guerre en general, ou a des aspects de celle-ci qui n’avaient aucun rapport avec la planete dont ils se rapprochaient.

Ces briefings lui fournissaient un pretexte ideal pour consigner Balveda dans sa cabine pendant qu’il arpentait le refectoire en haranguant les membres de la Libre Compagnie ; il ne voulait pas que ces seances tournent au pugilat.

Perosteck Balveda ne leur avait cause aucun ennui. On avait jete par-dessus bord sa combinaison, quelques bijoux d’apparence inoffensive et une poignee d’objets personnels divers, le tout par l’intermediaire d’un vactube. On l’avait examinee sous toutes les coutures grace aux appareils dont etait chichement equipee l’infirmerie de la TAC, mais on n’avait rien trouve. Manifestement contente de se comporter en bonne prisonniere bien sage, elle etait enfermee, certes, mais, en fin de compte, pas plus que les autres, claquemures comme elle a l’interieur de ce vaisseau ; excepte la nuit, elle n’etait que rarement bouclee dans sa cabine. Par mesure de precaution, Horza ne la laissait pas approcher de la passerelle, mais de toute facon, elle ne semblait pas chercher a se familiariser avec le vaisseau comme il l’avait fait lui-meme au debut de son sejour a bord. Elle n’essaya meme pas de rallier un ou plusieurs des mercenaires a ses vues sur la guerre et sur la Culture.

Horza se demanda dans quelle mesure elle se sentait en securite. Balveda etait d’une compagnie agreable et ne paraissait pas s’en faire outre mesure ; mais de temps en temps, en la regardant, il croyait fugitivement discerner en elle un soupcon de tension interieure, peut-etre meme de desespoir. D’un cote, il en retirait quelque soulagement ; mais, de l’autre, il se sentait a nouveau mal a l’aise et se trouvait cruel, comme le jour ou il s’etait interroge sur les raisons qui l’avaient incite a lui laisser la vie. Parfois, il avait tout simplement peur d’arriver sur le Monde de Schar mais, petit a petit, a mesure que le voyage se poursuivait, interminable, il en vint a attendre avec impatience le moment de passer enfin a l’action, la fin de cette periode de reflexion.

Il appela un jour Balveda dans sa cabine, apres le repas pris en commun au mess. Elle prit place sur le siege bas qu’il avait lui-meme occupe le jour ou Kraiklyn l’avait convoque peu de temps apres son arrivee.

Balveda etait sereine. Elle s’assit avec grace, et son corps elance fut instantanement detendu, pret pour la suite des evenements. Elle tourna vers lui sa tete fine aux formes douces ou brulaient deux yeux d’un noir profond, et sa chevelure rousse – qui a present virait au noir – se mit a luire sous l’eclairage de la cabine.

— Vous m’avez fait demander, commandant Horza ? fit-elle en croisant sur ses genoux ses mains aux longs doigts fuseles.

Elle portait une longue robe bleue, le vetement le plus simple qu’elle ait pu trouver a bord, et qui avait jadis appartenu a Gow.

— Bonjour, Balveda, repondit-il en se rasseyant sur le lit.

Lui-meme etait vetu d’une tunique ample. Les deux premiers jours il avait garde sa combinaison, mais si celle-ci demeurait relativement confortable, elle n’en etait pas moins encombrante dans les couloirs exigus de la Turbulence ; aussi l’avait-il mise de cote jusqu’a la fin du voyage.

Il fut sur le point de lui offrir a boire mais, peut-etre parce que Kraiklyn en avait fait autant avec lui, il se ravisa.

— C’est a quel sujet, Horza ? insista Balveda.

— Je voulais simplement… savoir comment tu allais.

Il avait essaye de preparer l’entrevue, de trouver les mots qu’il fallait pour l’assurer qu’elle ne courait aucun danger, qu’il avait de l’affection pour elle et que, cette fois, il en etait sur, elle risquait tout au plus d’etre internee quelque part, peut-etre echangee contre quelqu’un d’autre ; mais les mots ne venaient pas.

— Je vais bien, repondit-elle en se passant la main sur le crane et en jetant de rapides regards en tous sens. Je m’efforce de me conduire en prisonniere modele afin de ne pas te donner de pretexte pour me balancer par-dessus bord.

Elle sourit, mais la encore il pressentit un malaise. Il se sentit toutefois soulage.

— Aucun risque, fit-il en riant, et sa tete se renversa en arriere. Je n’ai nullement l’intention de faire une chose pareille. Tu n’as rien a craindre.

— Jusqu’a ce qu’on atteigne le Monde de Schar ? interrogea-t-elle calmement.

— Tu n’as pas non plus a redouter la suite.

Les yeux baisses, Balveda battit lentement des paupieres. Puis elle releva la tete.

— Hmm… Eh bien soit.

— Je suis sur que tu ferais la meme chose pour moi, reprit-il en haussant les epaules.

