semaines puis se referma lorsque le toit s’ouvrit pour laisser le passage a la bise glaciale qui dut une fois encore les contraindre a s’abriter : cinq jours d’obscurite avant de reprendre l’ascension.

Leur troisieme hiver etait passe depuis six jours lorsqu’elles rencontrerent leur premier ange. Elles cesserent de grimper pour le regarder les observer.

Il se trouvait pres du sommet d’un arbre, presque invisible parmi les branches. Elles avaient deja entendu leur hululement, parfois suivi du claquement de leurs ailes geantes. Toutefois, jusqu’alors, la connaissance qu’avait des anges Cirocco se limitait a ce bref instant d’effroi ou elle en avait vu un, empale sur le javelot d’une Titanide.

Il etait plus petit que Gaby, la poitrine large, les membres filiformes. Avec des serres en guise de pieds. Ses ailes emergeaient juste au-dessus des hanches si bien qu’en vol il pouvait en se penchant equilibrer son poids de part et d’autre de leur point d’attache. Pliees, elles depassaient le niveau de sa tete tandis que leur extremite pendait sous la branche sur laquelle il etait perche. Les surfaces alaires de ses jambes, ses bras et sa queue restaient soigneusement repliees.

Apres avoir note toutes ces differences, Cirocco dut admettre que le plus etonnant chez cet etre restait son aspect humain : il ressemblait a un enfant mourant de malnutrition mais c’etait un enfant humain.

Gaby jeta un regard a Cirocco qui haussa les epaules, puis elle s’approcha d’elle, prete a toute eventualite. Elle fit un pas en avant.

L’ange poussa un cri percant et recula en se dandinant. Il deplia entierement ses ailes de neuf metres d’envergure qu’il fit battre paresseusement pour demeurer en equilibre sur des branches trop faibles pour supporter son poids.

« Nous aimerions juste vous parler. » Elle tendit les mains. Avec un nouveau cri, l’ange disparut. Le vrombissement de ses ailes leur parvint tandis qu’il gagnait de l’altitude.

Gaby considera Cirocco. Haussant un sourcil, elle fit, de la main, un signe interrogatif.

« C’est ca. Montons. »

« Capitaine ! »

Cirocco s’immobilisa immediatement. Devant, Gaby s’arreta, retenue par la corde soudain tendue.

« Quoi ? demanda Gaby.

— Tais-toi. Ecoute. »

Elles attendirent et quelques minutes apres, l’appel se renouvela. Cette fois, Gaby l’entendit elle aussi.

« Ca ne peut pas etre Gene, murmura Gaby.

— Calvin ? » A peine l’avait-elle dit qu’elle reconnut la voix. Bizarrement changee mais reconnaissable.

« April.

— Exact », vint la reponse bien que Cirocco ait parle a voix basse. « On cause ?

— Bien sur que je veux causer. Ou diable restes-tu ?

— En dessous. Je te vois. Ne redescends pas.

— Et pourquoi donc ? Bordel, April, cela fait des mois qu’on attend de tes nouvelles. August est folle d’inquietude. » Cirocco fronca les sourcils. Quelque chose n’allait pas et elle voulait savoir quoi.

« C’est moi qui viens, sinon… Si vous vous approchez, je m’envole. »

Elle se percha sur les branches minces, a vingt metres des deux femmes. Meme a cette distance, Cirocco n’eut aucun mal a reconnaitre son visage, absolument identique a celui d’August. Elle etait devenue un ange et Cirocco etait malade.

Elle semblait avoir des problemes d’elocution car elle marquait de longues pauses entre chaque phrase.

« Ne vous approchez pas plus, je vous en prie. Ne venez pas vers moi. Nous n’avons que peu de temps pour nous parler ainsi.

— Tu ne vas surement pas croire que nous te ferions du mal ?

— Et pourquoi pas ? Je… » Elle s’interrompit, fit un ecart en arriere.

« Non, je suppose que non. Mais je ne pourrais pas plus vous laisser approcher que je ne pourrais mettre ma main au feu : vous sentez mauvais.

