— Melanie les surprend, les photographie. Elle montre le cliche a Nicolas avant de le planquer dans le freezer. A partir de ce moment le cousin doit en passer par ses quatre volontes, sinon elle balance tout a Jacquemart-Andre. C'est sous cette pression que Nicolas a devalise son pere et paye la drogue a Paco-le- Balafre.
— Je dis pas le contraire, poursuit Verrat-Cruz, obsede par la photo, n'empeche que moive j'y aurais mis un doigt dans l'oigne, a la belle-mere, ca agremente.
Un bruit de moteur puissant et veloute met fin a nos enculubrations. C'est Mathilde qui rapplique a bord de sa Lamborghini. Je l'accueille sur le pas de la porte. Elle est a peine surprise de me voir au milieu de la nuit.
— Bonsoir, madame Mathilde, dis-je en la gratifiant d'un baisemain entre moelleux et liquoreux.
— Il y a un probleme ? se rebiffe-t-elle.
— Vous avez deja vu des flics venir en pleine nuit annoncer de bonnes nouvelles ? lui souffle-je a l'oreille.
En guise de reponse, je lui plante le cliche compromettant devant les yeux.
— La petite garce, elle nous epiait.
— Et elle faisait chanter Nicolas. Vous aussi, je presume ?
— Jamais, je fais ce que je veux de mon cul et elle le savait bien.
— Nicolas est donc votre amant.
— Etait ! rectifie la femme. Il ne l'est plus depuis la mort de mon mari.
— Pour quelle raison ?
Elle hesite a peine.
— Parce que ce petit con l'a assassine !
— Z'en n'etes sure et certaine ? reagit Beru, jaillissant de l'ombre.
Mathilde est destabilisee devant ce gnafron concupiscent.
— Il voulait que l'on vive tous les deux, mais moi, je ne tenais pas a quitter mon mari, replique-t-elle. Alors, quand Leonard a ete tue au cours d'une partie de chasse, je me suis dit que…
Ca coince au niveau de la confession. Un petit coup de pouce me parait indispensable.
— … que Nicolas avait flingue son oncle ?
— J'en suis persuadee et je n'ai plus jamais eu de rapport avec lui.
— Cet apres-midi, ou etiez-vous ? questionne-je.
— A Metz !
— Quelle idee ? s'etonne l'Innommable.
— Voir ma mere. Le directeur de l'hospice m'a fait prevenir qu'elle etait au plus mal.
Je flaire instantanement l'arnaque.
— Et votre mere se portait comme un charme ?
— Un vieux charme, mais elle se portait bien, admet Mathilde.
— J'ai pige ! braille Beru en se grattant les roustons, signe chez lui d'une proche miction. Nicolas vous a eloignee pour fouiller la casbah et recuperer la photo. Mais il a fait chou blanc.
— Comment ca ? s'inquiete la femme, nous bousculant pour investir sa maison.
Je juge le moment premature et j'endigue sa fougue.
— Et Suzie, ou etait-elle aujourd'hui ?
— Le mercredi, c'est son jour de conge. Elle en profite pour faire du jogging.
— Ou ca ?
— Du cote du petit bois. Pourquoi ?
Un bruit de cataracte captive son attention. Elle pousse un cri d'or frais en avisant Beru soulageant sa vessie contre la porte d'entree.
— Non, mais je reve ! Ce gros porc est en train d'uriner sur mon perron !
— Oui, mais si, vous voyiez avec quoi, Mathilde ! plaide-je.
Folle de rage, elle se precipite, decouvre la chopine du Gravos et tombe a genoux devant.
— Oh ! mon Dieu, la belle lance ! Permettez que je l'engame ?
— C'-t-a-dire qu' j'ai pas t't' a fait fini.
— C'est pas grave… glllblllglll ! retorque la nymphe, gargouillant mieux que la fontaine Trevi.
Tout debout sur le perron, qu'il emmanche la Mathilde, mon Beru. Il a juste fait glisser son grimpant et l'effroyable calbute qui colle apres, entre jambons et jambonneaux, a la pliure des genoux.
Il faut une fois dans sa vie avoir vu le dard de Sa Majeste coulisser dans la foune d'une donzelle pour bien comprendre le role du piston dans le cylindre d'un moteur a explosion.
