pouce. Cirocco lui decocha un coup de pied et il battit en retraite vers la porte.

Elle souriait lorsqu’elle s’assit. Gaby etait toujours la, le cliche coince sous le bras. Elle etait perchee sur le minuscule tabouret pliant pres de la couchette.

Cirocco haussa un sourcil.

« Il y avait autre chose ? »

Gaby detourna les yeux. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, ne put emettre le moindre son, puis claqua sa cuisse nue du plat de la main.

« Non, je pense que c’etait tout. » Elle fit mine de se lever.

Cirocco la considera pensivement, puis se redressa pour couper le son de la television.

« Comme ca, ca va mieux ? »

Gaby haussa les epaules. « Peut-etre. De toute facon, je t’aurais demande de la couper si j’etais arrivee a parler. Je suppose que ce ne sont sans doute pas mes affaires.

— Mais tu t’es senti le besoin de dire quelque chose. » Cirocco attendait.

« Bon, d’accord. C’est ton affaire de commander le vaisseau a ta guise. Je veux que tu saches que je l’ai compris.

— Continue. Je sais admettre les critiques.

— Tu as couche avec Bill. »

Cirocco rit tranquillement. « Je ne me suis meme pas couchee avec lui : le lit est trop petit. Mais je saisis ton idee. »

Cirocco avait espere mettre a l’aise Gaby, mais en apparence sans succes. Gaby se leva et se mit a faire lentement les cent pas – sauf qu’au bout de quatre elle tombait sur la cloison.

« Cap’taine, le sexe n’est pas une obsession pour moi. Elle haussa les epaules. Je ne deteste pas, mais je n’en suis pas folle non plus. Que je ne baise pas pendant une journee ou un an, je ne fais pas de difference. Mais la plupart des gens ne sont pas comme ca. Surtout les hommes.

— Mais, moi non plus.

— Je sais. C’est pourquoi je me demandais comment tu… quels etaient tes sentiments vis-a-vis de Bill. »

C’etait au tour de Cirocco de faire les cent pas. Entreprise encore plus delicate pour elle qui etait plus grande que Gaby et n’avait que trois pas a faire.

« Gaby, le probleme des rapports humains dans un milieu ferme est un domaine longuement explore. Ils ont essaye des equipages exclusivement masculins. Meme une fois, exclusivement feminin. Ils ont essaye avec des couples maries et avec des celibataires uniquement. Avec des regles interdisant le sexe, et pas de regle du tout. Aucune de ces solutions n’a donne entierement satisfaction. Les gens se tapent mutuellement sur les nerfs et il faut qu’ils baisent. C’est pourquoi je ne dicte a personne sa conduite en prive.

— Je ne veux pas dire que tu…

— Attends une minute. Je t’ai explique tout ceci pour que tu comprennes que je n’ignore pas les problemes potentiels. Ce que je veux entendre, ce sont des problemes precis. »

Elle attendit.

« C’est Gene, dit Gaby. Je l’ai fait avec Gene comme avec Calvin. Comme je dis, ce n’est pas mon obsession. Je sais que Calvin fait ca pour moi. J’en ai l’habitude. Sur Terre, je le refroidirais. Ici, je le baise pour lui faire plaisir. L’un dans l’autre ca ne fait guere de difference pour moi.

« Mais je baise avec Gene parce qu’il a… cette… cette tension. Tu comprends ? » Elle avait serre les poings. Elle les ouvrit et regarda Cirocco pour queter son approbation.

« J’en ai fait l’experience, oui. » Cirocco garda un ton egal.

« D’accord, il n’arrive pas a te satisfaire. C’est ce qu’il m’a dit. Ca l’embete. Cette espece de tension me fait peur, peut-etre parce que je ne la comprends pas. Je le vois pour essayer de calmer cette tension. »

Cirocco pinca les levres.

« Parlons franchement. Est-ce que tu me demandes de te le retirer des pattes ?

