chose est a l’?uvre ici. Peut-etre des machines, ou bien une race qui demeure dans le moyeu. Ce pourrait etre l’origine de cette croyance. Mais Omnibus est persuade qu’une main tient ce volant. »
Cirocco fronca les sourcils. Comment pouvait-elle le laisser partir avec toutes les informations qu’il detenait ? Elles etaient parcellaires, ils n’avaient aucun moyen de les verifier, mais c’etait tout ce dont ils disposaient.
Mais il etait trop tard pour revenir sur sa decision. Calvin avait deja le pied sur l’etrier terminant le long cordage. August le rejoignit et la saucisse se mit a les hisser.
« Capitaine, cria-t-il juste avant de disparaitre. Gaby n’aurait pas du baptiser cet endroit Themis. Appelez-le Gaia. »
Cirocco ressassa leur depart, perdue dans une sombre depression durant laquelle elle restait assise au bord de la riviere en s’interrogeant sur ce qu’elle aurait du faire. Aucune solution ne semblait valable.
« Et son serment d’Hippocrate ? » demanda-t-elle une fois a Bill. « On l’a inclus dans cette mission pour une raison bien precise : nous soigner en cas de besoin.
— Nous avons tous change, Rocky. »
Tous sauf moi, songea-t-elle, mais elle n’en dit rien. Au moins, autant qu’elle sache, son experience n’avait pas eu pour elle de consequences durables. En un sens, c’etait encore plus etrange que ce qui etait arrive aux autres. Ils auraient tous du souffrir de catatonie. Et au lieu de cela, il y avait un amnesique, une personnalite obsessive, une femme retournee aux amours adolescentes et un homme amoureux de dirigeables vivants. Cirocco etait la seule a avoir garde la tete sur les epaules.
« Ne te leurre pas, grommela-t-elle. A leurs yeux tu es sans doute aussi dingue qu’ils le sont aux tiens. » Mais elle evacua egalement cette idee. Bill, Gaby et Calvin savaient tous que leur experience les avait modifies quoique Gaby n’admit pas que son amour pour Cirocco en fut une consequence. August etait trop affectee par la perte qu’elle avait eprouvee pour songer a autre chose.
Elle s’interrogea au sujet d’April et de Gene. Etaient-ils toujours vivants et, dans l’affirmative, comment avaient-ils pris la chose ? Etaient-ils isoles ou bien avaient-ils pu se retrouver ?
Ils envoyaient des messages et ecoutaient la radio regulierement pour tenter d’entrer en contact avec eux mais ce fut en vain. Plus personne n’entendit un homme pleurer, et nul n’obtint de nouvelles d’April.
Le temps s’ecoulait, presque sans qu’ils s’en apercoivent. Cirocco avait bien la montre de Calvin pour leur indiquer les periodes de sommeil mais il etait difficile de s’accoutumer a cette lumiere immuable. Cela l’etonna de la part d’un groupe d’individus qui avaient vecu dans l’environnement artificiel du
C’etait une existence facile : tous les fruits essayes s’avererent comestibles et semblaient nutritifs. S’ils avaient des carences en vitamines, cela restait encore a prouver. Certains fruits etaient sales, d’autres acides ; on pouvait esperer qu’ils contenaient de la vitamine C. Le gibier etait abondant et facile a tuer.
Ils etaient tous habitues a l’emploi du temps strict d’un astronaute, dont chaque tache est assignee par le controle au sol et pour lequel le passe-temps principal est de raler contre ce travail impossible en l’effectuant tout de meme. On les avait prepares a survivre dans un environnement hostile mais Hyperion etait a peu pres aussi hostile que le zoo de San Diego. Ils s’etaient attendus a Robinson Crusoe, ou au moins aux Robinsons suisses mais Hyperion etait de la gnognotte. Ils ne s’etaient pas encore habitues a penser en termes de mission.
Deux jours apres le depart de Calvin et d’August, Gaby offrit a Cirocco des vetements confectionnes a partir des parachutes. Lorsqu’elle les essaya l’expression du visage de Gaby la toucha profondement.
L’ensemble tenait a la fois de la toge et de la culotte large. Le tissu en etait fin mais d’une resistance surprenante. Gaby s’etait donnee beaucoup de mal pour le tailler et le coudre a l’aide d’aiguilles en os.
« Si tu pouvais me confectionner des mocassins, dit-elle a Gaby, je te ferais monter de trois grades a notre retour.
