« spring partner »[30] n’a meme pas besoin de se deloquer ; a peine le temps de se foutre a l’horizontale et le gamin reprend ses billes. La distribution de felicite dure l’espace d’une lettre postee. Ils forniquent telegraphiquement : « Merci, madame, bons baisers, a jeudi prochain »… Les fossiles, c’est le contraire. La gigue du culte, chez eux, c’est quasi ceremonial. Ils s’y preparent, physiquement et cerebralement. On envoie la voiture-drapeau pour commencer a coller les affiches. Puis on dresse le chapiteau et on convoque les grands numeros internationaux afin d’obtenir une bath seance, pleine de suspense et d’emotions.

(30) !

— Gaffe, San-A. ! Gaffe bien !

Le Gros, surexcite. Je mate. Une DS noire ralentit a la hauteur de Rita. Le conducteur se penche par la portiere pour dire un mot a la tapineuse. Je bondis, pret a intervenir au cas ou la fille grimperait a son cote. Mais l’auto repart. Le chauffeur est un grand type blond, aux traits rudes. Il fait quelques metres et colle sa bagnole dans un berceau, puis il descend et va a Rita qui l’attend en ondulant de la croupe. Tous deux s’engouffrent dans l’hotel.

— Un client ! annonce Beru.

— Faut voir, decide-je.

Il comprend mon arriere-pensee.

— Tu crois que la bande a Hildegarde enverrait un zig pour effacer Rita pendant une passe ?

— Si nos gens sont presses, et je pense qu’ils jouent la montre, oui, surement.

Nous abandonnons notre poste d’observation pour gagner l’hotel. Le couple n’est plus en vue quand nous debouchons dans le hall. En nous apercevant, la tauliere fronce les sourcils.

— Messieurs ? elle demande, mi-flic, mi-raisin.

— On voudrait une chambre, dis-je en prenant une voix de pedoque en delire.

Elle renifle et nous toise.

— Une chambre ?

— Pour nous deux, ajoute-je. Et on aimerait une piaule qui soit juste a cote de celle de Rita, c’est pour prendre un jeton.

— Mais…

Je cesse de pedaler du timbre pour lui montrer mes fafs.

— Vite, et de la discretion ! tranche-je. Si vous balancez un seul mot a Rita, je vous attire tellement d’ennuis que vous vous cognerez sur la tete avec un marteau pour essayer de les oublier.

Sans un mot, la dame decroche une cle et nous entraine dans l’escadrin.

On stoppe au premier. La chambre 17. Il y a un canape recouvert d’un truc rouge pelucheux. Du papier peint noir constelle de papillons verts et rouges, des glaces dans l’angle du canape, pour les ceuss qui aiment s’expedier au septieme ciel en faisant de la barre comme les petits rats de l’Opera.

— Notre petite amie se trouve ou ? je demande.

Elle nous montre la cloison de gauche.

— Vous avez de la chance que je leur aie donne le 16, dit-elle.

— Pourquoi ?

Elle eteint la lumiere dans notre chambre et fait coulisser un panneau de contreplaque niche derriere une grande glace fixee en saillie (vu l’endroit, hein ?) La glace cesse d’etre un miroir pour devenir une simple vitre. On se croirait au theatre, dans une piece montee par Rouleau, quand les tulles s’eclairent pour nous decouvrir des scenes vaporeuses a travers des decors fixes.

Rita est en train d’accrocher sa veste de fourrure au portemanteau. La dame hoteliere met un doigt sur ses levres et fait jouer un petit volet semblable au volet d’aeration de certaines voitures. On entend ce qui se passe dans la piece voisine et c’est bien ainsi, l’ouie etant le complement de la vue.

— O.K., merci, je lui chuchote.

Elle comprend et se taille.

— Tu crois que c’est un faux client ? demande Berurier.

Je ne reponds pas. Le type vient de poser ses godasses. Il contemple Rita d’un ?il gourmand. Son bustier surtout l’interesse. Faut dire qu’elle est pas mal, Rita. Bon morcif, avec des volumes interessants accroches a l’endroit propice.

