au point desire.
« Ici le
Elle bascula l’interrupteur correspondant.
« Tous ceux qui veulent jeter un ?il dehors, profitez-en, c’est le seul moment. »
La place etait reduite mais August, April, Gene et Calvin se tasserent tant bien que mal dans la piece encombree. Apres une verification avec Gaby, Cirocco fit basculer le vaisseau de quatre-vingt-dix degres.
Saturne apparaissait comme un gouffre gris sombre de dix-sept degres de diametre : mille fois la taille de la Lune vue de la Terre. Les anneaux s’etalaient sur quarante degres de part et d’autre.
Ils paraissaient rigides, comme du metal brillant. Le
Ils firent tous silence tandis que le soleil approchait de l’eclipse. Ils virent l’ombre de Saturne traverser l’anneau devant eux, le coupant comme un rasoir.
Le coucher de soleil dura quinze secondes. Les couleurs, profondes, changeaient rapidement : des rouges et jaunes intenses a l’outremer, evoquant celles qu’on voit d’un avion naviguant dans la stratosphere.
Ch?ur de soupirs etouffes dans la cabine. Le hublot se depolarisa, provoquant un nouveau concert de soupirs lorsque scintillerent les anneaux ceinturant le bleu profond qui soulignait l’hemisphere Nord. Eclairee par l’anneau, la surface de la planete revela des stries grises : en dessous d’eux se developpaient des tempetes aussi larges que la Terre.
Lorsque enfin elle se detourna, Cirocco remarqua le moniteur sur sa gauche. Gaby etait toujours dans le SCIMOD. Il y avait une image de Saturne sur l’ecran au-dessus de sa tete mais elle ne la regardait pas.
« Gaby, tu ne veux pas monter voir ? »
Cirocco la vit hocher la tete. Elle epluchait les chiffres qui defilaient sur un ecran minuscule.
« Pour gacher la meilleure periode d’observation de tout le voyage ? Ca va pas, non ? »
Ils se placerent d’abord sur une orbite tres elliptique dont le perigee etait a 200 kilometres au-dessus du rayon theorique de Themis. C’etait une abstraction mathematique car l’orbite etait inclinee de trente degres par rapport a l’equateur de Themis, ce qui les placait au-dessus de la face obscure. Ils depasserent le tore en rotation pour emerger sur le cote eclaire. Themis s’etendait devant eux, visible a l’?il nu.
Bien qu’il n’y eut pas grand-chose a voir : Themis etait presque aussi obscure que l’espace, meme eclairee par le soleil. Elle etudia la masse enorme de la roue avec ses panneaux solaires triangulaires pareils a des dents d’engrenage pointues ; ils devaient sans doute absorber la lumiere pour la convertir en chaleur.
Le vaisseau s’approchait de l’interieur du tore. Les rayons devinrent visibles, avec les reflecteurs solaires. Ils semblaient aussi sombres que le reste de Themis, sauf lorsqu’ils refletaient les etoiles les plus brillantes.
Le probleme qui continuait de preoccuper Cirocco restait l’absence d’un acces. La Terre insistait particulierement pour qu’ils penetrent dans l’objet et Cirocco, malgre sa prudence instinctive, ne le desirait pas moins que quiconque.
Il devait exister un moyen. Plus personne ne doutait du caractere artificiel de Themis. La question demeurait maintenant de savoir s’il s’agissait d’un vaisseau interstellaire ou d’un monde artificiel, analogue a O’Neil I. Les differences residaient dans le mouvement, et l’origine de l’objet : un astronef possederait un propulseur et il se trouverait situe au noyau ; une colonie serait l’?uvre d’une population proche. Cirocco avait entendu des theories evoquant l’existence d’habitants de Saturne ou de Titan, de Martiens – bien qu’on n’eut meme pas decouvert une pointe de fleche sur cette planete – ou de races d’astronautes de l’antiquite terrestre. Elle ne croyait a aucune d’entre elles mais cela n’avait guere d’importance : vaisseau ou colonie, Themis avait ete construite par quelqu’un et il fallait bien qu’elle ait une porte d’entree.
