— Alors ce sera toi et moi et Gene ?

— Ouais. » Cirocco fronca les sourcils. « Je suis contente que tu viennes. »

Ils avaient besoin de beaucoup de choses et Cirocco ne savait comment les obtenir. Les Titanides pratiquaient un systeme de troc mais les prix s’etablissaient en fonction d’une formule complexe ou intervenaient le degre de parente, le statut social et le besoin. Personne ne mourait de faim mais les individus du bas de l’echelle, tels que Cornemuse, avaient tout juste le vivre et le couvert et le minimum necessaire pour se decorer le corps. Les Titanides consideraient en effet ce dernier point comme presque aussi primordial que la nourriture.

Il existait un systeme de credit et Maitre-Chanteur usa en partie du sien mais fit surtout jouer son influence en gratifiant Cirocco d’une position sociale arbitrairement elevee : il en avait pratiquement fait son arriere-fille spirituelle et avait pousse la communaute a l’adopter comme telle au vu de la nature de sa mission.

La plupart des artisans titanides avaient admis ce principe et se montraient presque trop empresses d’equiper l’expedition. On confectionna des paquetages aux courroies adaptees a l’anatomie humaine. Puis chacun vint leur offrir ses meilleurs produits.

Cirocco avait decide que chacun pouvait transporter une masse d’environ cinquante kilos. Une masse certes imposante mais dont le poids ne representait que vingt kilos et s’allegerait encore a mesure qu’ils grimperaient vers le moyeu.

Gaby estimait en ce point l’acceleration radiale a un quarantieme de G.

Les cordes etaient leur premier souci. Les Titanides cultivaient une plante qui fournissait une corde fine, souple et robuste. Chaque humain pouvait en porter un rouleau de cent metres.

Les Titanides etaient de bonnes grimpeuses meme si elles limitaient leurs efforts aux arbres. Cirocco discuta des pitons avec les forgerons qui revinrent lui porter le fruit de leurs meilleurs efforts. Malheureusement le travail de l’acier etait chose nouvelle pour les Titanides. Gene contempla les pitons en hochant la tete.

« C’est le mieux qu’elles puissent faire, dit Cirocco. Elles ont trempe l’acier, selon mes instructions.

— C’est encore insuffisant. Mais ne t’inquiete pas. Quel que soit le materiau a l’interieur du rayon, ce n’est surement pas de la roche : elle ne pourrait jamais supporter les contraintes qui tendent a faire eclater cette structure. A vrai dire, je ne connais aucun materiau assez resistant pour ca.

— Ce qui signifie simplement que les gens qui ont construit Gaia connaissaient des choses que nous ignorons. »

Cirocco ne s’inquietait pas outre mesure. Les anges vivaient dans les rayons. S’ils ne passaient pas toute leur vie dans les airs, il leur fallait bien percher quelque part. Et s’ils se perchaient sur quelque chose, elle pourrait bien s’y accrocher a son tour.

On leur fournit des marteaux pour enfoncer les pitons ; c’etaient les plus legers et les plus robustes que puissent faire les Titanides. Les forgerons leur donnerent des hachettes et des couteaux, ainsi que les pierres pour les affuter. Enfin, grace a l’obligeance d’Omnibus, ils disposaient de trois parachutes.

« Les vetements, dit Cirocco. Quel genre de vetements devrions-nous emporter ? »

Maitre-Chanteur parut desempare.

« Je n’en ai aucun besoin, comme vous pouvez le constater, lui chanta-t-il. Ceux des notres qui, comme vous, ont la peau nue, en portent parfois lors des frimas. Nous pouvons confectionner ce que vous desirez. »

Ils furent donc vetus de la tete aux pieds de la plus belle soie imprimee. Ce n’etait pas vraiment de la soie mais la consistance etait identique. Par-dessus, des chemises et des pantalons de feutre – deux paires de chaque – et des pulls et des calecons de laine. On confectionna des manteaux et des pantalons de fourrure ainsi que des gants fourres et des mocassins a semelle epaisse. Il fallait qu’ils soient pares a toute eventualite et, bien que les vetements fussent encombrants, Cirocco ne voulait pas les negliger.

Ils emportaient aussi des hamacs en soie et des sacs de couchage. Les Titanides avaient des allumettes et des lampes a huile. Ils en prirent une chacun, avec une petite reserve de combustible. Elle ne pourrait leur faire tout le voyage mais il en etait de meme pour l’eau et la nourriture.