Rita vient a lui (il est assis sur le bord du plumard) et lui prend la tete a deux mains. Elle lui imprime sur la bouche un beau baiser violace, puis enfouit le visage du type dans les rondeurs de son corsage.

— Tu sais que tu me plais a la folie, mon loup ? lui dit-elle de la voix passionnee qu’on prend pour indiquer sa route a une vieille dame egaree.

Le zig murmure un niais :

— C’est vrai, ca ?

Il s’agit d’un homme de trente-cinq berges environ, a l’accent nordique assez prononce. Il est vetu d’un complet sombre et d’un manteau de cuir noir.

— Tu vas me faire mon petit cadeau, hein, cheri ? enjole la prostipute (comme dit Beru).

Il sort un portefeuille qui allume les mirettes a Rita. Elle a la paluche fremissante. M’est avis qu’elle lui caresserait plus volontiers la peau de son portefeuille que celle de ses bourses.

— Combien ? demande-t-il sechement.

Elle se frotte a lui, retrousse sa jupe collante pour lui faire admirer le paysage vallonne et roucoule :

— Le plus possible, mon amour. Je serai tres gentille, tu verras. Je me deshabillerai toute !

Le quidam prend un billet de dix sacs anciens[31] et le tend a Rita. Elle reprime son contentement et murmure, parce qu’il faut toujours essayer de plumer un cave jusqu’au croupion :

— T’en aurais un autre comme ca, je te ferais des vraies folies, tu sais…

Le client fronce les sourcils. Pour le decider, Rita lui coule une main polissonne dans le coffret a bijoux.

— T’as tort d’hesiter, Loulou, soupire-t-elle. Deja que tu me plais a crier, pour le coup je serais chiche de partir en gala avec toi !

Le blondin sort un nouveau faf et le donne a Rita en soupirant :

— Tu es chere !

Elle l’embrasse.

— Aussi, tu vas voir ce travail, mon loup. La qualite se paie en amour comme partout.

Elle range les deux billets dans son sac et demande, histoire d’etre aimable :

— Qu’est-ce que tu fais dans la vie, Chouchou ?

— Concessionnaire ! fait brievement Chouchou.

— C’est bien, ca, approuve-t-elle, comme s’il venait de lui annoncer qu’il est prix Nobel de physique, et sans songer a lui demander en quoi il est concessionnaire.

Elle se dessape en moins de rien. Le zig, lui, se contente de poser son manteau, et sa veste.

— Eh ben, mon petit poussin rose, tu te mets pas a ton aise en plein ? s’etonne Rita.

Il lui caresse les seins.

— C’est toi qui m’interesses, ma jolie, lui dit l’etranger. Tu es belle, tu sais.

Elle fait la roue.

— Oui, je sais, repond la putasse en se grattant les fesses et en se massant le ventre.

Ils se mettent d’accord sur le developpement de la seance. Il demande juste a la palper de bas en haut, et ensuite, une petite fantaisie a coulisse sur l’air de Tagada-veux-tu. Un homme simple, dans son genre. Les radasses aiment toucher des natures de cette espece. Des gars qui paient bien et parlent peu. En general, elles tombent neuf fois sur dix sur des epancheurs. Des zigotos maries sans maitresse qui ont besoin de deballer les affres de leur conjugal. Ou alors sur des rouleurs. Ceux qui plastronnent, qui s’inventent des ecuries de courses, des collections de tableaux, des yachts et de hautes distinctions. Et puis il y a aussi une autre categorie : les tendres. Les supertendres qui esperent que la prostipute va tomber amoureuse d’eux. L’optimiste a tout crin qui se croit aime pour autre chose que les cinq sacosins qu’il vient de defouiller.

On assiste donc, le rose de la confusion aux joues, a la mignonnette seance de « Continue-ca-va-venir ». Rita, dans son genre, fait montre d’une relative honnetete. Elle lui en aspire pour vingt mille balles, au genereux

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