de son camarade Heinstein qu’est prostipute a Hambourg. Elle radine pour l’aider a retrouver l’arnaqueur, lequel se planque sous des faux blazes, vu qu’il est recherche pour nazisme. Ce zig, c’est un amateur de petasses. D’ou l’esploration des differents points de prostitution de Paris par Hildegarde, tu suis ?

— Je !

Il m’ote ma seconde chaine. Quand y a plus de chaine, y a du plaisir. Je me fais jouer les muscles, les articulations, les membres…

— Apres, mon Gros ?

— Hildegarde a ete tuyautee. Elle a appris que le Gangster…

— Wolfgang Ster, en deux mots qui se decomposent en prenom et nom, rectifie-je.

— Et si je prefere l’appeler Gangster tout court pour la commodite du transport ? se rebiffe le Dodu. Tu trouves que ce diminutif lui va pas ?

— Entierement d’accord avec vous, baron. After ?

— Hildegarde a donc appris que le Gangster s’est mis en cheville avec Laurenzi pour couler les gadins[62]. La v’la qui s’introduit dans les relations de Laurenzi, comme pensionnaire de sa turne d’abord, puis, une chose en amenant d’autres, comme amie. Elle se fait un allie de Laurenzi et lui demande de l’aider a mettre la paluche sur Gangster.

— Minute, tu ne m’as pas dit si Laurenzi avait brade les pierres du nazi ?

— C’est la que je m’ai file en rogne. Cette ordure a pretendu qu’il avait branche le Frise sur mon oncle, comme quoi tonton Prosper eusse ete un receleur de grande envergure.

Beru se claque les jambons.

— Tu vois d’ici ? Tonton dans sa metairie, avec sa paillasse et son coq pour copain, chiquant les grands cracks du recel dans la bouse de Saint-Locdu-le-Vieux ! Y a de quoi s’extirper les boyaux pour en faire des blagues a tabac, non ?

— En effet.

Ca l’a mis de bonne humeur, cette perspective.

— Qui est la denommee Isabeau par rapport a Hildegarde ?

— Une amie d’enfance, elles ont fait les Beaux-Arts ensemble. C’est elle qu’est proprietaire de cette galerie dont tu es dans l’annexe du fond de la cour. Parait qu’elle est entretenue par un riche maniaque de la finance. Ces deux bergeres se sont si tellement bien demenees qu’elles ont fini par decouvrir que le Laurenzi les berlurait et qu’il trafiquait avec Gangster.

— C’est pourquoi elles lui sont serre le corgnolon jusqu’a ce que mort s’ensuive ?

— Exact.

Il se rembrunit.

— Auparavant elles avaient appris le deces de mon tonton et elles pensent que c’est un coup de Gangster destine a clore le bec a mon pauvre onc’.

— Parce qu’elles le croient reellement coupable de recel ?

— Exact. D’ou ma colere legitime, San-A. J’ai expose mes arguments a la s?ur, comme quoi un Berurier ne trempe pas dans des combines de ce genre.

— Des arguments frappants, je suppose ?

Il montre ses phalanges ecorchees.

— La preuve !

— Et alors, j’avoue que je ne pige plus la suite. Pourquoi s’en sont-elles prises a toi, a Laurentine, a ta Grosse ?

— Parce que, dans l’intervalle, elles ont retrouve le gars qu’elles cherchaient, le Gangster en deux mots. Il a avoue sa copulation avec Laurenzi, mais en plus, il les a lui aussi fait naviguer dans son barlu personnel en pretendant avoir vendu les bouchons de carafe a mon tonton. C’est a cause qu’elles sont allees fouiller la ferme de Saint-Locdu, le soir de l’enterrement. Au paravent, comme disent les Chinois, elles avaient regle son compte a Laurenzi.

— Elles n’ont rien decouvert ?

Il palit et m’accable d’un regard blanc et souligne de bistre.

— Dis voir, San-A. Tu suspicionnerais mon oncle Prosper, toi z’aussi ?

