Gaby.

— Le nautile cloisonne, repondit Gene.

— Tu peux repeter ?

— Le nautile. Il secrete sa coquille en spirale. Lorsqu’elle devient trop petite, il avance et scelle la loge qui est derriere lui. Tu peux la decouper dans le sens de la longueur : c’est tres joli.

Et cela ressemble fort a l’edifice que vous avez vu : les chambres les plus petites au fond, les plus grandes au-dessus. »

Cirocco fronca les sourcils. « Mais toutes les salles ici ont en gros la meme taille. »

Gene hocha la tete. « La difference n’est pas grande. Cette salle est un rien plus grande que celle-ci, de l’autre cote, il doit en exister de plus petites encore quelque part. Cette chose se developpait transversalement. »

Au vu de ce chateau de cristal on pouvait imaginer que les creatures qui l’avaient edifie travaillaient comme le corail. La colonie abandonnait ses demeures lorsqu’elles etaient trop petites et batissait sur les restes. Certaines parties du chateau depassaient les dix niveaux. La rigidite d’une telle structure ne provenait pas de ses cloisons arachneennes mais des aretes. Pareilles a des tiges de plexiglas du meme diametre que le poignet de Cirocco, elles etaient d’une rigidite extreme. Meme si l’on avait brise toutes les parois du chateau de cristal son armature aurait subsiste, telle la charpente d’acier d’un gratte-ciel.

« Quel que soit le batisseur de cet edifice, il ne fut pas son dernier occupant, suggera Gaby. Quelqu’un d’autre l’a amenage en y apportant de multiples modifications ou alors ces creatures etaient considerablement plus complexes que nous ne le supposons. Mais dans un cas comme dans l’autre, l’endroit est abandonne depuis des lustres. »

Cirocco essaya de ne pas etre decue, mais en vain. C’etait une deception. Ils etaient encore loin du sommet et il semblait bien qu’ils devraient gravir chaque metre du trajet restant.

« Ne te fache pas.

— Que se passe-t-il ? » Cirocco s’eveilla lentement. Difficile de croire qu’il etait deja huit heures, se dit- elle.

Mais comment pouvait-il le savoir ? Elle avait toujours sa montre.

« Ne regarde pas. » Il avait parle de la meme voix egale mais Cirocco se figea, le bras a moitie leve. Elle vit le visage de Gene sur lequel jouaient les reflets orange des braises mourantes. Il etait agenouille pres d’elle.

« Eh bien… qu’y a-t-il, Gene ? Qu’est-il arrive ?

— Rien, ne te fache pas. Je ne voulais pas lui faire de mal mais je ne pouvais pas non plus la laisser regarder, pas vrai ?

— Gaby ? » Elle fit mine de se lever et il lui montra alors le couteau. A cet instant crucial, elle prit conscience avec acuite de plusieurs choses : Gene etait nu ; Gaby gisait sur le ventre, nue egalement, et apparemment elle ne respirait pas ; Gene etait en erection. Il y avait du sang sur ses mains. Ses sens s’etaient soudain aiguises. Elle percevait la respiration reguliere de l’homme, sentait l’odeur du sang et de la violence.

« Ne te fache pas, repeta-t-il d’une voix raisonnable. Je ne voulais pas agir ainsi mais c’est toi qui m’y as force.

— Tout ce que je t’ai dit c’est que…

— Tu es fachee, je le vois bien. » Il soupira devant une telle injustice et montra dans sa main gauche un second couteau – celui de Gaby. « Si tu y reflechis, tu ne peux t’en prendre qu’a toi-meme. De quoi crois-tu que je sois fait ? Vous, les femmes… C’est vos meres qui vous ont dit d’etre egoistes ? C’est ca ? »

Cirocco essaya de trouver une reponse sans risque mais apparemment il n’en demandait pas. Il s’avanca et lui placa la pointe du couteau sous le menton. Elle tressaillit ; la lame mordit la chair tendre. Elle etait encore plus froide que ses yeux.

« Je ne comprends pas pourquoi tu fais ca. »

Il hesita. Le second couteau s’etait deplace en direction de son ventre ; il avait maintenant interrompu son mouvement et l’arme etait alors hors de vue. Elle s’humecta les levres en souhaitant la voir a nouveau.

« C’est une bonne question. J’y ai toujours reflechi – quel homme n’y penserait pas ? » Il quetait une approbation dans son regard et parut desempare en n’en decouvrant aucune.

« Ah, mais a quoi bon ? Tu es une fille.

— Dis toujours. » Le couteau se deplacait a nouveau. Elle sentit la lame appuyer contre l’interieur de ses cuisses. Son front se trempa de sueur.

