rentres a Saint-Cloud, on l'a couchee et elle s'est endormie apres avoir ecoute une version soft du Petit Poucet. J'ai alors interprete la version hard du Gros Poucet a ma Musaraigne de femme.

Si bien qu'a l'heure ou je te reviens au present, elle ondule en gemissant sur mon ventre car elle adore me chevaucher. Je l'attrape par les hanches pour augmenter la cadence. Je remarque alors la porte de notre chambre qui pivote lentement sur ses gonds. Ma premiere crainte est de voir paraitre ma fille, suite a un cauchemar digestif. Je ramene le drap sur le cul de Marie-Marie. Ma seconde idee est qu'un petit malin pourrait avoir envie de me plomber en plein coit. Mon flingue fleurit dans ma pogne comme un tournesol a midi. Tout ca ne m'a pas pris plus d'un centieme de seconde. Marie-Marie ne s'est apercue de rien.

Je suis vite rassure en decouvrant Maria notre bonne eternelle qui s'encadre discretement. Sa robe de chambre est largement ouverte pour me permettre d'apprecier a sa juste valeur son luxuriant tablier de sapeur qu'elle astique sans menagement de trois doigts fougueux. Je lui adresse un clin d'?il de connivence et redouble d'ardeur. Elle jouit en meme temps que nous, larguant une giclee de mouillette que la moquette de haute laine ne tardera guere a eponger. Puis elle referme la porte et s'en retourne comme elle est velue[34]. Ca, c'est du personnel surchoix !

A l'instant meme, le biniou se met a carilloner. J'ai un Roykeau surexcite au bout du fil. La trappe a fonctionne. Nicolas Godemiche a ete intercepte a la gare de Nogent-le-Rotrou alors qu'il debarquait d'un train en provenance de Chartres. On va le conduire de ce pas dans le bureau du la juge Annick Hatouva. On m'attend au plus vite. Je reluque ma tocante, elle affiche un dix heures dix tres gaullien. Le temps d'un baiser sur les miches de Marie-Marie, et de me laver la biroute, je serai sur place dans une heure.

Je fus un peu en retard car Maria m'attendait a la salle de bains pour me debarbouiller Popaul. Ce qu'elle fit avec une technique labiale et linguale qui n'appartient qu'a elle.

Viva Maria !

* * *

— Vous la servez comment-est-ce M'ame Martha, vot' tarte aux pommes ? questionne Beru, frisant l'apoplexie.

— Caramelisee, flambee au calvados et nappee de creme fraiche, raconte la brave paysanne.

Le Mastard apprecie.

— Leger comme j'aime. Mais si ca serait un effet de vot' bonte, j' reprendrerais bien un peu d' potee avant le dessert.

— Y a le Livarot, aussi, m'sieur l'inspecteur ! precise Anatole Blondeau.

— J'oublille pas, fait le Gravos. La potee est tellement si bonne qu'elle a un gout de reviendez-y. Juste une p'tite assiette echantillon : un jambonneau, deux trois saucisses, queques patates avec du chou. Je vais faire l'impasse sur les carottes vu que j'ai deja les fesses roses !

La-dessus, il eclate d'un rire postillonnant, tandis que la mere Blondeau lui remplit son ecuelle l'air tellement las que son mari prend le relais.

— Tu tiens plus debout, ma grande. Monte te coucher, je vais m'occuper de notre invite.

— C'est pas de refus.

La femme denoue son tablier, embrasse son epoux sur le front, serre la main de Beru et s'evacue d'un pas pesant dans l'escalier. Sitot qu'elle a quitte la piece, Anatole se confie a Alexandre-Benoit.

— Depuis l'assassinat de Juliette, elle n'a pas ferme l'?il, moi non plus, d'ailleurs.

Tout en ingurgitant sa platee de victuailles, Beru compatit avec sa delicatesse coutumiere.

— Je sais c' que c'est ! Y a deux ans on a perdu Dick, un epagneul-labrador de toute beaute. Ecrase par un taxi. Eh ben j' vous jure que les premiers temps, fallait qu' j' me force pour avaler mes aperos.

Un long silence s'etablit entre les deux hommes, a peine trouble par les deglutitions de fortes lampees de cidre. Le paysan sort d'un tiroir la derniere edition de La Republique du Perche et la brandit devant Beru. En premiere page on peut lire le titre qui fait la manchette de tous les quotidiens et la une des journaux radio et tele : « Le pere a vu l'assassin de sa fille, pourquoi refuse-t-il de le denoncer ? »

— Je me demande a quoi ca sert, toutes vos manigances, grommelle-t-il. J'ai rien vu.

— On le sait bien, mais c'est un piege !

— Pour pas inquieter Martha, j'ai cache le journal et je lui ai dit que vous etiez simplement ici pour les besoins de l'enquete.

— V' z' avez bien fait, M'sieur Anatole, explique l'Obese. Mon superieur rachitique, le commissaire San- Antonio qu' vous connaissez, s' sert de vous comme chevre, pour empater le cereales killer qui tue en serie. La verite, c'est que j' sus la pour vous proteger.

— Vous croyez que j'ai besoin d'etre protege ? ricane le cul-terreux en designant un fusil accroche au mur.

— C't' une mesure de securite qu'on prend par precaution, pleonasme Beru, en se servant d'autorite la moitie du Livarot. Vous z'aureriez rien de plus muscle a boire pour accompagner le from'ton ?

— Ma gnole ? Propose Anatole. Ou mon calva ?

— Voila des mots que j'aime entendre, poetise le Mastard en se pourlechant les babines. Apportez les deux, on va trier.

A l'etage, Martha fermait les volets de sa chambre. Elle ne remarqua pas que le coffre de la vieille D.S. de Berurier se soulevait et qu'une ombre s'en evadait.

* * *

Nicolas Godemiche a l'air de ce que l'on nomme dans sa Beauce natale « une corneille pouilleuse » et en Bretagne « une mouette mazoutee ». Il a perdu toute sa superbe et son teint est plombe comme un wagon en partance pour Auschwitz.

Malgre l'heure tardive, la juge Hatouva s'est fardee facon marquise de Pompadour et sa jupe est si courte

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