etait couche sur le flanc, un bras coince sous lui, nu et leur faisant face. Il avait toujours mal a la tete, et sentait sa salive s’echapper de sa bouche entrouverte pour lui degouliner sur le menton.

— … avec eux une arme d’une espece ou d’une autre. Mais je ne vois vraiment pas ou, reprit l’Homme dont la voix changea, comme s’il se deplacait en parlant.

Apparemment, ils etaient passes a cote du canon a plasma. C’etaient des mercenaires. Surement. Des corsaires.

— Tu me donnes ton ancienne combi, Kraiklyn ?

Un homme. Jeune.

— Eh bien voila, declara l’Homme. (A la voix, on comprenait que, jusque-la accroupi, il se relevait ou bien se retournait. Il ne tint aucun compte de la question qu’on venait de lui poser.) Un peu decevant, peut-etre, mais enfin, on a sa combi. Il est temps de filer de la cour des grands, parce qu’ils ne vont pas tarder a arriver.

— Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?

C’etait une des femmes. Horza lui trouva une belle voix et regretta de ne pas pouvoir ouvrir les yeux.

— Ce temple ne devrait pas nous poser beaucoup de problemes, meme sans laser avant. On peut y etre en dix jours. On va se reapprovisionner un peu grace aux tresors religieux de ces gens, et aller acheter des armements lourds sur Vavatch. La-bas, on pourra depenser nos biens mal acquis. (L’Homme – Krekeline, ou quelque chose dans ce genre – marqua une pause, puis se mit a rire.) Ne prends pas cet air apeure, Doro. Tout va bien se passer. Tu ne regretteras pas que j’aie eu vent de cet endroit, une fois qu’on sera riches. Ces maudits pretres ne sont meme pas armes. On debarque, et on n’aura aucun mal a…

— Rembarquer, oui, on sait.

Une voix feminine ; celle qui lui plaisait. Horza percevait a present la lumiere. Rose, devant ses yeux. Sa tete lui faisait encore mal, mais il revenait progressivement a lui. Il se livra a une verification detaillee de son corps en interrogeant successivement tous ses nerfs a retroaction afin de jauger son etat general. Inferieur a la normale, il ne regagnerait pas la perfection tant que subsisterait cette apparence de vieillard ; encore quelques jours… s’il vivait jusque-la. Il subodora qu’on le croyait deja mort.

— Zallin, fit l’Homme. Debarrasse-nous de cette mauviette.

Dans un sursaut, Horza ouvrit les yeux en entendant des pas s’approcher. L’Homme venait de parler de lui !

— Aaah ! s’ecria quelqu’un tout pres. Il n’est pas mort. Je vois ses yeux bouger !

Les pas s’interrompirent. Tout tremblant, Horza se redressa en position assise et plissa les yeux sous l’eclairage. Il avait le souffle court, et un vertige s’empara de lui quand il voulut lever la tete. Enfin son regard s’accoutuma.

Il se trouvait dans un hangar brillamment eclaire mais de petite taille, presque entierement comble par une navette antique et durement eprouvee. Il avait pratiquement le dos a la paroi ; contre le mur d’en face se tenaient les gens qu’il avait entendus parler. A mi-chemin se dressait un grand jeune homme solidement bati mais d’allure disgracieuse, avec des bras tres longs et une chevelure argentee. Comme l’avait devine Horza, sa combinaison etait etalee par terre aux pieds du petit groupe d’humains. Il deglutit et cligna les yeux. Le jeune aux cheveux d’argent le regarda fixement en se grattant nerveusement l’oreille. Il portait un short et un tee-shirt effrange. Un des autres, plus grand, lanca :

— Wubslin ! (Ce dernier se retourna vers les autres et Horza sursauta. C’etait la voix qui, pour lui, devait appartenir au commandant.) L’effecteur ne fonctionne donc pas correctement ?

Ne les laisse pas parler de toi comme si tu n’etais pas la ! Il s’eclaircit la gorge et prononca d’une voix aussi sonore, aussi peremptoire que possible :

— Votre effecteur marche tres bien.

— Dans ce cas, repondit l’homme de haute taille avec un petit sourire et un haussement de sourcils, vous devriez etre mort.