« Tu n’as pas besoin de t’y prendre ainsi. Pose ce couteau et je te donnerai tout ce que tu voudras.

— Ah ah. » Et toujours ce couteau, qui allait et venait comme le doigt d’une mere grondeuse. « Je ne suis pas un type stupide. Je connais vos methodes, a vous les femmes.

— Je te jure. Inutile de t’y prendre comme ca.

— Il le faut. J’ai tue Gaby et tu ne le pardonneras pas. Ca n’a jamais ete equitable, tu sais. Vous nous provoquez en permanence. Vous nous faites bander et apres vous dites toujours non. » Il ricanait mais bien vite cette expression disparut pour laisser a nouveau place au calme. Elle avait prefere son ton moqueur.

« Je ne fais que retablir l’equilibre. La-bas, quand vous m’avez laisse tout seul dans l’obscurite, j’ai decide qu’a l’avenir je ferais tout ce qui me plairait. Je me suis fait des amis a Rhea. Tu risques de ne pas beaucoup les aimer. Dorenavant, c’est moi le capitaine, comme j’aurais du l’etre depuis le debut. Tu feras ce que je dirai. Et maintenant ne tente rien de stupide. »

Elle hoqueta lorsque la pointe aceree dechira son pantalon. Elle crut comprendre quel usage il comptait faire du couteau et se demanda s’il valait mieux etre stupide et morte que vivante et mutilee. Mais apres que le tissu eut cede il n’alla pas plus avant. Son attention se reporta sur le couteau pointe sous son menton.

Il la penetra. Elle detourna le visage et la pointe de la lame suivit.

Il lui faisait horriblement mal mais cela n’avait aucune importance : ce qui importait etait cette crispation de la joue de Gaby, la trace dessinee par sa main dans la poussiere tandis qu’elle s’approchait de la hachette, son ?il a demi ouvert, et la lueur qu’elle y lisait.

Cirocco leva les yeux vers Gene et n’eut aucun mal a preter a sa voix des accents de terreur.

« Non ! Oh, je t’en prie, arrete, je ne suis pas prete. Tu vas me tuer !

— C’est moi qui decide quand tu dois etre prete. » Il baissa la tete et Cirocco risqua un regard en direction de Gaby qui sembla comprendre. Elle referma l’?il.

Tout se passait tres loin d’elle : elle n’avait pas de corps ; c’etait une autre qui souffrait aussi horriblement. Seule la pointe du couteau sous son menton signifiait encore quelque chose ; puis il commenca a flancher.

Quel serait le prix de son echec ? se demanda-t-elle. Juste. Il ne fallait donc pas qu’il echoue. Il viendrait bien un moment ou son attention se relacherait mais il lui fallait garantir l’arrivee de ce moment. Elle se mit donc a remuer sous lui. C’etait la chose la plus ec?urante qu’elle ait jamais accomplie.

« Voila que nous entrevoyons la verite, dit-il avec un sourire reveur.

— Ne parle pas, Gene.

— Tu as pige. Regarde comme ca va mieux lorsque tu ne resistes pas. »

Etait-ce son imagination ou bien la lame pressait-elle moins fort contre sa peau ? Avait-il recule ? Elle examina cette pensee, soucieuse de ne pas se laisser abuser, et estima qu’elle etait juste. Ses sensations s’etaient exacerbees. Cette legere diminution de pression etait comme si on l’avait delivree d’un grand poids.

Il devait avoir ferme les yeux. Ne fermaient-ils donc pas toujours les yeux ?

Il les ferma et elle faillit bouger mais il les rouvrit tout de suite. Il la testait, le salaud. Mais il ne decela aucune ruse. En temps normal elle n’etait pas une bonne actrice mais le couteau l’avait inspiree. Il se cambra. Ses yeux se fermerent. La pression du couteau avait disparu.

Tout tourna de travers.

Elle lui ecarta le bras d’un cote, tourna la tete de l’autre ; le couteau lui entama la joue. Elle le frappa a la gorge dans l’intention de la broyer mais il esquiva juste assez. Elle se tordit, donna des coups de pieds, sentit la lame lui dechirer l’omoplate. Puis elle se retrouva debout…

… mais elle ne courait pas. Pendant quelques secondes mortelles ses pieds ne toucherent plus le sol tandis qu’elle attendait que le couteau la frappe.

Mais il ne frappa pas. Et elle parvint du bout de l’orteil a prendre assez d’elan pour sauter a nouveau et s’ecarter de lui. Elle regarda par-dessus son epaule alors qu’elle etait encore en l’air et s’apercut qu’elle avait

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