de l’un de ces pueblos du Colorado et n’etait pas en fait sans y ressembler. Il y avait trois niveaux de chambres hexagonales sans acces apparent. Chacun comprenait des pieces legerement plus grandes que celles du niveau inferieur. Elle s’approcha, toucha un mur : de la pierre lisse, taillee et assemblee sans mortier, a la maniere inca.
En s’approchant elle constata qu’il y avait en realite cinq niveaux mais les deux du dessous etaient beaucoup plus petits et formes de pierres de dimensions plus reduites. En balayant le sable au pied du mur elle decouvrit un sixieme puis un septieme niveau a chaque fois plus petit que le niveau superieur.
« Qu’est-ce que tu en penses ? » demanda-t-elle a Bill qui s’etait agenouille pres d’elle tandis qu’elle creusait.
« Voila une curieuse facon de construire. »
Cirocco continua de creuser mais bientot le sable retombait a mesure qu’elle le degageait. Le niveau le plus bas etait compose de chambres hautes de moins de cinquante centimetres et d’une largeur equivalente, baties en pierres de la taille de briques.
Ils contournerent la structure et decouvrirent un endroit ou elle s’etait effondree. Les dalles massives du sommet avaient ecrase les moellons plus petits qui etaient en dessous. Il subsistait une chambre intacte a l’exception d’un mur. Ils ne virent aucune porte interieure, aucune voie d’acces depuis l’exterieur.
« Pour quelles raisons avoir construit un edifice sans portes ?
— Peut-etre qu’ils y penetraient par en dessous, suggera Gaby.
— Sans bulldozer, impossible de le savoir. » Cirocco songeait a l’equipement qu’ils avaient amene pour utiliser avec le module d’exploration. Elle grimaca en repensant aux debris de son vaisseau tournoyant dans l’espace.
« Je me demandais quel rapport ceci peut avoir avec le cable, dit Bill. L’a-t-on construit pour le personnel d’entretien ou bien plus tard, apres l’effondrement ? »
Cirocco leva un sourcil. « Nous supposons donc qu’un effondrement s’est produit ? »
Il ouvrit les mains. « Les degats structurels n’ont pas ete repares. Regarde ces brins rompus. »
Elle savait bien qu’il avait raison. Le fouillis sombre qui pourrissait sous les cables respirait l’abandon. C’etait un tombeau moisi, les ossements d’une chose jadis puissante.
Mais meme en son declin Gaia restait magnifique. L’air etait pur et l’eau fraiche. Certes, de larges zones etaient devenues des deserts de sable ou de glace et l’on pouvait difficilement croire qu’il en etait ainsi deliberement. Pourtant, elle pressentait que l’equilibre ecologique se serait encore plus deteriore si quelque part la-haut n’avait pas subsiste un semblant de controle.
« Gaia n’est pas abandonnee », dit Gaby, faisant echo, sans le savoir, aux reflexions de Cirocco. « Cet edifice m’a l’air tres vieux. Au bas mot, cela se compte en millenaires.
— C’est certainement l’impression qu’il donne, approuva Bill.
— Je connais bien les problemes complexes souleves par la maintenance d’un biosysteme, poursuivit-elle. Gaia est plus vaste qu’O’Neil I, ce qui la rend plus souple. Mais il suffirait de quelques siecles pour qu’en l’absence de controle tout tombe en ruine. Et la ruine ici n’est pas totale.
Des robots ? suggera Bill.
— Moi je veux bien, dit Cirocco. Tant qu’existe une intelligence quelconque derriere tout ceci, je compte la contacter pour obtenir de l’aide. Avoir affaire a des ordinateurs faciliterait meme la tache. »
Bill, qui avait lu enormement de science-fiction, etait capable d’elaborer une douzaine de theories sur chaque aspect de Gaia. Il avait un faible pour la theorie bien commode de la mutation catastrophique : une epidemie surgie du neant decimant les constructeurs pour laisser Gaia aux mains de dispositifs de securite automatiques.
« C’est une epave, je suis pret a le parier, leur dit-il. Exactement comme l’astronef decrit par Heinlein dans
Ils prirent un chemin different pour repartir, en partie parce qu’il etait impossible de savoir par ou exactement ils etaient venus. Cirocco ne s’en inquietait guere puisque tant qu’ils se dirigeaient vers la lumiere il n’y avait pas de probleme.
Ils deboucherent au jour en un point situe beaucoup plus au nord que leur acces initial ce qui leur permit de decouvrir un detail cache jusqu’alors par le cable lui-meme. C’etait un brin rompu mais celui-ci gisait sur le sol.
Cirocco songea immediatement a ce ver geant que leur avait decrit Calvin : le cable paraissait vivant, brillant dans la lumiere doree. Puis il lui rappela ces oleoducs bresiliens qu’elle avait vus lors de son entrainement de survie : de grands tubes argentes qui traversaient la foret tropicale comme un obstacle negligeable.
Le brin s’etait fraye un chemin dans sa chute, emportant les arbres les plus hauts, les ecrasant inexorablement au sol. La jungle s’etait refermee dessus depuis mais la masse enorme donnait toujours l’impression de pouvoir a tout instant se redresser, se debarrasser des lianes enchevetrees et reduire les arbres en bois d’allumettes.
Cinq cents metres plus haut, le troncon sectionne du brin s’ecartait de l’ame du cable en formant une boucle. La section, dentelee, permettait de decouvrir un plan de coupe brillant avec des reflets rouges et vert-de- gris de cuivre oxyde. Des trainees grises croissaient sur le moignon, telles des moisissures sur du pain et sur la partie inferieure une cascade jaillissait pour tomber droit sur un amas de vegetation nettement separe du reste de la foret. C’etait une masse d’eau considerable et fort bruyante mais a la voir ainsi tomber de cet enorme cable tordu on eut dit un simple filet d’eau degouttant d’un tuyau rompu.
Ils s’approcherent du brin tombe au sol et decouvrirent qu’il se composait de rangees de facettes hexagonales de quelques millimetres d’arete, sous la surface desquelles jouaient des reflets dores. Avec la lumiere qui se brisait dessus en reflexions multiples l’ensemble evoquait l’?il a facettes d’un insecte geant.
Ils le longerent jusqu’au pied de la colline puis dans la jungle ou l’extremite sectionnee s’avera creuse mais tellement encombree par les broussailles et les lianes qu’il etait impossible d’y penetrer.
« Je ne sais pas ce qu’il y avait a l’interieur mais la vegetation semble l’avoir apprecie », remarqua Gaby.
Cirocco ne dit rien. L’etat de total abandon de l’objet etait deprimant. L’ouverture a l’extremite du brin etait d’une taille suffisante pour que le
Et personne n’y avait rien fait.
Elle ne dit rien, mais il etait difficile de contempler ces decombres et d’imaginer qu’il restait encore quelqu’un pour surveiller les machines.
Chapitre 12.
Deux jours apres leur exploration sous le cable, les passagers du
Les arbres de cette region se partageaient entre trois varietes qui poussaient en bosquets epars. Les plus remarquables aux yeux de Cirocco ressemblaient a des sculptures de verre avec leur tronc transparent et droit et