Tous le regardaient, a present, generalement d’un air soupconneux. Le jeune homme qui se tenait non loin de lui se grattait toujours l’oreille ; il semblait perplexe, voire apeure. Mais les autres paraissaient simplement desireux de se debarrasser de lui le plus tot possible. Ils etaient tous humains, ou presque. Hommes et femmes. La plupart portaient une combinaison, ou plusieurs elements de combinaison, mais on voyait aussi des tee-shirts et des shorts. Le commandant de bord, qui traversait maintenant le petit groupe pour se rapprocher de Horza, etait grand et muscle avec une masse de cheveux noirs peignes en arriere qui decouvraient son front ; il avait le teint cireux et quelque chose de la bete sauvage dans la bouche et dans les yeux. Sa voix lui allait decidement tres bien. Tandis qu’il s’avancait, Horza vit qu’il tenait un pistolet-laser. Sa combinaison etait noire et ses lourdes bottes faisaient resonner le pont de metal nu. Il s’arreta a la hauteur du jeune homme aux cheveux argentes, qui triturait l’ourlet de son tee-shirt en se mordant la levre.

— Comment se fait-il que vous ne soyez pas mort ? demanda tranquillement l’Homme a Horza.

— Je suis sacrement plus costaud que j’en ai l’air.

L’Homme sourit et hocha la tete.

— Je m’en doute. (Il se retourna et regarda brievement la combinaison.) Et que faisiez-vous la-dehors dans ce truc ?

— Je travaillais pour les Idirans. Comme ils ne voulaient pas que le vaisseau de la Culture me prenne, et qu’ils comptaient me recuperer plus tard, ils m’ont jete par-dessus bord pour que j’attende l’arrivee de la flotte. Au fait, elle devrait etre la d’ici huit ou dix heures, alors a votre place, je ne trainerais pas trop dans le coin.

— Tiens donc, repondit posement le commandant en haussant a nouveau les sourcils. Vous m’avez l’air sacrement bien informe, vieillard.

— Je ne suis pas si vieux que ca. Ce que vous voyez est le travestissement que j’ai revetu pour ma derniere mission – grace a une drogue agissant sur l’age apparent. L’effet est en train de s’estomper. Encore un jour ou deux et je serai de nouveau en etat de me rendre utile.

L’Homme secoua tristement la tete.

— Je crains bien que non. (Il tourna les talons et rejoignit les autres.) Balance-le par-dessus bord, ordonna-t-il au jeune homme en tee-shirt, qui se mit immediatement en marche.

— Non mais, attendez un peu, la ! cria Horza en se relevant tant bien que mal.

Il recula contre le mur, les mains tendues, paumes ouvertes ; mais l’adolescent venait droit sur lui. Les autres partageaient leur attention entre lui et leur chef. Horza se jeta en avant et decocha au jeune homme un coup de pied trop preste pour que celui-ci puisse intervenir. Il l’atteignit au niveau des parties genitales et l’autre emit un son etrangle avant de tomber sur le pont, les mains crispees sur son entrejambe. L’Homme avait fait volte-face. Il contempla son camarade, puis Horza.

— Mais encore ? fit-il.

Horza eut la nette impression que tout cela l’amusait. Il indiqua l’adolescent, qui s’etait mis a genoux.

— Je vous l’ai dit : je peux rendre des services. Je me bats bien. Vous pouvez garder la combi si…

— Je vous signale qu’elle est deja en ma possession, coupa sechement le commandant.

— Alors, donnez-moi au moins une chance. (Horza les devisagea tour a tour.) Vous etes des mercenaires, c’est ca ? (Pas de reponse. Il sentit qu’il commencait a transpirer et interrompit net le processus.) Prenez-moi avec vous. Tout ce que je demande, c’est qu’on me donne ma chance. Si je la laisse passer, alors vous me balancez.

— Pourquoi ne pas s’en occuper tout de suite ? demanda le commandant en ecartant les bras. Ca irait plus vite, ajouta-t-il en riant.

Quelques-uns l’imiterent.

— Une petite chance, repeta Horza. Je ne vous demande quand meme pas grand-chose.

— Je regrette, fit l’autre en secouant la tete. Nous sommes deja trop nombreux.

Le jeune aux cheveux d’argent levait sur Horza un visage deforme par la douleur et la haine. Quant aux autres, ils regardaient l’intrus d’un air ironique ou, souriants, echangeaient des propos a voix basse en le designant de la tete. Il se rendit brusquement compte qu’a leurs yeux, il n’etait qu’un vieillard maigrichon, et de surcroit nu comme un ver.

— Et merde ! cracha-t-il en rivant sur l’Homme un regard furibond. Donnez-moi cinq jours et je vous prends quand vous voulez !

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