— J'etais sur qu'il s'etait embringue dans un mauvais coup, soupire-t-il.

Beru lui tend son glass.

— Tiens, mec, bois ! C'est pas quand on a des soucis qu'y faut s'arreter d' picoler.

J.-A. avale une gorgee, machinalement.

— Il vaut mieux que je deballe mon sac, dit-il d'un ton pitoyable.

— On t'ecoute, l'incite-je.

— La rumeur court que Nicolas a tue mon frere Leonard, mais a mon avis quelqu'un le tient et le fait chanter. C'est pour ca qu'il a pique dans mon coffre.

— Et qu't'as pas porte plainte ? poursuit Alexandre-Benoit.

— Exact. Ca expliquerait aussi pourquoi il s'est enfui apres avoir tire sur votre collegue.

Je laisse passer un ange dont le vol est delicatement escorte par une escadrille de la Louf-tant-que-ca signee Beru.

— Il est vrai que Melanie exercait une pression sur ton fils et c'est pour regler un deal de coke qu'il lui a refile ton pognon. Mais ce n'est pas lui qui a tue ton frere, ni volontairement, ni meme accidentellement.

Requinque par mes paroles, Jacquemart-Andre brandit son verre et lance son fameux cri de ralliement.

— Ca s'arrose !

— Sante ! brame le Gravos.

Moi, comme se plaisait a le souligner ma grand-mere paternelle quand j'ai quelque chose dans la tete, je ne l'ai pas ailleurs.

— As-tu une idee de l'endroit ou pourrait se cacher Nicolas ?

— Pas la moindre. Il a beaucoup de relations, mais pas d'amis. Je crois que le seul type sur qui il puisse compter, c'est Aime. A part moi, bien sur.

— Si par hasard il te contactait, hasarde-je, tu me previendrais ?

Le colosse eclate de son rire tonitruant.

— Bien sur que non ! Tu ne me vois quand meme pas balancer mon propre fils, meme si c'est un petit glandeur ? Non… Je lui conseillerais de se constituer prisonnier avant de commettre l'irreparable.

— S'il ne l'a pas deja commis, souligne-je perfidement.

— Non. Nicolas n'est pas un tueur. Avec son adresse, s'il avait voulu vous descendre, Roykeau et toi, ca ne faisait pas un pli.

— A quelle heure es-tu rentre de Paris, hier ?

— Vers 20 heures.

— Tu es passe par l'autoroute ?

— Evidemment.

— Tu dois pouvoir presenter le ticket de peage, alors ?

Il hausse les epaules.

— J'en sais rien. En general, je le balance.

Je tords le naze.

— Apres mon coup de fil t'apprenant que Nicolas avait tire sur un flic, tu n'es pas rentre precipitamment ? m'etonne-je.

— J'ai appele le prefet, repond Jacquemart, d'un ton indolent. C'est un copain. J'ai rendez-vous demain matin avec lui pour evoquer l'affaire.

— En rentrant, tu n'as rien remarque de special, du cote du bois Gratte-Merde ?

— Si. Une voiture de gendarmerie.

— Ca ne t'a pas etonne ? le harcele-je.

— Pourquoi ? Dans la marechaussee on chie comme tout le monde.

— Je te trouve bien peu concerne par ce qui se passe autour de toi, maugree-je. Ca ne t'interesse pas de savoir comment Suzie est morte ?

— Pas specialement.

— Eventree ! comme Melanie.

— C'est son probleme…

Godemiche liquide son verre cul sec et me sourit.

— Je vais te faire une confidence, San-A, depuis la mort de ma femme, les evenements glissent sur moi mieux que l'averse sur le plumage d'un canard.

Jacquemart-Andre affiche brusquement un impressionnant coup de bambou. Son facies devient livide, ses mains tremblent et son corps est anime d'incontrolables vibrations. Idem notre premier entretien.

— Dis donc, y tient pas le litre, ton pote ! s'indigne Beru.

— Epilepsie.

Je cherche dans les poches de Jacquemart et trouve sa tablette de medicament. L'ayant vu faire par son fils, je lui fourre trois pilules dans la gueule et presque aussitot son agitation s'apaise.

— Normalement, il va recuperer, explique-je au Gros. Tu le veilles. Moi, je vais faire un tour du proprietaire.

L'?il plus brillant qu'une meteorite s'abattant sur la tour Eiffel un soir de feu d'artifice, l'Infernal me designe la boutanche d'Armagnac.

— Pas de souci, mec ! On est deux infirmieres a son chevet !

Pousse par mon demon-gardien, je ne puis m'empecher d'aller reluquer dans les etages, du cote de la lucarne qui m'a fait de l'?il lorsque nous sommes arrives. J'emmanche plusieurs escadrins, me fiant a mon sens suraigu de l'orientation et debarque dans un grenier devant une porte bouclee a double tour. Tu n'as pas oublie les vertus de mon sesame, toi mon Fidele que j'aimais deja inconstant ? Clic, clac, et la bobinette rend l'ame.

Je penetre dans une piece menagee sous un comble brise qu'un auteur moins sourcilleux du detail aurait appele une mansarde. J'allume ma torche de calbute et la promene autour de moi. L'endroit me decoit car il est plus vide que ta derniere pensee du jour. En revanche, je suis surpris par la proprete des lieux. Pas une toile d'araignee, pas une crotte de mulot, pas une chiure de mouche, pas un grain de poussiere. On croirait que le menage est fait tous les matins dans ce vieux galetas, alors que les corridors qui y conduisent font penser a la partie la plus sordide d'un train fantome ou du musee des horreurs.

La lucarne d'ou il m'a semble voir danser une loupiote est close. Je l'ouvre en grand pour evacuer l'odeur de renferme un peu acre et fetide de l'insolite piece. Je me demande si ce grenier ne servirait pas de refuge a quelqu'un.

Je jette un ?il dans la cour. Mes quinquets s'accoutumant a l'obscurite, je remarque une silhouette qui tourne autour du 4 ? 4 de Nicolas.

Je referme silencieusement la fenetre et bondis dans les escaliers. M'appuyant sur la rampe, je devale les marches a la vitesse d'un bobsleigh lorsque le Prince de Moncaca pousse par-derriere.

Au salon, ces messieurs ont entonne le grand repertoire. J'entends Jacquemart bramer le plus elegant couplet des « Cent Louis d'or ».

« Au premier relais sur la rouououououte Nous descendimes promptement Au cul, il faut que je te fouououououte Ne pouvant te foutre autrement »

L'organe berureen, vine a souhait, reprend en canon.

« Ne pouvant te foutre autrement Je t'enculai toute la nuiiiiiiiiit »
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