— C’est a cause des Titanides ?

— Des quoi ?

— Des centaures. Le peuple avec lequel vous faites la guerre. »

Elle siffla et se recula. « Ne me parlez pas d’eux.

— Je ne crois pas pouvoir l’eviter.

— Alors je dois partir. J’essaierai de revenir. » Et avec un cri sonore, elle plongea parmi le feuillage. Elles entendirent un bref instant le bruit de ses ailes puis ce fut comme si elle n’avait jamais ete la.

Cirocco regarda Gaby, assise les jambes ballantes. Son visage etait sombre.

« C’est epouvantable, soupira Cirocco. Que nous est-il arrive ?

— J’esperais qu’elle pourrait nous fournir quelques reponses.

Quoi qu’il en soit, c’est elle qui a ete la plus touchee. C’est pire encore que pour Gene. »

Elle revint quelques heures plus tard mais ne put repondre aux questions les plus importantes. En fait, elle n’y avait meme pas songe.

« Comment le saurais-je ? leur dit-elle. J’etais dans l’obscurite, et lorsque je me suis eveillee j’etais telle que vous me voyez. Quelle importance, alors ? Et quelle importance, maintenant ?

— Peux-tu l’expliquer ?

— Je suis heureuse. Personne ne voulait de moi ou de mes s?urs. Personne ne nous aimait. Eh bien, maintenant, je n’ai plus besoin d’amour. Je suis du clan des Aigles, fiere et solitaire. »

Par des questions prudentes elles lui firent expliquer ce qu’etait le clan des Aigles : ni une tribu ni une association comme semblait l’avoir laisse entendre April ; mais plutot une espece au sein du genre ange.

Les Aigles etaient des solitaires, de la naissance a la mort. Ils ne se reunissent meme pas pour s’accoupler, ne supportent leur presence mutuelle que pendant quelques minutes et encore, en volant a distance respectable. C’est lors d’une telle conversation de passage qu’April avait appris la presence des humains dans le rayon.

« Il y a deux choses que je ne comprends pas, avanca prudemment Cirocco. Puis-je t’interroger ?

— Je ne promets pas de repondre.

— D’accord. Comment les anges se perpetuent-ils si vous ne vous accouplez jamais ?

— Il existe une creature inferieure, qui nait au fond de l’univers. Toute son existence, elle la passe a grimper vers le sommet. Une fois l’an, j’en cherche une pour implanter un ?uf sur son dos. Les anges males y deposent ou non leur sperme, ensuite, selon le hasard. L’?uf fertilise gagne alors le sommet avec la creature. Le petit nait a la mort de son hote. Nous naissons tous dans les airs et devons apprendre a voler durant notre chute. Certains n’y parviennent pas. C’est selon la volonte de Gaia. Telle est notre…

— Attends une minute. Tu as dit Gaia. Pourquoi avoir choisi ce nom ? »

Il y eut un silence.

« Je ne comprends pas la question.

— Je vais m’expliquer. Calvin a baptise cet endroit Gaia. Il pensait qu’un tel nom lui convenait bien. Donnerais-tu, toi aussi, dans la mythologie grecque ?

— Je n’avais jamais entendu ce nom auparavant. Gaia est le nom donne par les gens a cette creature. C’est une sorte de Dieu, quoique pas exactement. Tu me donnes mal a la tete. Je suis heureuse telle que je suis et je dois partir maintenant.

— Attends, rien qu’une minute. »

April reculait vers l’extremite de l’arbre.

« Tu as parle d’une creature. Etait-ce cette chose qui est dans le rayon ? »

April parut surprise. « Non, voyons. Cela n’en est qu’une partie. Le monde entier est Gaia. Je pensais que tu le savais.

— Non, je… attends, s’il te plait, ne pars pas. » Trop tard : elles entendirent le battement de ses ailes. « Reviendras-tu plus tard ? cria Cirocco.

— Une fois, encore », fut la reponse, lointaine.

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