cette guerre. Tel est mon prix.
— Je ne peux rien vous garantir. Je vais transmettre votre requete. Vos etats de service, votre anciennete et votre devotion seront pris en compte.
Horza se radossa et fronca les sourcils. Il ne savait pas tres bien s’il fallait voir de l’ironie dans les propos du Querl. Que representaient six annees pour une race d’etres pour ainsi dire immortels ? Neanmoins, Xoralundra n’ignorait pas que son frele pupille humain avait tres souvent tout risque au service de ses maitres etrangers, et sans veritable recompense ; peut-etre etait-il donc sincere.
Horza n’eut pas le temps de reprendre son marchandage : le casque emit a nouveau une sonnerie aigue. Il fit la grimace. A bord du vaisseau idiran, tous les sons etaient assourdissants. Les voix grondaient comme le tonnerre ; un signal, un quelconque timbre et ses oreilles carillonnaient un long moment. Quant aux annonces transmises par les haut-parleurs, elles lui faisaient porter les deux mains a sa tete. Restait a esperer qu’il n’y aurait pas d’alarme generale tant qu’il serait a bord. La sirene du vaisseau idiran etait susceptible d’endommager gravement les oreilles humaines non protegees.
— Qu’est-ce que c’est encore ? s’enquit Xoralundra en s’adressant au casque.
— La femme de la Culture est a bord. Il me faut encore huit minutes pour que les plates-formes a canons soient…
— Les villes ont-elles ete detruites ?
— … Oui, Querl.
— Quittez immediatement l’orbite et donnez la pleine puissance ; nous rejoignons la flotte.
— Querl, je dois vous signaler que…, fit la petite voix assuree sortant du casque pose sur la table.
— Capitaine, reprit vivement Xoralundra. Dans cette guerre, il y a eu jusqu’a present quatorze affrontements singuliers entre croiseurs legers de type 5 et Unites de Contact Generales de classe Montagne. Tous se sont soldes par une victoire de l’ennemi. Avez-vous deja vu ce qui reste d’un croiseur leger une fois qu’une UCG en a termine avec lui ?
— Non, Querl.
— Moi non plus, et je n’ai nulle intention d’assister pour la premiere fois a ce spectacle… de l’interieur. Veuillez proceder immediatement. (Sur ces mots, Xoralundra bascula a nouveau l’interrupteur. Puis il reporta son regard sur Horza.) Si vous reussissez, je ferai mon possible pour garantir votre decharge et vous munir de fonds suffisants. Maintenant, une fois que nous aurons regagne le corps de la flotte, vous vous dirigerez par
— Comment pouvons-nous etre certains qu’elle sera « limitee » ? s’enquit Horza d’un air sceptique.
— Ce Mental pese plusieurs milliers de tonnes, en depit de sa taille relativement reduite. Une destruction volontaire a but d’annihilation ouvrirait la planete en deux et eveillerait l’hostilite des Dra’Azon. Aucun Mental de la Culture ne prendrait ce risque.
— J’admire votre assurance, commenta Horza d’un ton morne.
Juste a ce moment-la, le bruit de fond changea de tonalite autour d’eux. Xoralundra retourna son casque et contempla un de ses petits ecrans integres.
— Bien ! Nous sommes en route. (Il revint a Horza.) Il y a autre chose que vous devez savoir. Le detachement qui a detruit ce vaisseau de la Culture a tente de suivre le Mental en fuite jusqu’a la planete en question.
Horza fronca les sourcils.
— Ils etaient ignorants a ce point ?
— Ils ont fait ce qu’ils croyaient devoir faire. Le detachement dont je vous parle comprenait plusieurs animaux gauchisseurs de l’espece chuy-hirtsi, desactives en vue de l’attaque ulterieure d’une base de la Culture. L’un d’entre eux a ete promptement remis en service afin d’effectuer une incursion limitee a la surface de la planete, puis projete en direction de la Barriere en mission de gauchissement. Mais la ruse a echoue. Au moment de franchir la Barriere, l’animal a manifestement essuye un tir croise et subi de lourds degats. En ressortant du gauchissement aux abords de la planete, il suivait une trajectoire d’entree a haut risque d’embrasement. Le materiel et les troupes terrestres qu’il transportait doivent etre consideres comme perdus.
