a lui. Et toujours parce qu'il etait le fils de San-Antonio, Antoine devora le pain du sandwich apres avoir pris soin de mettre le jambon de cote.

* * *

Maitre Gerves et maitre Branlard, les gaucho-facho-du-barro, malgre tout leur talent ne pourraient pas me sortir de ce guepier pourri ! Je te resume : je suis assis a l'arriere d'une enorme Mercedes, Chico se tient a mes cotes et Carlos, son clone, conduit le vehicule sur l'autostrada qui mene a Fiumicino, l'aeroport de Rome.

Tu m'aimes assez pour savoir que je suis capable de fausser compagnie a ces deux Andinos ? D'accord ! Mais tu oublies qu'Antoine est dans les griffes de leur boss et que si Paco n'est pas informe sous deux plombes de mon depart, il bute mon lardon.

Dur d'etre canari[13] dans ces conditions. Comme un va-tout vaut mieux que deux tu-fous-rien, je degaine subitement mon flingue et en glisse le museau sous celui de Chico. Je viendrais de lui raconter la derniere blague en vogue, l'Hispano (pas tres Suiza) se marrerait moins.

— Remise ton engin, cretino, il est vide ! Par contre, celui-la peut te faire des jolis trous dans la carcasse.

Exactement ce que j'esperais ! Ce branquignole sort un Beretta de sa fouille et me le fait miroiter comme si je voulais l'acheter aux encheres. Tu me croiveras ou ne me croiverasseras pas (conjugaison selon Beru), mais je n'hesite pas l'ombre d'une seconde. Je balance mon coude force douze dans la tronche de Chico. Dans la secousse, ses dents s'eparpillent (chicot-chicot par-ci, chicot-chicot par-la) dans tout l'habitacle.

Sous l'impact, le Colombien lache une prune qui va se loger directe dans la citrouille de Carlos, le chauffeur. Une grande partie de sa boite cranienne, deux cents grammes de cervelle et une touffe de cheveux gras vont se coller contre le pare-brise. Inutile de te dire que le mec est instantanement plus mort que Sardanapale deux mille ans apres son fameux barbecue.

Conduite par un macchabee, une Mercedes, forcement, ca zigzague. Comme mon pote Chico est K.O., je plonge en avant et attrape le guidon. Premiere urgence, retablir la ligne droite. Seulement Carlos, dans sa mort, n'a rien trouve de mieux que d'ecraser la pedale de l'accelerateur. La guinde, bourree de chevaux, prend de la vitesse. Je peine a louvoyer entre les bagnoles dont les pilotes nous abreuvent d'appels de phares et de coups de klaxon.

Deployant la force et la souplesse qui ont assure ma gloire, je parviens a virguler le mort a sa place, sur le siege passager et a me glisser aux manettes de la limousine.

A la premiere occase, je fais demi-tour et reprends l'autoroute pour Roma. Sur une aire de repos plutot deserte je me debarrasse du cadavre. Chico en profite pour emerger.

— Que pasa ? grommelle le type en levant un cil.

— Le con dort ! reponds-je-t-il en lui attriquant un bourre-pif format adulte.

Mon idee, tu l'as comprise, c'est de revenir au plus vite devant la cagna de cet enfoire de Paco, un vrai feu en pogne !

* * *

Le temps se couvrait sur la ville de Cesar (pas le sculpteur, le Borgia).

Le petit chat roux passait et repassait devant le soupirail d'Antoine. Il avait beau etre sauvage, ce chaton, les miettes de jambon sur le rebord le fascinaient. Comment resister a cette delicieuse senteur ?

N'y tenant plus, l'animal lanca la patte pour cueillir un morceau de cette allechante victuaille. L'aventure ne se deroula pas comme il l'escomptait, puisque une patte bien plus grosse que la sienne vint se refermer sur lui. Il eut beau se debattre, mordre et griffer, rien n'y fit. Il fut oblige de capituler et mit de longues minutes avant de se calmer.

Les deux poignets menottes d'Antoine pissaient le sang mais la douleur etait compensee par la satisfaction de la capture du chaton.

* * *

Je gare la Mercedes dans une petite rue ombragee et discrete d'ou je jouis d'une vulve imprenable sur la propriete du Balafre. A l'aide d'un fil de fer barbele preleve sur un chantier desaffecte, j'ai entrave les jambes de Chico et lui ai ligote les mains dans le dossard, ce qui le rend plus docile qu'un bigorneau cuit sur une tartine beurree. Les vitres fumees, genre calbute berureen, de la bagnole, nous assurent une relative intimite.