— Ca m’a echappe dans le feu de l’action, Gros, amende-honorable-je.

Il consent a m’absoudre.

— Ces garces ayant appris qu’on heritait, elles se sont jete le devolu sur nous autres, comprends-tu ?

— Parce qu’elles croyaient que tu avais les pierres ?

— Elles ignoraient. Elles se trouvaient dans un nomade slang, ce qui les a inquietees, c’est d’apprendre que je fusse flic. Elles se sont assure la personne de ma Berthe a toutes fins utiles. Elles voulaient me tater le terrain, d’ou ce rencart a la foire du Trone. Ce qui a tout gache, c’est toi. En te voyant, elles ont cru a un braquemard, je veux dire a un traquenard. Le frangin qu’elles avaient appele de Tunisie ou qu’il tient une boite de jeu, pour les aider, nous a defouraille dessus. Apres quoi ils ont cavale chez moi pour fouiller, vu que de jour ils n’avaient pas z’ose, craignant un retour eventuel de moi-meme. Ils sont tombes sur Laurentine et l’ont estourbie.

Je marche un peu dans le local. Je vais au lavabo du fond pour me nettoyer. Le Mastar me suit, docile comme un gros toutou qui marche sur les talons de son maitre.

— Le reste, t’es au courant, conclut-il.

— Rita et Couchetapiane dans tout ca ?

— Elle a connu Rita en tapinant. C’est par son jules qu’elle a fait connaissance de Laurenzi.

— Dis voir, qu’ont-elles fait du denomme Wolfgang Ster ?

— Elles l’ont torture, lui ont pique son paquet de flouze pour le restituer au prince, a defaut des pierres.

— Et puis ?

Beru a un geste large pour me designer l’atelier.

— Et puis elles lui ont fait ce qu’on venait de te faire, mon pote ! Le camarade nazi est parmi nous en ce moment. Dans quelle estatue, ca reste a decouvrir…

Il passe en revue les enormes, les germains personnages de pierre qui nous environnent.

— Peut-etre la-dedans, dit-il en flattant la croupe d’une matrone ; peut-etre la-dedans, continue le Gros en montrant les vestibules d’un ephebe a la machoire carree et au ventre muscle.

Je suis propre maintenant. J’enfile une blouse blanche accrochee au mur.

— Comment as-tu eu l’idee de venir ici ?

— Le pressentiment, mec. Quand je suis radine, tout etait vide, mais y avait de la fumaga de cigarette blonde dans l’air. J’ai apercu alors la statue a la renverse, bourree de ciment frais. Me souvenant de ce que l’Isabeau venait de m’apprendre sur le sort de Gangster, j’ai eu l’idee de touiller le potage, du temps que ca n’etait pas pris. Je t’ai sorti de la completement groggy. Dix minutes de bouche-a-bouche je m’ai paye… Mon bonheur quand t’as pousse un soupir… Une minute de retard dans les transmissions et on te rayait de l’etat civil, San-A., soit dit sans me vanter.

Je le chope par le cou et lui plaque une monumentale bise sur ses joues platreuses.

— Combien de fois deja m’as-tu sauve la vie, mon Beru ?

Il ecrase un pleur plus sale que de la morue en baril.

— Et toi, dis, San-A. ? Nous deux c’est reciproque, alors on est quittes.

— Ou sont ces dames ?

— Berthe et Mme Odile ? A la maison. Et fais confiance qu’elles se boucleront a double tour et que pour leur faire ouvrir, suffira pas de leur dire qu’on vient relever le compteur ou leur proposer le calendrier des eboueurs !

— Les larbins du prince ?

— Le rouquin est a l’hosto avec Isabeau, l’autre je l’ai fait mettre au frais.

— Bravo !

— Quels sont tes projets dans l’immediat, San-A. ?

— Prendre un bain bien chaud, boire un scotch bien frais, mettre des fringues bien masculines et me lancer sur les traces d’Hildegarde.

— Ca va pas etre commode, une niere aussi organisee doit posseder des positions de repli…

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