— Non, non, je ne te demande rien. Je te l’ai dit, je cherche juste a te faire prendre conscience du probleme, si ce n’est pas deja fait. A toi de decider ce qu’il faut faire. »

Cirocco opina. « Parfait. Je suis heureuse que tu me l’aies dit. Mais il faudra qu’il se supporte. Il est stable, equilibre, un rien dominateur, mais il sait parfaitement se controler, sinon il ne serait pas ici. »

Gaby opina. « Fais au mieux.

— Encore une chose. Ce n’est en aucun cas ton role de satisfaire sexuellement tout le monde. Si cela t’est une charge, c’est de ton plein gre.

— J’entends bien.

— Je l’espere. Je n’aimerais pas que tu croies que je comptais sur toi pour jouer ce role. Et inversement. » Elle scruta le regard de l’autre femme jusqu’a ce qu’elle detourne les yeux. Alors elle se pencha pour lui tapoter le genou.

« D’ailleurs, ca s’arrangera tout seul. Nous allons tous etre trop occupes pour songer a baiser. »

Chapitre 3.

Vu sous l’angle balistique, Themis etait un vrai cauchemar.

Personne n’avait jamais tente de se mettre en orbite autour d’un tore. Themis faisait 1 300 kilometres de diametre mais seulement 250 d’epaisseur. Le tore etait plat sur son flanc exterieur et sa hauteur etait de 175 kilometres. Sa densite etait totalement irreguliere vu qu’il etait compose d’un plancher epais a l’exterieur, surmonte d’une atmosphere, le tout coiffe d’une mince verriere pour emprisonner l’air a l’interieur.

Et il y avait les six rayons, longs de 420 kilometres. Leur section etait elliptique – avec un grand axe de 100 kilometres et un petit axe de 50 – sauf pres de la base ou ils s’ouvraient pour se raccorder au tore. Au centre se trouvait le moyeu, plus massif encore que les rayons, 160 kilometres de diametre, perce en son milieu d’un orifice de 100 kilometres.

Tacher d’apprehender une telle masse, c’etait pour l’ordinateur de bord froler la depression nerveuse, tout comme pour Bill qui devait elaborer un modele credible pour Se computer.

L’orbite la plus facile eut ete dans le plan equatorial de Saturne car elle leur aurait permis d’exploiter la velocite deja acquise. Mais ce n’etait pas possible. Themis etait orientee avec son axe de rotation parallele a ce plan equatorial. Cet axe passant exactement par l’orifice central de Themis, toute orbite equatoriale choisie par Cirocco ferait passer le Seigneur des Anneaux dans des zones a fortes variations gravitationnelles.

La seule possibilite envisageable restait une orbite dans le plan equatorial de Themis. Une telle orbite serait tres couteuse vue sous l’angle du moment angulaire. Elle avait l’unique avantage d’etre stable, une fois acquise.

La man?uvre commenca avant qu’ils atteignent Saturne. Durant le dernier jour de leur approche leur trajectoire fut recalculee. Cirocco et Bill se reposaient sur les ordinateurs terrestres et des systemes de radionavigation jusqu’a Mars et Jupiter. Ils vivaient dans le module de commande et regardaient grossir Saturne derriere les ecrans de television.

Puis l’allumage fut effectue.

Lors d’un instant de repit, Cirocco brancha la camera du SCIMOD. Gaby levait vers elle un regard traque.

« Rocky, peux-tu faire quelque chose contre ces vibrations ?

— Gaby, le moteur fonctionne, comme ils disent, a son regime nominal. Ca va continuer de secouer, c’est tout.

— La meilleure periode d’observation de toute cette foutue mission », grommela Gaby. Assis a cote de Cirocco, Bill se mit a rire.

« Cinq minutes, Gaby, dit-il. Et je crois vraiment que nous devrions laisser la propulsion pendant le temps imparti. Cela marcherait nettement mieux comme ca. »

Les moteurs s’arreterent au quart de poil et ils verifierent, pour une ultime confirmation, qu’ils etaient bien

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