Ils repartirent en direction de la navette. Jandraligeli distinguait des mouvements sur la route derriere le temple et ; de part et d’autre, des tirs isoles s’elevaient dans la jungle. Lamm voulait prendre le temple d’assaut avec son canon a plasma et vaporiser quelques moines, mais Kraiklyn ordonna le repli. Lamm jeta le canon a terre et s’envola seul vers la navette en jurant d’une voix tonitruante sur le canal general, par lequel Yalson tentait vainement de contacter les Bratsilakins.
Ils retraverserent avec peine la zone de joncs et de broussailles sous le chuintement incessant des decharges de plasma pendant que Jandraligeli les couvrait. De temps a autre ils etaient contraints de se baisser quand des tirs-projectiles de petit calibre venaient trouer la verdure autour d’eux.
Ils s’affalerent dans le hangar de la
Personne n’avait envie de parler. On se contentait de rester assis ou couche sur le pont ; quelques-uns etaient adosses a la paroi tiede de la navette. Les plus visiblement affectes etaient ceux qui avaient penetre a l’interieur du temple, mais meme les autres, qui n’avaient fait qu’entendre le branle-bas de combat sur leur communicateur, paraissaient legerement en etat de choc. Casques et armes reposaient ca et la autour d’eux.
— Le « Temple de la Lumiere », prononca enfin Jandraligeli avant de pousser une espece de petit rire nasal.
— Le « Temple de la Merde », oui ! lanca Lamm.
— Mipp, demanda Kraiklyn d’une voix lasse en s’adressant a son casque, des nouvelles des Bratsilakins ?
Mipp, qui se trouvait toujours sur le pont miniature de la
— On devrait leur lacher une bombe sur la gueule ! declara Lamm. Les ecrabouiller, ces salauds de moines.
Pas de commentaire. Yalson se leva lentement, sortit du hangar et, la tete basse, son casque dans une main et son arme dans l’autre, gravit d’un pas lourd l’escalier menant au pont superieur.
— Je crains qu’on n’ait plus de radar, annonca Wubslin en refermant une trappe d’inspection. (Il sortit de sous le nez de la navette en roulant sur lui-meme.) Cette premiere salve ennemie…
Sa voix s’eteignit.
— Au moins, on n’a pas de blesses, fit Neisin. (Il regarda Dorolow.) Ca va mieux, tes yeux ? (L’interpellee hocha la tete mais garda les paupieres closes. Neisin acquiesca a son tour.) C’est bien pis quand il y a des blesses. On a eu de la chance. (Il plongea la main dans un petit paquetage accroche a l’avant de sa combinaison et en sortit un petit recipient metallique. Il suca la tetine qui en formait l’extremite et grimaca.) Ouais, on a eu de la chance. Et ca n’a pas traine pour eux non plus. (Il se mit a branler du chef sans regarder personne en particulier, indifferent au fait que personne ne semblait l’ecouter.) Vous avez vu, tous ceux qu’on a perdus etaient de la meme… Je veux dire qu’ils allaient par deux… ou par trois… non ?
Il but une nouvelle gorgee et secoua la tete. A cote de lui, Dorolow lui tendit la main. Neisin la devisagea, surpris, puis lui tendit sa petite fiasque. Elle en prit une gorgee et la lui rendit. Neisin regarda autour de lui, mais personne d’autre n’en voulait.
Horza restait silencieux. Il fixait obstinement l’eclairage froid du hangar en essayant de ne plus revoir la scene a laquelle il avait assiste dans les profondeurs obscures du temple.
La
A partir des transmissions radio en provenance de la planete, ils reconstituerent ce qui s’etait passe la-bas, ce qui avait pousse les moines et les pretres a s’armer de maniere aussi consequente. Deux des nations de Marjoin etaient en guerre et, situe a la frontiere entre ces deux pays, le temple se tenait perpetuellement pret a riposter. L’un des deux Etats etait vaguement socialiste, et l’autre d’inspiration plutot religieuse ; les pretres du Temple de la Lumiere constituaient une des sectes de cette foi militante. Le conflit avait partiellement pour origine les hostilites d’envergure galactique qui se deroulaient autour de la planete, en plus d’en etre un reflet miniature et approximatif. Et c’etait ce reflet-la, se dit Horza, qui avait cause la mort des membres de la Compagnie, autant que les eclairs-laser reflechis par le cristal.
