Sans un regard pour les deux femmes ou pour sa compagne, il fonca vers Titanville. Il disparut bientot derriere le sommet d’une colline.
Gaby semblait ne pas s’apercevoir qu’elle pleurait lorsqu’elle s’agenouilla pres de Cirocco. Elle ignorait tout autant le filet de sang qui coulait sur sa joue.
« Que puis-je faire ?
— Je ne sais pas. Touche-la, caresse-la, fais tout ce que tu jugeras utile pour la distraire des anges. »
Cornemuse se debattait maintenant, les dents serrees, le visage exsangue. Cirocco tint bon, la serrant autant qu’elle put tandis que Gaby passait une corde autour de torse de la Titanide pour lui immobiliser les bras.
« Chut, chut, chuchota Cirocco. Il n’y a rien a craindre. Je vais te veiller jusqu’au retour de ton arriere-mere. Je te chanterai des berceuses. »
Cornemuse se calma peu a peu et Cirocco lut a nouveau dans ses yeux la meme lueur d’intelligence qu’au premier jour de leur rencontre. C’etait un spectacle infiniment plus reconfortant que celui de l’animal redoutable qu’elle etait devenue un peu plus tot.
Il s’ecoula dix minutes encore avant que ne disparaisse le dernier ange. Cornemuse etait trempee de sueur, comme un heroinomane ou un alcoolique en manque.
Elle se mit a glousser tandis qu’elles guettaient le retour des anges. Cirocco s’allongea sur le cote, face a la Titanide, la tete pres d’elle ; elle sursauta lorsque la creature se mit a bouger. Ce n’etait pas, comme auparavant, pour eprouver ses liens. Non, le mouvement etait ouvertement sexuel. Elle gratifia Cirocco d’un baiser humide. La bouche etait si large et chaude que c’en etait desarmant.
« J’aimerais etre un garcon », roucoula-t-elle d’une voix avinee. Cirocco baissa les yeux.
« Seigneur », suffoqua Cirocco. L’enorme penis de la Titanide etait sorti de son fourreau et l’extremite battait contre le sol.
« Pour vous, vous etes peut-etre une fille, chanta Cirocco, mais pour moi vous etes un trop grand garcon. »
Cornemuse trouva ceci desopilant. Elle rugit de rire et tenta d’embrasser a nouveau Cirocco mais lorsque cette derniere recula, elle abandonna avec bonne humeur.
« Je vous ferais beaucoup de mal. » Elle hoquetait. « Helas, ceci est destine a un orifice arriere, dont vous etes absolument depourvue. Si j’etais un garcon, j’aurais un membre convenable pour vous. »
Cirocco sourit et la laissa divaguer mais ses yeux ne souriaient pas lorsqu’elle regarda Gaby par-dessus l’epaule de la Titanide.
« En derniere extremite, dit-elle d’une voix calme, en anglais, si jamais elle faisait mine de se liberer, prends cette pierre et assomme-la. Si elle s’echappe, elle est morte.
— Pige. Mais qu’est-ce qu’elle raconte ?
— Elle a envie de me faire l’amour.
— Avec ca ? Je ferais peut-etre mieux de la sonner tout de suite.
— Ne sois pas idiote. Nous ne risquons absolument rien. Si elle se libere, elle ne nous remarquera meme pas. Les entends-tu revenir ?
— Je crois bien que oui. »
Ce fut en fin de compte plus facile la seconde fois. Elles ne laisserent pas a la Titanide la moindre occasion d’entendre les anges et, bien qu’elle transpirat et se debattit comme si elle pouvait quand meme sentir leur presence, elle ne lutta toutefois pas beaucoup.
Puis les anges disparurent enfin, retournes aux tenebres eternelles du rayon, loin au-dessus de Rhea.
Elle pleurait lorsqu’elles defirent ses liens ; c’etaient les sanglots impuissants d’un enfant qui ne comprend pas ce qui lui est arrive. Puis ils se muerent en recriminations pleines d’humeur principalement a cause de ses jambes et de ses oreilles douloureuses. Gaby et Cirocco lui frictionnerent les jambes a l’endroit ou les liens les avaient meurtries. Ses sabots fourchus etaient aussi rouges que de la gelee de cerise.