« L’eau, s’inquieta Cirocco. Voila qui pourrait poser un gros probleme.

— Eh bien, comme tu l’as dit, les anges vivent la-haut. » Gaby l’aidait a l’empaquetage au cinquieme jour de leurs preparatifs. « Ils doivent bien boire quelque chose.

— Ce qui ne veut pas dire qu’on trouvera facilement des points d’eau.

— Si tu commences a te tourmenter tout le temps, on ferait mieux de ne pas partir. »

Ils prirent des outres d’une autonomie de neuf ou dix jours puis completerent les paquetages avec le maximum possible de nourriture sechee. Ils comptaient manger la meme chose que les anges, si cela etait possible.

Le sixieme jour tout etait pret et il lui fallait encore affronter Bill. Elle etait reticente a user de son autorite pour conclure la discussion mais savait qu’elle devrait s’y resoudre si necessaire.

« Vous etes tous dingues, dit Bill en frappant de la paume sur son lit. Vous n’avez aucune idee de ce qui vous attend la-haut. Est-ce que tu crois serieusement etre capable de grimper une cheminee de quatre cents kilometres de haut ?

— On va bien voir si c’est possible.

— Vous allez vous tuer. Vous vous ecraserez au sol a mille a l’heure.

— J’estime que dans cette atmosphere la velocite terminale ne doit pas exceder les deux cents. Bill, si tu comptes me decourager, tu perds ton temps. » Elle ne l’avait jamais vu dans cet etat et elle n’appreciait pas du tout.

« Nous devrions nous serrer tous les coudes et tu le sais bien. Tu persistes a vouloir en faire trop parce que tu as perdu le Seigneur des Anneaux et que tu veux te conduire en heros. »

S’il n’y avait pas eu un soupcon de verite dans ses paroles, elles ne l’auraient pas blessee autant. Elle y avait elle-meme songe pendant des heures en cherchant le sommeil.

« Et l’air ! Et s’il n’y a pas d’air la-haut ?

— Nous n’allons pas nous suicider. Si la tache est impossible, nous renoncerons. Tu inventes des pretextes. »

Son regard se fit implorant.

« Je te le demande, Rocky. Attends-moi. Je n’ai jamais rien demande auparavant mais je te demande cela, maintenant. »

Elle soupira et fit signe a Gene et Gaby de quitter la chambre. Lorsqu’ils furent partis, elle s’assit au bord du lit et lui prit la main. Il l’enleva. Elle se releva vivement, furieuse contre elle-meme pour avoir tente de l’atteindre de cette facon, et contre lui pour l’avoir repoussee.

« J’ai l’impression que tu n’es plus le meme, Bill, lui dit-elle d’une voix calme. Je pensais te connaitre. Tu m’as reconfortee lorsque j’etais seule et je croyais un jour pouvoir t’aimer. Je ne tombe pas amoureuse facilement. Peut-etre est-ce parce que je suis trop mefiante ; je ne sais. Tot ou tard, tout le monde exige de moi que je me comporte comme le voudrait mon image, et c’est exactement ce que tu fais a present. »

Il ne repondit pas, ne la regarda meme pas.

« Ce que tu fais est si injuste que j’en hurlerais.

— Je voudrais bien.

— Pourquoi ? Pour mieux correspondre a l’image que tu te fais de la femme ? Bordel, j’etais capitaine lorsque tu m’as rencontree ; je ne pensais pas que ca avait une telle importance pour toi.

— Je ne comprends pas de quoi tu parles.

— Je parle du fait que si nous en restons la, tout sera fini entre nous. Parce que je n’attendrai pas que tu viennes a ma rescousse pour me proteger.

— Je ne sais pas de quoi tu… »

Alors elle se mit a hurler et cela lui fit du bien. Elle parvint meme, a la fin, a en rire amerement. Bill avait sursaute. Gaby passa la tete par la porte puis, devant l’absence de reaction de Cirocco, s’eclipsa.

« D’accord, d’accord, conceda-t-elle. J’en fais trop. Parce que j’ai perdu mon vaisseau et que je compense en voulant me couvrir de gloire. Je suis frustree parce que je me suis montree incapable de ressouder cet equipage, et de le faire tourner rond – y compris que le seul homme en qui je pensais avoir confiance respecte mes decisions, la boucle et fasse ce qu’on lui dit de faire. Je suis une bestiole bizarre, je le sais. Peut-etre suis-je

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