Horza n’etait pas tres sur de pouvoir dormir cette nuit-la. Il resta couche, tout eveille, pendant des heures, a ecouter les cauchemars discrets de Wubslin. Puis on frappa doucement a la porte de leur cabine, et Yalson vint s’asseoir sur sa couchette. Elle posa la tete sur son epaule et tous deux se tinrent un instant enlaces. Au bout d’un moment, elle le prit par la main et l’entraina silencieusement dans la coursive, dans la direction opposee au mess – ou la lumiere et les accents distants de la musique indiquaient qu’un Kraiklyn insomniaque se relaxait grace a une petite fiasque et une bande holoson – jusqu’a la cabine qu’avaient partagee Gow et kee-Alsorofus.
La, dans la penombre, sur un petit lit impregne d’odeurs etranges et plein de textures inconnues, ils rejouerent une scene eternelle qui, dans leur cas – et ils le savaient pertinemment –, representait une hybridation presque ineluctablement sterile entre deux especes, deux cultures que separaient des milliers d’annees-lumiere. Puis ils s’endormirent.
Bilan : un
Fal ’Ngeestra regardait deriver les ombres des nuages sur la plaine lointaine, a dix kilometres d’elle et a un kilometre d’altitude ; elle poussa un soupir et releva la tete pour embrasser du regard les monts coiffes de neige, tout au bout de la steppe deserte. La chaine de montagnes se dressait a une trentaine de kilometres, mais ses pics se decoupaient tres nettement dans l’air limpide, qu’ils emplissaient de roc et de blancheur resplendissante. Meme a cette distance, et vus a travers une telle couche d’atmosphere, l’?il fremissait sous leur eclat.
Elle se detourna et foula les larges dalles de la terrasse du chalet en trainant un peu la jambe, ce qui ne convenait guere a son jeune age. Au-dessus de sa tete, la tonnelle debordait de fleurs rouges et blanches et projetait au sol des ombres parfaitement quadrillees. La jeune femme traversa les motifs reguliers d’ombre et de lumiere ; sa chevelure se ternissait et se parait d’or tour a tour, a mesure que sa demarche saccadee l’amenait dans l’ombre ou au contraire en plein jour.
La grosse silhouette gris metallise du drone nomme Jase apparut tout au bout de la terrasse : il sortait justement du chalet. Fal sourit en l’apercevant et prit place sur un banc de pierre qui saillait du muret, intercale entre la terrasse et le panorama. On avait beau etre en altitude, la journee etait tiede et il n’y avait pas de vent ; Fal epongea un leger voile de transpiration sur son front tandis que le vieux drone traversait en flottant dans les airs l’espace qui les separait. Les rais de soleil obliques se succederent sur sa coque selon un rythme regulier. La machine se posa sur les dalles au pied du banc de maniere que sa partie superieure, large et plane, arrive au niveau de la tete de Fal.
— Quelle belle journee, n’est-ce pas, Jase ? fit cette derniere en reportant son regard sur les monts lointains.
— En effet, repondit le drone.
Il etait dote d’une voix exceptionnellement grave et riche en tonalites, qu’il ne se privait d’ailleurs pas d’exploiter a fond. Depuis un millier d’annees ou plus, les drones de la Culture possedaient des champs-auras dont la coloration variait selon leur humeur, ce qui leur conferait un equivalent de langage gestuel et facial. Mais Jase etait vieux. Il avait ete fabrique bien avant l’invention des champs-auras, et avait toujours refuse les remaniements necessaires a leur installation. Il preferait se fier a sa voix pour exprimer ses sentiments, ou bien demeurer insondable.
— Quel dommage ! reprit Fal en secouant la tete, les yeux toujours rives aux lointains sommets enneiges. Comme j’aimerais pouvoir faire de l’escalade !
Elle emit un petit bruit de depit en contemplant sa jambe droite, tendue toute raide devant elle. Elle s’etait fait une fracture huit jours plus tot en escaladant les montagnes qui s’elevaient de l’autre cote de la plaine, et sa jambe etait a present prise dans un reseau d’attelles constitue de fines bandes-champs et dissimule sous un