Chico me couve du regard avec l'amenite d'un serpent minute que tu as etourdiment pris pour un lacet de tes dock-side. Je le fouille et m'empare de son telephone portable, un Nokia dernier cri, comme quoi la dope ca nourrit son homme. Il me suffit d'appuyer sur la touche « bis » pour faire apparaitre le numero de Paco. Mais avant de lancer l'appel, une petite mise au point avec Chico me parait indispensable. Je lui montre le flingue que je lui ai secoue et le plante dans ses reins.

— Mettons-nous bien d'accord, hombre ! Si tu ne fais pas exactement ce que je vais te dire, je te lache une bastos dans la moelle pepiniere, comme dit Beru, un mec que tu regretteras toujours de ne pas avoir connu. Ca signifie que tu deviendrais legume au point que meme ta mere pourrait te faire cuire en ratatouille.

Chico, c'est peut-etre pas un prix Nobel de psychologie, mais il saisit instantanement ma determination.

— Tu vas appeler ton boss pour lui annoncer que je viens d'embarquer pour Paris. Tu parles en italien ou en espagnol. Un seul mot dans une autre langue et c'est le fauteuil roulant, pige ?

* * *

Comme n'importe quel businessman d'aujourd'hui, Paco tenait sa comptabilite sur ordinateur. Les noms de ses clients, de ses fournisseurs, de ses employes et des denrees de son catalogue etaient codes, mais le travail de gestion etait le meme que s'il avait dirige une entreprise de bonneterie en gros. Il s'affairait devant l'ecran de son iMac lorsque le telephone sonna.

— Si. Diga me, Chico. (Le regard du Balafre s'eclaira d'une lueur de satisfaction.) Bueno ! Vous rappliquez tout de suite, j'ai besoin de vous.

Il raccrocha, coupa son computer, ouvrit un tiroir et en sortit un vieux Luger qu'il coinca dans la ceinture de son pantalon apres s'etre assure que le chargeur etait garni.

Conchita avait emmene Diego en ville, le moment etait donc opportun pour eliminer le fils du flic. Il raconterait a sa femme qu'il avait libere le jeune homme, elle ferait semblant de le croire et on ne reparlerait jamais plus de cette histoire.

Ce fut sans joie que Paco ouvrit la porte de la cellule. Il n'avait pas une ame de sadique, comme Chico, qui parvenait presque a l'orgasme en tailladant la bidoche de ses contemporains. Lui ne tuait que par necessite. L'idee de flinguer le fils de l'homme qui avait sauve le sien lui etait penible. L'espace d'un instant il fut meme tente de surseoir a cette execution, mais la plus elementaire des prudences commandait ce geste.

La nuque bien degagee du prisonnier offrait une occasion inesperee a Paco de l'executer sans qu'il s'en rende compte.

Le Balafre glissa la main sur la crosse de son pistolet. Tout se deroula alors a la vitesse de la lumiere. Antoine se redressa d'un bond et projeta au visage du Colombien une boule de poils roux qui lui laboura le visage.

Hurlant de douleur, Paco sentit que son ?il droit venait d'etre creve. Pour faire bonne mesure, Antoine lui percuta le ventre de ses deux poings assembles par les menottes.

* * *

Assis au volant de la Mercedes, je consulte la montre du tableau de bord.

— Dans un quart d'heure, on sera censes etre rentres de l'aeroport, non ? demande-je a Chico qui boude sur la banquette arriere.

Comme il tarde a me repondre, je tire sur un bout de ses liens barbeles. Il pousse un couinement de porc devenant cochonnaille.

— Reponds quand je te parle !

— Un dimanche apres-midi, Carlos mettait meme moins que ca.

— Parfait. On attend encore un peu et tu rappelles ton singe. C'est la qu'il va falloir que tu decides si tu as envie de vivre ou de canner. Tu lui dis que vous arrivez et qu'il peut ouvrir le portail…

Je me tais car le portail dont au sujet duquel je suis precisement en train de causer pivote sur ses gonds. Toi tu le sais, mais pour moi c'est une surprise kolossale que de voir Antoine surgir. Il se met a courir comme un decouille, le long de l'avenue quasi deserte. Manque de bol, il choisit la mauvaise direction et s'eloigne de moi. Je

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