surveiller le deroulement automatique de la sequence de mise a feu en decomptant les secondes qui s’ecoulaient interminablement. Elle savait que sous peu ils ne pourraient plus s’echapper. Cette chose etait enorme et foncait plus vite qu’eux.

Bill reparut, en scaphandre, et elle se rua dans le SCIMOD pour enfiler sa propre combinaison. Cinq silhouettes anonymes etaient harnachees sur les couchettes d’acceleration, immobiles, les yeux fixes sur l’ecran. Elle verrouilla son casque. Une cacophonie l’assaillit.

« Du calme la-dedans. « Les murmures se turent. » Je veux le silence sur le canal des scaphandres tant que je ne vous demande rien.

— Mais qu’est-ce qui se passe, commandant ? » C’etait la voix de Calvin.

« J’ai dit silence. On dirait qu’un appareil automatique s’apprete a nous ramasser. Ce doit etre le dispositif d’appontage que nous cherchions.

— Ca m’a plutot l’air d’une attaque, grommela August.

— Ils ont deja du faire ca auparavant. Ils doivent savoir operer sans risque. » Elle aurait bien voulu en etre persuadee. Et ce n’est pas le tremblement de tout le vaisseau qui l’y aida.

« Contact, annonca Bill. On est pris. »

Cirocco se rua vers son poste et manqua de peu le spectacle du grappin qui les entourait. Le vaisseau fremit a nouveau tandis que des craquements epouvantables provenaient de l’arriere.

« A quoi ca ressemblait ?

— A de gros tentacules de pieuvre, sans les ventouses. » Il avait l’air abasourdi. « Il y en avait des centaines, a se tortiller dans tous les sens. »

Le vaisseau fremit de plus belle, de nouvelles alarmes se mirent a sonner. Une tornade de lampes rouges gagnait tout le tableau de bord.

« Rupture de la coque », annonca Cirocco avec un calme qu’elle etait loin de ressentir. « Fuite d’air le long de l’axe central. Verrouillage des cloisons etanches 14 et 15. » Ses mains couraient sur les commandes sans qu’elle s’en rende compte. Les voyants et les manettes etaient lointains, vus par le mauvais bout d’un telescope. Le cadran de l’accelerometre se mit a tourner tandis qu’elle etait violemment projetee vers l’avant, puis sur le cote. Elle se retrouva sur Bill. Tant bien que mal, elle se rassit et boucla son harnais.

A peine l’avait-elle verrouille autour de sa taille que le vaisseau fit une nouvelle embardee, vers l’arriere cette fois-ci.

Quelque chose surgit du sas derriere elle et vint percuter le hublot qui s’etoila.

Elle se retrouva a bas de son siege, le corps appuye contre la ceinture. Une bouteille d’oxygene deboula du sas. Le verre se brisa et le bruit de l’impact disparut dans le tourbillon d’eclats coupants et glaces qui virevoltaient sous ses yeux. Tout ce qui dans la cabine n’etait pas arrime se rua par cette gueule edentee et beante qui naguere etait un hublot.

Le visage congestionne, elle se retrouva suspendue au-dessus d’un gouffre obscur et sans fond. D’enormes debris tournoyaient paresseusement au soleil. L’un d’entre eux etait le module de propulsion du Seigneur des Anneaux… derivant devant elle, a un endroit ou il n’avait absolument rien a faire. Elle pouvait distinguer le moignon brise du tube central : son vaisseau partait en petits morceaux.

« Et merde ! » dit-elle et soudain lui revint cet enregistrement de la boite noire d’un avion qu’elle avait eu l’occasion d’ecouter : tels avaient ete les derniers mots du pilote, prononces quelques secondes avant l’impact, quand il avait su qu’il allait mourir. Elle le savait aussi et cette pensee l’emplissait d’un immense degout.

Avec une horreur sourde, elle vit la chose qui s’etait emparee des moteurs l’enserrer sous ses innombrables tentacules. On eut dit une physalie piegeant un poisson dans son etreinte mortelle. Un reservoir de carburant se rompit – en silence – spectacle d’une etrange beaute. Son univers se brisait, sans un bruit pour marquer sa disparition. Un nuage de gaz comprimes s’epancha rapidement. La chose ne parut pas s’en soucier.

D’autres tentacules saisissaient d’autres fragments du vaisseau. L’antenne a grand gain donnait l’impression de fuir a la nage, mais ses mouvements etaient trop lents tandis qu’elle tournoyait au fond du puits en dessous de Cirocco.

« C’est vivant, murmura-t-elle. Vivant !