— J’y travaille deja. » Sur ce, Gaby fut rayonnante toute la journee du lendemain : folatre comme un jeune chiot, elle ne cessait, pour un oui ou pour un non, de tourner autour de Cirocco dans ses beaux atours. Son desir de se rendre agreable etait pathetique a voir.
Cirocco etait assise sur la berge du fleuve, enfin seule et ravie de l’etre. Jouer les pommes de discorde entre deux amants n’etait guere de son gout. Bill commencait a se montrer ennuye par la conduite de Gaby ; peut-etre sentait-il qu’il devait faire quelque chose.
Confortablement allongee, une longue canne souple a la main, elle regardait flotter le petit bouchon au bout de sa ligne. Elle laissait ses pensees tourner autour du probleme pose par une eventuelle expedition de secours : Comment pourraient-ils les aider et faciliter leur tache ?
Une chose etait sure : ils ne pouvaient sortir de Gaia par leurs propres moyens. Le mieux qu’elle puisse faire serait d’essayer d’entrer en contact avec l’expedition. Elle n’avait aucun doute sur son arrivee tout en doutant que sa mission principale fut le sauvetage. Les messages qu’elle etait parvenue a transmettre lors de l’arraisonnement du
« Parfait, se dit-elle. Gaia doit bien disposer quelque part de moyens de communication. »
Probablement dans le noyau. Meme si les propulseurs s’y trouvaient deja, cette disposition centrale semblait la plus logique pour un poste de commandement. Il pouvait y avoir la des gens aux commandes, et peut-etre pas. Il n’existait aucun moyen de rendre le trajet facile et la destination sure. L’endroit pouvait etre soigneusement protege des intrusions et de tout sabotage.
Mais s’il y avait une radio la-haut, elle devrait voir par quel moyen mettre la main dessus.
Elle bailla, se gratta les cotes et battit paresseusement des pieds. Le bouchon oscillait sur les flots. Un temps ideal pour piquer un roupillon.
Le bouchon tressauta et disparut sous les eaux boueuses. Cirocco le regarda un moment avant de comprendre, legerement surprise, qu’elle avait une touche. Elle se leva et se mit a tirer sur la ligne.
Le poisson n’avait ni yeux, ni ecailles, ni nageoires. Elle le tint en l’air et l’observa avec curiosite. C’etait le premier poisson qu’ils arrivaient a prendre.
« Mais qu’est-ce que je fiche ici ? » se demanda-t-elle a haute voix. Elle rejeta sa prise dans la riviere, rembobina sa ligne et remonta le coude pour regagner le camp.
A mi-chemin, elle se mit a courir.
« Je suis desolee, Bill, je sais que tu as investi beaucoup de travail dans ce camp. Mais lorsqu’ils viendront nous chercher, je voudrais qu’on ait fait le maximum d’efforts pour nous tirer nous-memes d’affaire, dit Cirocco.
— Sur le fond, je suis d’accord avec toi. Quelle est ton idee ? »
Elle lui expliqua ses reflexions concernant le moyeu, le fait que s’il existait un controle technologique centralise de cette vaste structure c’est la qu’il devrait se trouver.
« J’ignore ce que nous y decouvrirons. Rien d’autre peut-etre que de la poussiere et des toiles d’araignee, tout le reste ici ne fonctionnant que par simple inertie. Ou peut-etre le capitaine et l’equipage prets a nous tailler en pieces pour avoir envahi leur vaisseau. Mais il faut qu’on aille voir.
— Comment proposes-tu de monter la-haut ?
— Je ne sais pas encore exactement. Je suppose que les saucisses n’y parviennent pas sinon elles en sauraient plus sur cette deesse dont elles parlent. Il est meme possible que les bras ne contiennent pas d’atmosphere.
— Ce qui rendrait la tache passablement ardue, remarqua Gaby.
— On ne pourra le savoir que sur place. Pour monter dans les rayons il faut emprunter les cables de soutenement. Ils devraient traverser l’interieur jusqu’au sommet.
— Mon dieu, murmura Gaby. Rien que les cables inclines font deja cent kilometres de haut. Et cela ne t’amene qu’au plafond. De la, il y a encore cinq cents kilometres jusqu’au moyeu.
— Mon pauvre dos ! gemit Bill.
— Mais qu’est-ce qui vous prend ? demanda Cirocco. Je n’ai pas dit qu’on les escaladerait. On en decidera
