donateur. Avec poses savantes dans les virages linguaux. Exclamations sensuelles. Manipulation du scrotum. Orifice indexe. Grumage de tige. Du bel artisanat, en verite. Berurier respire en forge ; en maitre de forges. C’est le Georges Honnete du guet-appendice.
— Ce travail ! eructe-t-il.
Je pense que nous avons eu tort de paniquer pour Rita. Son client est serieux. Il se laisse telephoner a la tour de controle avec une telle satisfaction que son bonheur fait plaisir a voir.
— On pourrait refermer le guichet, Gros, souffle-je a mon ami ; ca devient pernicieux comme job.
— Pour une fois qu’on peut voir un film ose a travers le carre blanc, bougonne Sa Polissonnerie, on va pas s’en priver.
La-dessus, le patient de Rita pousse une goualante dans une langue qui n’est pas celle (combien agile) de Rita et se fait disqualifier pour abandon.
— Merci, c’etait tres bien, fait-il poliment.
Rita se remet la phonie en etat de marche et assure que tout le plaisir a ete pour elle. Charmante, elle assure a l’eponge que la nature ne l’a pas pris pour un con. Apres quoi elle se recharge le rouge a levres. Le zig sort une boite de bonbons de sa poche et en croque un.
— Tu aimes la menthe ? demande-t-il en presentant sa boite a la petroleuse.
Miss Croque-Monsieur se sert. Elle complimente l’autre truffe sur son savoir-vivre. Aligner vingt papiers sans se faire tirer l’oreille, reclamer un minimum et offrir des pastilles, voila qui est d’un parfait gentleman.
— On est faits pour s’entendre, affirme la donzelle, et si tu as l’occasion de repasser dans le quartier, viens me voir… Si je suis pas dans la rue, je suis a l’hotel ou bien au bistrot d’en face. Ce que vous ne voyez pas a l’etalage, demandez-le a l’interieur.
Elle lui fait une ultime papouille et les voila partis.
— Et nous, maintenant ? s’inquiete Berurier, on reprend la planque ou bien on l’attaque ?
Je ne sais plus. Je suis trouble. Il me semblait que les gars de la bande allaient, sur leur lancee, s’occuperde Rita et je ne comprends pas qu’ils tardent. Ca me deroute. Faut croire que je gamberge a cote de la montre, mes fils ! Rita, c’est notre dernier lien avec Hildegarde. Si elle refuse de parler (et avec les nieres, on est jamais sur de rien) on risque de perdre le temps d’une derniere chance…
— Voila comment on va la man?uvrer, Gros. Tu vas ressortir de l’hotel sans etre vu d’elle et te faire rambiner par Rita. En repartant, recommande a la tauliere qu’elle te file au 16. Tu piges ?
— Et comment !
— Une fois dans la carree avec la mome, dis-lui que tu viens de la part d’Hildegarde pour la prevenir que les poulardins sont sur leurs traces et qu’il faut de la discretion, tu saisis ?
— Je.
— Comme son Julot l’a deja prevenue, elle te croira. Alors, adroitement, tache de lui tirer les vers du naze afin d’apprendre le point de chute d’Hildegarde ou de certains de ses aminches, tels que ce gars qu’ils appelaient le Prince, vu ?
— Enregistre, Mec.
Il part d’un pas decide. J’allume une cigarette en revassant. Apres quoi je decroche le bigophone et je demande a la loueuse de draps de lit de m’appeler la poulaille.
Au service des recherches, on m’apprend que la mome Hildegarde n’a toujours pas ete identifiee par les collegues allemands. Je leur ordonne alors d’orienter les recherches sur Hambourg en leur precisant que la mome en question serait la fille d’un chatelain, ex-dignitaire nazi, dont la propriete etait situee sur les bords de l’Elbe. « Avec ce complement d’informes, leur dis-je, si vous ne me degauchissez pas le nom de la souris, c’est que tous, autant que vous etes, vous devez quitter la Poule pour aller vendre des lacets dans les couloirs du metro. »
Sur ces fortes paroles je raccroche. Justement, le couple heroique Beru-Rita rapplique.
— Alors, mon canard bleu, fait la gonzesse, t’es en viree a Paris ?
— Exactement, repond sobrement Beru.
— T’es dans l’agriculture, je suppose ? demande Rita en accrochant sa veste au portemanteau de naguere.