— Ma foi, la tentative n’etait pas sans merite, mais a cote d’un Dra’Azon, meme cette merveille de Mental qui vous interesse tant doit prendre des allures d’antiquite, genre ordinateur a lampes. Il va falloir bien autre chose pour les berner.
— Vous vous en sentez capable ?
— Je l’ignore. Je
— Tres bien. Nous tiendrons une reunion d’information plus complete quand nous aurons rejoint la flotte. Pour l’instant, prions pour que le retour se passe sans encombre. Vous voudrez peut-etre rencontrer Perosteck Balveda avant qu’on ne l’interroge. J’ai pris mes dispositions aupres de l’Inquisiteur Delegue de la Flotte pour que vous puissiez la voir si vous le souhaitez.
Horza sourit.
— Rien ne me ferait plus plaisir, Xora.
Le Querl avait d’autres taches a remplir dans le vaisseau, qui s’eloignait a puissance maximale du systeme de Sorpen. Horza resta dans la cabine de Xoralundra pour se reposer et manger un peu avant d’aller rendre visite a Balveda.
L’autocuisine du vaisseau faisait de son mieux pour imiter la nourriture des humanoides, mais le gout restait epouvantable. Horza mangea ce qu’il put et but une eau distillee tout aussi peu attrayante. L’ensemble lui fut servi par un medjel, une creature de deux metres de long qui tenait du lezard, avec sa tete plate et allongee et ses six pattes, dont les quatre de derriere lui servaient a trotter, les deux de devant faisant office de mains.
Les medjels etaient l’espece associee aux Idirans. Les deux formaient un cas complexe de symbiose sociale qui alimentait le departement d’exosociologie de maintes universites depuis l’entree de la civilisation idirane dans la communaute galactique, des millenaires plus tot. Les Idirans proprement dits avaient evolue sur leur monde d’origine, Idir, jusqu’a acceder au statut de monstre dominant et regner sur une planete entiere de monstres. L’ecosysteme frenetique et sauvage que connaissait au depart Idir avait depuis longtemps disparu, ainsi d’ailleurs que les autres monstres indigenes, hormis dans les zoos. Mais les Idirans avaient conserve l’intelligence a laquelle ils devaient leur preeminence, ainsi que l’immortalite biologique qui, etant donne la ferocite de la lutte pour la survie qui se livrait a l’epoque (sans parler du taux de radiations eleve a la surface d’Idir), s’etait revelee etre un avantage evolutionniste plus qu’une methode de stagnation.
Horza remercia le medjel qui lui apporta ses plats et debarrassa ensuite sa table, mais ces creatures ne lui disaient jamais rien. On les considerait generalement comme possedant une intelligence inferieure d’un tiers a celle de l’humanoide moyen (mais encore eut-il fallu savoir ce qu’on entendait par la), ce qui les rendait deux a trois fois plus bornees qu’un Idiran normal. Neanmoins, elles faisaient de bons soldats (bien que manquant un peu d’imagination), et avaient l’avantage d’etre nombreuses : quelque douze fois plus que les Idirans. Quarante mille ans d’elevage les avaient rendues loyales jusqu’au trefonds des chromosomes.
Tout fatigue qu’il fut, Horza n’essaya pas de s’endormir. Au lieu de cela, il demanda au medjel de le conduire a Balveda. Celui-ci reflechit, demanda l’autorisation via l’intercom de la cabine, et broncha visiblement sous la gifle verbale que lui expedia a distance un Xoralundra occupe sur le pont avec le commandant de bord.
— Suivez-moi, monsieur, dit le medjel en ouvrant la porte de la cabine.
Dans les escaliers des cabines, l’atmosphere idirane se faisait davantage sentir que dans les quartiers de Xoralundra. L’odeur
Il croisa deux Idirans, qui ne lui preterent pas la moindre attention. Peut-etre etaient-ils au courant de sa