— Qu’est-ce que t’as dit ? » Bill essayait de s’agripper des deux mains au tableau de bord. Il etait solidement harnache a son siege mais les boulons qui fixaient au sol celui-ci s’etaient rompus.

Le vaisseau emit une nouvelle secousse et le siege de Cirocco se detacha egalement. Le rebord de la console la bloqua a mi-cuisses. Elle hurla en se debattant pour se degager.

« Rocky, tout part en morceaux. » Elle n’etait pas sure de reconnaitre la voix mais elle percevait sa terreur. Elle poussa, parvint d’une main a deboucler son harnais tandis que de l’autre elle se maintenait a distance de la console. Elle glissa sur le cote et vit son siege bondir parmi les debris des cadrans, se coincer un bref instant dans l’encadrement du hublot puis jaillir dans l’espace.

Elle crut qu’elle avait les jambes brisees mais constata qu’elle pouvait les bouger. La douleur s’attenua tandis qu’elle puisait dans ses reserves pour aider Bill a se degager. Trop tard elle s’apercut que ses yeux etaient clos, que son front et l’interieur de son casque etaient macules de sang. Tandis que son corps libere glissait par- dessus le tableau de bord elle vit la marque que son casque y avait faite. Elle tenta d’agripper sa cuisse, sa cheville, sa botte… puis il tomba, tomba au milieu d’une averse d’eclats de verre scintillants.

Elle revint a elle, accroupie sous le tableau de commande. Elle secoua la tete, incapable de se rappeler comment elle avait atterri la. Mais la force de deceleration etait moins importante maintenant. Themis avait reussi a amener le Seigneur des Anneaux – ou ce qu’il en restait – a sa propre vitesse de rotation.

Personne ne parlait. Une tempete de haletements provenait de ses ecouteurs, mais pas un mot. Il n’y avait rien a dire ; cris et jurons s’etaient epuises d’eux-memes. Elle se releva, agrippa le rebord de l’ecoutille au-dessus d’elle et se hissa au milieu du chaos.

L’eclairage ne fonctionnait plus mais la lumiere du soleil se deversait sur l’equipement brise par une large dechirure dans la cloison. Cirocco avanca parmi les debris. Une silhouette en combinaison s’ecarta devant elle. Elle avait la migraine. Et un ?il au beurre noir.

Les degats etaient considerables. Il faudrait un bon moment pour tout nettoyer et remettre le vaisseau en etat.

« Je veux un etat detaille des degats de toutes les sections », dit-elle, a personne en particulier. « Ce vaisseau n’a jamais ete concu pour subir pareil traitement. »

Trois personnes seulement etaient debout. Une silhouette etait agenouillee dans un coin, tenant la main d’une autre qui etait enfouie sous les decombres.

« Je ne peux pas bouger mes jambes. Je ne peux pas les bouger.

— Qui a dit ca ? » cria Cirocco ; elle essaya de dissiper son vertige en secouant la tete ce qui ne fit qu’empirer les choses.

« Calvin, occupe-toi des blesses pendant que je vois ce qu’on peut faire pour le vaisseau.

— Oui capitaine. »

Personne ne bougea et Cirocco se demanda pourquoi. Tous l’observaient. Pour quelle raison ?

« Je suis dans ma cabine si vous avez besoin de moi. Je… ne me sens pas tres bien. »

L’un des scaphandres fit un pas vers elle. Elle se deplaca pour essayer d’eviter la silhouette et son pied traversa le pont. La douleur fulgura dans sa jambe.

« Il arrive, par la. Regarde ! C’est nous qu’il cherche maintenant.

— Ou ca ?

— Je ne vois rien. Oh ! Seigneur ! Je le vois !

— Qui a parle ? Je veux le silence sur la radio !

— Fais gaffe ! Il est derriere toi !

— Qui a parle ? » Elle etait trempee de sueur. Quelque chose etait en train de ramper derriere elle, elle pouvait le sentir et c’etait une de ces choses qui n’entrent dans votre chambre qu’apres que vous avez eteint la lumiere. Pas un rat, mais quelque chose de pire, avec a la place du visage une simple plaque de vase, et des mains glacees, mortes, gluantes. Elle tatonna dans l’obscurite rougeoyante et vit un serpent jaillir en se tortillant d’une flaque de soleil juste devant elle.

Tout etait si calme. Pourquoi ne faisaient-ils aucun bruit ?

Sa main se referma sur quelque chose de dur. Elle la leva et se mit a taper, de haut en bas, d’un cote a

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