La disparition de Flute-de-Pan parut la rendre perplexe mais elle ne se desola pas lorsqu’elle eut compris qu’il etait parti se battre. Elle les gratifia de baisers mouilles et les pressa contre elle amoureusement, ce qui ne fut pas sans inquieter Gaby, meme apres que Cirocco lui eut explique que les Titanides separaient nettement coit frontal et posterieur. Les organes frontaux etaient destines a produire des ?ufs semi-fertilises qui etaient ensuite implantes a la main dans le vagin posterieur feconde a son tour par le penis ventral.
Lorsque Cornemuse se leva, elle etait trop saoule pour les porter. Elles lui firent faire quelques tours puis la guiderent vers la ville. Au bout de quelques heures elles purent a nouveau l’enfourcher.
Titanville etait en vue lorsqu’elles decouvrirent Flute-de-Pan.
Le sang avait deja seche sur sa jolie robe bleue. Un javelot depassait de son flanc, pointe vers le ciel. On l’avait mutile.
Cornemuse tomba a genoux pres de lui et pleura tandis que Cirocco et Gaby restaient en retrait. Cirocco avait un gout amer dans la bouche. Cornemuse lui en voulait-elle ? Aurait-elle prefere mourir avec son compagnon ou bien etait-ce une conception desesperement terrienne ? Les Titanides semblaient hermetiques a la gloire du combat ; elles se battaient uniquement parce qu’elles ne pouvaient pas faire autrement. Cirocco les admirait pour le premier point, les plaignait pour le second.
Se rejouit-on de celui qu’on a sauve ou pleure-t-on celui qu’on a perdu ? Elle ne pouvait faire les deux a la fois, alors elle pleura.
Cornemuse se releva tant bien que mal. Avec lourdeur. Trois ans, songea Cirocco. Cela ne voulait rien dire. Elle avait une partie de l’innocence des humains du meme age mais c’etait une Titanide adulte.
Elle saisit la tete tranchee et lui donna un unique baiser puis elle la replaca pres du corps. Elle ne chanta pas ; les Titanides n’avaient pas de chant pour un tel moment.
Gaby et Cirocco remonterent sur son dos et Cornemuse se dirigea vers la ville au petit trot.
« Demain, dit Cirocco. Nous partirons pour le moyeu des demain. »
Chapitre 18.
Cinq jours plus tard, Cirocco preparait toujours son depart : subsistait le probleme de savoir avec qui et quoi partir.
Bill etait hors course, meme s’il pensait le contraire.
Calvin etait elimine puisqu’il avait promis de rester a Titanville tant que Bill ne serait pas suffisamment retabli pour se debrouiller seul ; ensuite, il ferait ce qu’il voudrait.
Gene etait partant. Cirocco desirait pouvoir le garder a l’?il, a bonne distance des Titanides.
Restait Gaby.
« Tu ne peux pas me laisser », lui dit-elle : ce n’etait pas une priere mais un simple constat. « Je te suivrai.
— Je ne vais pas m’y risquer. Tu es une vraie calamite avec cette fixation envers moi que je ne merite absolument pas. Mais tu m’as sauve la vie, ce dont je ne t’ai jamais vraiment remerciee et je veux que tu saches que je ne l’oublierai jamais.
— Je ne veux pas de tes remerciements, repondit Gaby. Je veux ton amour.
— Je ne puis te le donner. Je t’aime bien, Gaby. Bon Dieu, nous sommes cote a cote depuis le debut de cette aventure. Mais nous allons parcourir les cinquante premiers kilometres a bord d’Omnibus. Je ne voudrais pas te forcer. »
Gaby palit mais parvint bravement a affirmer : « Tu n’auras pas a le faire. »
Cirocco hocha la tete. « Comme je te l’ai dit, a toi de decider. Calvin estime que nous pourrons aller jusqu’au niveau du terminateur. Les saucisses ne montent pas plus haut, a cause des anges.
