accueillaient les nouveaux arrivants avec la cordialite confiante de chiens qui ont toujours entretenu les meilleures relations avec l’espece humaine.

Ce fut cette attitude des chiens qui servit a determiner celle des humains.

Les voyageurs consideraient que le comportement d’un homme envers son chien donnait une indication parfaitement valable sur son caractere. D’autre part, les habitants de la planete s’apercurent que les nouveaux arrivants savaient comment traiter les chiens.

Burl et Saya s’avancerent pour accueillir les etrangers avec la dignite et la gentillesse de deux enfants bien eleves.

Le navire spatial etait le Wapiti. C’etait un yacht prive dont les passagers combinaient les plaisirs de la chasse avec des recherches scientifiques effectuees en amateurs. Au retour d’un fructueux safari, ils effectuaient une exploration pour le compte du Service de Prospection biologique. C’etait dans ce but qu’ils s’etaient poses sur la planete oubliee… qui jamais plus ne serait oubliee.

EPILOGUE

Ainsi, le premier navire spatial a se poser sur la planete avait ete Tethys. L’Orana lui avait succede et, quelques siecles plus tard, le Ludred.

Puis, jusqu’a l’apparition du Wapiti, la planete avait ete oubliee.

C’etait le hasard qui avait provoque la disparition d’une fiche et l’oubli par le monde civilise d’une planete inhabitee. Ce fut aussi le hasard qui, au bout de quelques milliers d’annees, remit la planete sur les cartes.

Un des savants attaches au Service de Prospection biologique avait note le soleil qui eclairait la planete oubliee comme etant de ceux dont les satellites sont habitables par l’homme. Il avait consulte les fichiers et n’avait pas trouve de documentation se rapportant a ce systeme solaire. Par sa situation, une planete surtout lui paraissait interessante. Il avait fait alors une proposition aux proprietaires du navire spatial Wapiti. Ceux-ci partaient pour une serie de grands safaris. Un crochet dans l’espace pouvait leur permettre d’inspecter la planete inconnue sans pour cela se detourner de leur route. Consentaient-ils a le faire ?

Les chasseurs accepterent avec enthousiasme.

Se poser sur une planete inconnue leur avait paru une aventure interessante. Y decouvrir des etres humains etait une experience passionnante. Cependant, lorsque, sortis de leur vaisseau spatial, les passagers du Wapiti se trouverent face a face avec Saya et Burl, ils se demanderent comment ils allaient entrer en contact avec le jeune couple. Ils etaient deroutes par ces costumes barbares et ces armes primitives. Ils essayerent d’entamer la conversation. Mais en quarante siecles le langage des gens civilises avait evolue tandis que le vocabulaire des hommes oublies sur la planete s’etait reduit a une sorte de patois archaique.

Heureusement, les voyageurs de l’espace avaient emporte avec eux une merveille electronique baptisee « Educateur ». C’etait une espece de cerveau. On l’employait dans toute la Galaxie pour l’education des tres jeunes enfants. Grace a l’Educateur, ces derniers assimilaient sans effort les premieres notions scolaires. La machine leur apprenait a lire, a ecrire, a compter. Elle leur inculquait des bases d’hygiene, de geographie, d’astronomie et de mathematiques.

Il etait rare que l’on ait a employer un Educateur pour instruire un adulte.

Ce fut pourtant ce qui arriva a Burl et a Saya.

Burl fut courtoisement invite par les passagers du Wapiti a mettre a ses oreilles les ecouteurs de la machine.

L’experience fut extremement satisfaisante. Le jeune homme assimila avec une rapidite prodigieuse le langage de ses visiteurs puis une quantite de connaissances nouvelles. L’enseignement dispense par la machine etait admirablement condense. Il fallait des generations pour compiler une archive-mere d’Educateur. D’ailleurs, l’instrument l’expliqua a Burl. Il prevint aussi le jeune homme qu’en sa qualite d’adulte, il allait payer son usage de l’appareil par des maux de tete prolonges. Burl ne mit pas longtemps a constater que c’etait tristement exact.

Malgre ses migraines, le jeune homme insista pour que Saya, a son tour, beneficie de la machine.

Les deux jeunes gens purent bientot discuter librement avec les nouveaux venus et leur expliquer quel etait l’etat des choses sur la planete oubliee.