Elle a les memes gestes, le meme ton morne et faussement gentil. C’est rituel. En assistant a ce double, je pige tout le cote lamentable de cette activite. Attendre, des heures, dans le froid, on sous la pluie. Etre chaviree par ce defile de bonshommes qu’on tente de racoler et qui passent, hautains, on bien qui, furtifs, vous suivent en ayant honte de vous… Leur parler… Les ecouter… Leur faire des trucs ! Dans le fond, c’est le moins deprimant, l’amour. Y a des appareils sanitaires pour s’en remettre. Mais l’interminable attente, les escaliers gravis, les confidences ecoutees, les eternelles, les sempiternelles questions posees finissent par user l’individu.
— Non, dit Beru, je suis pas dans l’agriculture, mome…
Elle vient s’asseoir sur son genou et lui fait le meme travail preliminaire qu’au blondin de tout a l’heure.
— Tu me le fais, mon petit cadeau, gros loup ? Si tu es correct, je serai tres gentille, tu verras, je me deshabillerai toute !
Beru ferme un instant les yeux pour renifler ces emballages a poumons genereusement offerts a ses sens perturbes. Mais quand on est un vrai poulaga, on sait imposer silence aux tentations de la chair.
Il se dresse d’une detente et miss Rita se retrouve assise sur la carpette, furax et endolorie.
— Non, mais dis donc, le petzouille, t’es pas bien ! s’etrangle la patineuse de trottoir, tu te crois avec les Mathurine de ton bled !
Sa Majeste degrafe son pardingue.
— Je vais te faire ton petit cadeau, dit-il en riant louchement. Mais au lieu de t’attriquer de la fraiche, c’t’un conseil que je vais te donner, ma gosse !
Surprise par ce langage dont elle ne l’estimait pas capable, Mlle Rita regarde son client avec d’autres yeux. Des yeux a la fois indecis et craintifs.
— Assieds-toi sur le pucier, Rita, poursuit ma Grosse Truffe, tu seras plus confortable pour ecouter ce dont j’ai a te causer.
Elle obeit.
— Un poulet ? devine-t-elle.
Beru ricane.
— Menage tes expressions, ma fille, autrement sinon va y avoir averse de mandales ! J’aime pas beaucoup qu’on me prenne pour un flic, t’entends ?
— Mais alors, qui etes-vous ? balbutie la prostipute.
— Un envoye de la Maison mere, mon petit c?ur ! Car on veut t’affranchir qu’a propos de poulets, la Rousse est au parfum, justement. Ca remue drolement la vase dans notre secteur… D’ailleurs, Couchetapiane t’a prevenue, a ce qu’il m’a dit ?
La voila en partie rassuree.
— En effet, reconnait-elle. Il m’a promis la prochaine visite des Roycos, alors je me disais…
— Tu te dis trop vite, Rita, ca risque de te chambouler le futur. Tu sais que notre Hildegarde meurt et ne se rend pas, heroisme-t-il avec cet humour si particulier qui lui a valu un accessit au concours du plus delicat cerveau de France. A son sujet, elle voudrait bien que je cause deux mots au Prince, mais cette pomme vapeur a son turlu en derangement, ce qui ne me facilite pas les choses, d’autant qu’Hildegarde a neglige de me vaporiser son adresse. Tu vas m’objecter que par les Renseignements je pourrais l’avoir. Helas ! le Prince s’est foutu sur la liste rouge, defense aux Pe-Te-Te de communiquer son bigophone et, a plus forte raison, son adresse.
Le Gros se renfrogne, prend un air maussade pour questionner :
— Tu la saurais-t-il pas, toi ?
— Vous charriez, non ? dit-elle en secouant la tete. Qu’est-ce qui ne la connait pas !
Elle mate Beru dans le jaune de l’?il.
— Oh, vous…, commence-t-elle.
Et puis la v’la qui se tait, qui porte une main a son estomac, qui grimace, qui bleuit, qui se crispe, qui se pame, qui spasme, qui se masse, qui se tasse (comme l’agence russe du meme nom), qui se lasse, qui se lace, qui s’en lasse, qui s’enlace, qui sent l’as, et s’abat en arriere.
— Eh bien, Rita ! s’egosille l’Eperdu, t’as des vapeurs ?
Il s’agenouille sur le lit, au cote de la prostipute, lui souleve la tete. Elle est revulsee, convulsee,