— Je… je le crois aussi, repondit-elle sans que Horza puisse determiner si elle mentait ou non. Je regrette simplement que nous ne soyons pas dans le meme camp.

— Il est regrettable que nous soyons tous dans des camps differents, Balveda.

— Ma foi, fit-elle en joignant a nouveau les mains sur ses genoux, il existe une theorie qui pretend que le camp dans lequel nous estimons nous trouver est celui qui finira par triompher.

— De quel camp s’agit-il ? demanda Horza en souriant. Celui de la verite, de la justice ?

— Ni l’un ni l’autre, en fait. (Elle sourit sans le regarder.) C’est tout betement le camp… (Un haussement d’epaules.) Le camp de la vie. Cette fameuse evolution dont tu parlais. Tu disais que la Culture s’etait enlisee, qu’elle avait atteint le fond de l’impasse. Dans ce cas, peut-etre allons-nous perdre, en fin de compte.

— Ca alors, mais je vais finir par te rallier a la cause des bons contre les mechants, Perosteck, lanca-t-il d’un ton un tout petit peu trop cordial.

Elle eut un mince sourire, puis ouvrit la bouche pour repondre, mais se ravisa et regarda ses mains. Horza chercha comment poursuivre la conversation.

Un soir, alors qu’il leur restait six jours de voyage – l’etoile du systeme brillait d’un bel eclat devant eux, meme en mode normal –, Yalson vint le retrouver dans sa cabine.

Il ne s’y attendait pas, et les petits coups qu’elle frappa a sa porte le tirerent de l’etat intermediaire entre la veille et le sommeil ou il etait plonge, en l’inondant d’une sueur froide qui le laissa momentanement desoriente. Puis il la vit s’afficher sur l’ecran de la porte et lui ouvrit. Elle entra en toute hate, referma la porte et vint le serrer dans ses bras, sans un mot. Lui restait plante la, cherchant a se reveiller tout a fait et a comprendre ce qui lui arrivait. Comment en etaient-ils arrives la ? Il n’avait remarque aucune montee de tension entre eux, pas le moindre signe, nulle allusion, rien…

Yalson avait passe la journee dans le hangar a faire des exercices, avec sur le corps toute une serie de petits capteurs. Il l’avait vue peiner, transpirer, s’epuiser en examinant d’un ?il critique ses cadrans et autres ecrans de controle, comme si son corps etait une machine comparable au vaisseau et qu’elle le mit a l’epreuve au risque de le detruire.

Ils passerent la nuit ensemble. Mais, comme pour confirmer les efforts qu’elle s’etait imposes pendant la journee, Yalson sombra presque aussitot couchee ; elle s’endormit la, dans ses bras, tandis qu’il la couvrait de baisers et de calineries, heureux de sentir a nouveau l’odeur de sa peau apres une separation dont il avait l’impression qu’elle avait dure des mois. Il resta longtemps eveille a l’ecouter respirer, a la sentir remuer tres legerement dans ses bras, a ecouter les battements de son c?ur se faire de plus en plus lents a mesure qu’elle s’enfoncait dans le sommeil.

Au matin ils firent l’amour, puis, en la serrant contre elle pendant que la sueur sechait sur leurs corps et que leurs c?urs ralentissaient, il lui demanda :

— Pourquoi ? Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

Le vaisseau bourdonnait faiblement tout autour d’eux.

Elle l’etreignit encore plus fort et secoua la tete.

— Rien, repondit-elle, rien de particulier. Rien d’important. (Il sentit son haussement d’epaules ; elle detourna la tete vers la cloison vibrante de la cabine et l’enfouit au creux du bras de Horza. D’une toute petite voix elle ajouta :) Tout. Le Monde de Schar.

Il restait trois jours de voyage ; dans le hangar, Horza regardait les membres de la Libre Compagnie s’entrainer au tir sur l’ecran de simulation. Neisin s’abstenait, pour la bonne raison qu’il refusait categoriquement de se servir de lasers apres ce qui s’etait passe au Temple de la Lumiere. A Evanauth, au cours de ses rares periodes de sobriete, il s’etait reconstitue un stock de chargeurs de micro-projectiles.

Apres l’entrainement au tir, Horza demanda a chacun des mercenaires de tester son harnais anti-g. Kraiklyn en avait acquis tout un lot a bon compte, en insistant pour que les membres dont la combinaison etait depourvue d’unite anti-g lui en rachetent un – a prix coutant, selon ses dires. Horza s’etait tout d’abord montre sceptique,

Вы читаете Une forme de guerre
Добавить отзыв
ВСЕ ОТЗЫВЫ О КНИГЕ В ИЗБРАННОЕ

0

Вы можете отметить интересные вам фрагменты текста, которые будут доступны по уникальной ссылке в адресной строке браузера.

Отметить Добавить цитату