Ce spectacle devrait etre inscrit au programme des ecoles de mecanique appliquee.
Jupaille et chemisier retrousses en bourrelet sous le cou, Mathilde hurle de plaisir et ses beuglements se repercutent dans la cour carree.
— Vvvvvvvvouiiiiiii ! s'egosille-t-elle. Casse-moi le cul ! Defonce-moi ! Pete-moi le prose ! Fais-moi eclater la charniere…
— T'en veux ? gronde le Mastard. Tu vas en avoir, salope !
— Tu le sens comme le con de la riviere poisse ? insiste la fulminante fermiere, grande amatrice de David Lean au demeurant.
Beru grasdouble d'ardeur. Je crains meme que son membre demesure ne traverse l'abdomen de sa partenaire. Mais elle est souple, Mathilde, et sa viandasse intime a deja connu d'impitoyables outrances.
— Tu voyes, me jette un Beru extatique, c' qui m' fait surtout bander avec c'te bourgeoise, c'est l'impression d' jouer un remarque d' l'Amant de Lady Chatelet !
Quelque part dans la ferme, le corniaud se remet a aboyer et une lumiere s'eclaire au premier etage du batiment nord. Les mugissements de la mere Godemiche s'intensifiant autant que les grognements porcins du Gravos, je m'eloigne discretement de ce lieu de turpitudes.
Mes pas m'emmenent vers la loge ou s'entasse le bois pour l'hiver. Je bascule le bouton d'un commutateur gros comme un mamelon de Berthe et la lumiere est. Il a du s'acharner sur son billot, le Martial, car la pile de buches s'est allongee d'au moins dix metres depuis ma premiere visite. Un bon ouvrier a toujours de bons outils, me repetait Felicie quand, ecolier, je rongeais mes crayons et dechiquetais mes gommes. Alors Simplet doit etre un bon bucheron car ses haches sont parfaitement entretenues. Manche cire, cognee huilee, elles sont alignees par rang de taille contre le mur en une impeccable panoplie. L'une des haches, la seconde en partant de la plus petite, brille par son absence, comme l'ecrivait si joliment un auteur a insucces dans son dernier roman consacre a Sainte-Therese-du-Bouddha.
J'ai la certitude qu'elle se trouve actuellement fichee dans le crane du toubib de Bourg-Moilogne.
Une bise glaciale souffle sur la plaine, me portant les echos de la joute salace qui se deroule sur le perron. Avis a la copulation, Mme Mathilde n'est pas loin du fade. Ses gemissements sont ceux d'une laie voyant son fils aine devenir marcassin Grand Veneur.
Je cligne des paupieres car une bourrasque plus virulente que les autres m'a expedie une brassee de paille et de poussiere au visage. Je constate que cette paille s'echappe de sous l'immense porte a double battant d'une grange. Je l'ouvre. Le vent, en s'engouffrant envoie claquer un vantail contre le mur tandis que l'autre se rabat violemment sur moi.
J'evite la charge et peine a fixer les deux battants avec les crochets etudies pour. Je degotte le second mamelon de Berthe (on s'en fout d'attraper l'areole), et allume une rampe de neons chassieux et chiasseux.
Ce local sert a entreposer les gigantesques rouleaux de paille concoctes par les moissonneuses modernes, terminators agricoles capables de rouler un arpent de cereales comme un vulgaire paillasson. Un truc me frappe illico, l'une de ces colossales bobines, celle d'ou s'evadent les fetus qui ont attire mon attention, a ete deplacee. Elle se trouve tres en avant des autres balles.
Tu comprends que l'envie me prenne de voir ce qui se passe derriere ? Seulement, ce n'est pas avec une fourche que tu demenages la paille, aujourd'hui. D'antan, les costauds du village soulevaient a bout de bras des gerbes plus lourdes qu'eux. O tampax ! O morback ! comme dit le proverbe.
C'est a l'aide d'un fenwick, bon petit diable des temps modernes, que je man?uvre le rouleau. Et la, devine ce que je decouvre derriere, bien nichee entre les autres meules ? Un 4 ? 4 japonouille, celui-la meme qui permisit a Nicolas de nous faussasser compagnie hier apres-midi ! Le lieutenant Franco Deport se trompait. Ce
