Erg Noor notait les chiffres pour calculer ensuite le regime orbital. 43,2 masses terrestres : la planete etait grande. Son attraction clouerait le vaisseau contre le sol. Les gens seraient comme de pauvres insectes englues ...

Le chef de l’expedition se rappela les histoires sinistres, a demi legendaires, d’astronautes tombes accidentellement sur des planetes geantes. Les vaisseaux interstellaires d’autrefois perissaient souvent a cause de leur vitesse reduite et de leur carburant trop faible. Terrible rugissement des moteurs et vibration du vaisseau qui, incapable de s’echapper, adherait a la surface de la planete. L’astronef restait intact, mais les os des gens qui essayaient de ramper dessus, etaient broyes. L’horreur indescriptible de ces catastrophes se faisait sentir dans les cris entrecoupes des derniers messages, des emissions d’adieu.

Ce sort ne menacait pas l’equipage de la Tantra, aussi longtemps qu’on tournerait autour de la planete. Mais si on devait atterir, seuls les individus tres robustes pourraient porter leur propre poids dans ce refuge ou ils seraient contraints de passer des dizaines d’annees. Survivraient-ils dans ces conditions, sous un lourd fardeau, dans la nuit eternelle du soleil infrarouge et dans l’atmosphere compacte ? Mais c’etait Tunique espoir de salut, on n’avait pas le choix !

La Tantra decrivait son orbite aux confins de l’atmosphere. Les astronautes ne pouvaient manquer l’occasion d’explorer cette planete situee relativement pres de la leur. Son cote eclaire ou, plus exactement, rechauffe, se distinguait de l’autre par une temperature beaucoup plus elevee et aussi par une forte concentration d’electricite qui influencait les puissants detecteurs et deformait leurs indications. Erg Noor decida d’etudier la planete au moyen des stations-bombes. On en lacha une, et l’automate annonca, a la surprise generale, la presence de l’oxygene libre dans une atmosphere neono-azotee, des vapeurs d’eau et une temperature de 12 degres. Ces conditions ressemblaient, dans l’ensemble, a celles de la Terre. Seule, la pression atmospherique etait superieure de quatre dixiemes et l’attraction depassait de deux fois et demie celle de notre globe ...

— On peut y vivre ! dit le biologiste avec un faible sourire, en communiquant ces donnees au chef.

— Alors, il y a des chances que cette sinistre planete soit habitee et que ces etres soient petits et malfaisants.

A la quinzieme revolution de l’astronef, on prepara une staition-bombe munie d’un puissant appareil de television. Mais, lancee dans l’ombre, alors que la planete avait tourne de 120 degres, la station disparut sans donner de signaux.

— Elle a plonge dans l’ocean, constata le geologue Bina Led, en se mordant les levres de depit.

— Il faudra recourir au detecteur principal avant de lacher l’autre robot a television ! Nous n’en avons que deux !

La Tantra survolait la planete en emettant un faisceau de rayons radio-actifs qui fouillaient les contours vagues des terres et des mers. Une vaste plaine s’ebaucha, qui s’avancait dans l’ocean ou separait deux mers presque a l’equateur. Les rayons parcouraient en zigzag une zone de deux cents kilometres de large. Soudain, un point brillant s’alluma sur l’ecran du detecteur. Un coup de sifflet qui fouetta les nerfs tendus de l’equipage, confirma que ce n’etait pas une hallucination.

— Du metal ! s’ecria le geologue. Un gisement a ciel ouvert.

Erg Noor secoua la tete.

— Si breve qu’ait ete l’etincelle, j’ai remarque la nettete des contours. C’est un gros morceau de metal, une meteorite ou ...

— Un vaisseau ! s’ecrierent en ch?ur Niza et le biologiste.

— Fiction ! trancha Pour Hiss.

— Realite peut-etre, repliqua Erg Noor.

— Inutile de discuter, insistait Pour Hiss, car il n’y a pas de preuves. Nous n’allons pourtant pas atterrir ...

— Nous verifierons la chose dans trois heures, quand nous serons revenus au-dessus de cette plaine. Notez que l’objet metallique se trouve sur un terrain que j’aurais choisi moi-meme pour l’atterrissage ... C’est la que nous lancerons la station de television. Reglez le faisceau du detecteur sur la commande de six secondes !

Le plan d’Erg Noor reussit, et la Tantra recommenca sa revolution de trois heures autour de la planete obscure. Cette fois, aux abords de la plaine continentale, le vaisseau recut un communique du poste de television automatique. Tous les yeux se riverent sur l’ecran eclaire. Le rayon visuel, branche avec un bruit sec, remua de-ci, de-la, tel un ?il humain, decrivant les contours des objets au fond du gouffre sombre.

Key Baer croyait voir tourner la tete mobile de la station, sortie de sa cuirasse solide. Dans la zone illuminee par le rayon de l’appareil, defilaient des collines basses, des ravins sinueux. L’image d’une chose pisciforme et brillante traversa tout a coup l’ecran, et l’obscurite se retablit autour d’un plateau en gradins que le faisceau lumineux avait arrache aux tenebres.

— Un astronef !

Le cri avait jailli de plusieurs gosiers a la fois. Niza adressa a Pour Hiss un regard de triomphe. L’ecran s’eteignit, la Tantra s’eloigna de nouveau de l’appareil de television, mais le biologiste Eon Tal avait deja fixe la pellicule du cliche electronique. De ses doigts tremblant d’impatience, il l’insera dans le projecteur de l’ecran hemispherique16, dont les parois internes renvoyerent une image agrandie ...

Voici l’avant fusele, au profil si familier, le renflement de l’arriere, la haute crete du recepteur d’equilibre ... Si invraisemblable que parut cette vision, cette rencontre inesperee sur une planete obscure, le robot ne pouvait s’abuser : c’etait bien un astronef terrestre ! Pose horizontalement sur de puissants supports il etait intact, comme s’il venait de faire un atterrissage normal.

La Tantra qui decrivait autour de la planete des cercles tres rapides a cause de sa proximite, envoyait des signaux qui restaient sans reponse. Plusieurs heures s’etaient ecoulees quand les quatorze membres de l’expedition furent de nouveau reunis au poste central. Erg Noor, jusque-la plonge dans ses reflexions, se leva.

— J’ai l’intention d’atterrir. Peut-etre que nos freres ont besoin de secours, peut-etre que leur vaisseau est endommage et ne peut retourner sur la Terre. Dans ce cas, nous les recueillons, nous embarquons de l’anameson et nous voila tous depannes. Inutile de lancer une fusee de sauvetage : elle ne nous fournirait pas de carburant et depenserait tant d’energie qu’on n’aurait plus de quoi envoyer l’appel a la Terre.

Вы читаете La Nebuleuse d'Andromede
Добавить отзыв
ВСЕ ОТЗЫВЫ О КНИГЕ В ИЗБРАННОЕ

0

Вы можете отметить интересные вам фрагменты текста, которые будут доступны по уникальной ссылке в адресной строке браузера.

Отметить Добавить цитату