Le premier desir exprime par les sportifs du Wapiti fut naturellement de prendre part a une de ces extraordinaires chasses aux insectes geants. Avec l’assistance des chiens, bien entendu. Et en etant armes de lances. Burl fut naturellement d’accord. Les autres membres de la tribu montrerent moins d’enthousiasme. Alors Burl les obligea a passer a leur tour par l’epreuve de l’Educateur.

Les chasses furent un grand succes. Les passagers du Wapiti deciderent de s’installer pour un long sejour sur la planete oubliee.

Grace a la machine, Burl devenait peu a peu un homme civilise. Certes, il lui manquait la culture specialisee de ses hotes. Mais cette ignorance etait compensee par la connaissance unique qu’il possedait de sa planete et des insectes qui y pullulaient. D’ailleurs, lorsque, plus tard, des savants voulurent enregistrer les precieux renseignements contenus dans le cerveau de Burl, ce fut pour eux un travail enorme. Et les Educateurs ne purent posseder cette science sous forme condensee qu’un siecle plus tard, tant elle se montra difficile a resumer.

Les allusions que Burl faisait sans cesse aux basses terres finirent par interesser ses nouveaux amis. Ils deciderent de tenter une expedition sous les nuages. Pour explorer ce terrain dangereux, il ne s’agissait plus de se servir de lances ou d’emmener des chiens. Trois hommes monterent a bord d’un petit avion, tire tout expres des vastes cales du yacht spatial. Et ils emportaient des armes modernes pour affronter les monstres.

Les explorateurs firent une chasse magnifique. Et, ce qui les interessa encore davantage, ils decouvrirent au cours de leur expedition un autre groupe d’humains qui vivaient comme des animaux traques dans la foret de champignons. Tandis que deux chasseurs restaient en bas, un troisieme fit la navette avec l’avion pour remonter toute la tribu primitive sur le plateau.

Finalement, le sejour du Wapiti sur la planete oubliee dura deux mois entiers. Quand les chasseurs repartirent, ils laisserent a Burl et a ses compagnons des armes et des outils, des petits avions et, naturellement, le precieux Educateur.

De leur sejour sur la planete, ils emportaient, avec un sentiment de chaude affection pour le jeune chef, le souvenir des safaris les plus excitants auxquels ils aient jamais pris part.

Les premiers visiteurs de la planete oubliee raconterent partout leurs aventures. Ils exposerent leurs trophees qui firent l’envie de tous les chasseurs de la galaxie. Aussi, peu de temps apres, un deuxieme vaisseau charge de chasseurs se posa sur le plateau. Les nouveaux arrivants se trouverent en presence d’une veritable petite ville qui contenait plus de trois cents habitants. Grace a l’Educateur, les sauvages d’autrefois possedaient maintenant une organisation culturelle bien adaptee a leur milieu naturel. Ils pratiquaient l’hygiene. Ils avaient construit des logements parfaitement bien concus.

Le vaisseau leur apportait des avions et des armes, ainsi que des nouvelles de leurs precedents visiteurs. Ces derniers signalaient a Burl que, de tous cotes, on demandait des fourrures de phalene. Ces peaux somptueuses etaient introuvables partout ailleurs que sur la planete oubliee. Ce pouvait etre une source d’echanges et de profits pour le peuple de Burl.

D’autres chasseurs aborderent sur la planete. Mais le quatrieme vaisseau spatial qui se presenta avait ete frete par des commercants. Ils venaient pour acheter a n’importe quel prix les fourrures de phalene et le tissu d’aile de papillon. Ils reclamaient egalement des fragments de carapace d’insectes, ces grands panneaux de chitine irisee que l’on utilisait maintenant dans la decoration.

Un millier d’hommes vivaient alors sur le plateau. Leur nombre s’accrut. Leur bien-etre aussi. Chasseurs et commercants se succedaient. Les uns et les autres payaient largement.

Il etait normal que le peuple de Burl garde le monopole des chasses. Non seulement parce qu’il etait l’occupant des lieux, mais surtout parce que seuls des etres humains nes et ayant vecu sur les basses terres pouvaient avoir une connaissance detaillee et pratique des m?urs des insectes.

Il arriva en effet que des chasseurs imprudents s’embarquent sans guide pour passer sous les nuages. Ils ne revinrent pas de leur expedition.

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