C’etait au noyau qu’il fallait chercher mais les contraintes de la balistique l’obligeaient a orbiter aussi loin que possible de celui-ci.
Le
On pouvait maintenant discerner quelques details a la surface. De longues rides annelees convergeaient vers les panneaux solaires ; sans doute devaient-elles recouvrir les enormes tuyauteries contenant un fluide ou un gaz caloporteur. On distinguait ici et la dans l’obscurite quelques crateres, certains profonds de 400 metres. Nul debris alentour : rien ne pouvait demeurer a la surface externe de Themis.
Cirocco verrouilla les commandes. A ses cotes, Bill opina, l’air endormi. Cela faisait deux jours qu’ils etaient dans le CONMOD.
Elle traversa le SCIMOD comme une somnambule. Quelque part plus bas l’attendaient un lit, des draps moelleux, un oreiller et une confortable gravite d’un quart de G maintenant que le carrousel tournait a nouveau.
« Rocky, on vient de trouver quelque chose de bizarre. »
Elle s’arreta, un pied sur le premier barreau de l’echelle D, et resta immobile.
« Qu’est-ce que t’as dit ? » A son ton crispe, Gaby leva les yeux.
« Moi aussi je suis crevee », dit-elle avec irritation. Elle pressa une touche ; une image s’inscrivit sur l’ecran superieur.
C’etait une vue du bord de Themis. On y remarquait une excroissance qui semblait s’agrandir tandis qu’elle les rattrapait.
« Ce n’etait pas la avant. » Cirocco fronca les sourcils. Elle essayait de balayer son epuisement.
Un avertisseur resonna faiblement. Au debut, elle ne put le localiser, puis les choses se mirent nettement en place tandis que l’adrenaline parcourait ses terminaisons nerveuses. C’etait l’alarme radar du SCIMOD.
« Capitaine », c’etait la voix de Bill dans le haut-parleur. « J’ai quelque chose d’etrange sur mon ecran : nous ne nous approchons pas de Themis mais quelque chose s’approche de nous.
— J’arrive. » Elle avait les mains glacees lorsqu’elle agrippa une poutrelle pour se retourner ; elle jeta un ?il a l’ecran.
L’objet explosait : on eut dit une protuberance ; et elle grossissait.
« Je l’apercois maintenant, dit Gaby. Il est toujours rattache a Themis. On dirait un long bras, ou une fleche. Et ca s’ouvre. Je crois que…
— Le dispositif d’appontage ! glapit Cirocco. Ils vont s’emparer de nous ! Bill, mets la sequence d’allumage, arrete le carrousel, pare a foncer.
— Mais ca va nous prendre une demi-heure…
— Je sais. Fonce ! »
Elle quitta le hublot pour se jeter dans son siege, saisit le micro.
« Appel a tout l’equipage. Etat d’urgence ! Alerte depressurisation. Evacuez le carrousel. Aux postes d’acceleration. Tout le monde en scaphandre. » Elle ecrasa de la main gauche le bouton d’alarme et derriere elle jaillit le hululement sinistre de la sirene. Elle jeta un ?il sur sa gauche.
« Toi aussi, Bill. Va t’habiller.
— Mais…
— Tout de suite ! »
Il avait jailli de son siege et plongeait deja dans le sas d’acces. Par-dessus son epaule, Cirocco lui lanca :
« Et ramene-moi ma combinaison ! »
L’objet etait maintenant visible par le hublot. Il approchait rapidement. Elle ne s’etait jamais sentie aussi desemparee. En court-circuitant la programmation des systemes de controle d’altitude, elle put mettre a feu toutes les tuyeres qui faisaient face a Themis mais ce fut loin d’etre suffisant : la grande masse du
