Je jaillis hors du chateau et les flonflons de cette gracieuse melopee s'estompent tandis que je cours dans les graviers. Oyant ma cavalcade, le rodeur, pas manchot cote reflexes, grimpe dans la bagnole et demarre. Je suis vraiment un lavedu, car j'ai laisse les cles flotter sous le volant. Une gerbe de caillasse me fuse a la poire et l'engin s'esbigne facon Ariane 5 vers la sortie de la cour.

Putain d'Adele ! Je ne vais pas me laisser niquer cette chignole une seconde fois ! Je reluque alors la BMW triple-hemorroide-culbutee de Godemiche garee a deux jets de sperme de la, et l'investis avec la delicatesse de la division Das Reich penetrant dans Oradour-sur-Glane. Helas, ce grand con, lui, a empoche ses chiave et sa bagnole de deux tonnes ne m'est pas plus utile qu'un haricot de mouton. Force m'est de regarder le 4 ? 4 me tirer un pied de nez avec son pot d'echappement, ce qui, tu en conviendras, est plus insultant (du Maroc) qu'un bras d'honneur.

Les pistes, les fausses pistes et les culs-de-sac s'entrecroisent avec opiniatrete dans cette enquete, non ? Je m'y sens aussi a l'aise que le Minotaure dans le labyrinthe de Dedale. Mon moral est a peu pres celui d'un mec qui poireaute depuis dix minutes devant la porte des chiottes d'un « trois etoiles Michelin », se demandant si sa gonzesse n'est pas en train de changer le filtre de sa Marlboro rouge, ce qui nuirait gravement a la sante de ses projets culiers.

Je quitte la guinde et lorsque je claque la portiere, un petit rectangle de papelard danse comme un papillon dans la nuit. Je le chope avant qu'il n'atteigne le sol et le dechiffre. Il s'agit du recu acquitte en carte bleue, attestant que Jacquemart-Andre a franchi le peage de Chartres hier soir a 19 h 48. Ce qui est conforme a ses declarations et prouve qu'il est arrive dans la region bien apres les meurtres de Suzie et du Dr Albert Collot. Dont acte.

Plus morose que le jour ou ta femme t'a crie « plus fort Lucien » alors que tu t'appelles Gilbert, je me dirige vers l'entree du chateau. Je bute sur un objet que je ramasse. C'est un roller d'un genre tres perfectionne. J'active le pas et regagne au plus vite le salon.

Mes zebres en sont a « la pompe a merde », romantique ritournelle dont les paroles fusent d'un Godemiche a la limite du hors jeu :

« … Et pompons-la gaiment Et envoyons faire foutre ceux qui sont pas des freres Pompons la merde et pompons-la gaiment Et envoyons faire foutre ceux qui sont pas contents »

— T'es nul ! proteste Beru. La seule chanson qui vailliasse la peine qu'on s' fasse peter le lynx et toutes les cordes vocables, c'est les Matelassiers !

« Cardons, cardons, Nous sommes les matelassiers »

C'est le moment pour moi d'intervenir, car lorsque Bibendum attaque cette chanson, ca veut dire qu'il a depasse la cote d'alerte.

Je pousse une beuglante de barreur d'aviron.

— He ! Ho !

Le tandem de poivrots me considere en papillotant de leurs paupieres plus legeres que des cormorans apres le passage de l'Erica.

— C't' a quel sujet ? savonne Beru.

— De ca ! gueule-je, en agitant le roller comme une pendule.

— Hehehe ! Marrant ! fait Jacquemart.

— Pourquoi ?

— Hier soir, en rentrant… J'ai vu un jeune mec qui roulait sur des machins pareils. Mais il en avait deux !

— Comme moi ! rajoute l'Immonde, plus bourre que chez Bourre.

— A quel endroit ? demande-je, irrite de l'intervention du Gros.

— Pas loin d'ici, precise Godemiche en s'efforcant au serieux. Il foncait presque aussi vite que moi.

— T'es sur que t'as pas eu une hallucination collective pour toi tout seul ? s'etonne le Mastard.

— Non ! Il portait un sac a dos. Je me suis dit que ca devait etre un bucheron…

— Un bucheron ?

— A cause des haches !

— Quelles haches ? insiste-je.

Jacquemart-Andre frictionne sa barbe naissante.

— Il me semble qu'il trimbalait des haches dans sa sacoche.

* * *

Le lendemain matin, un garago du coin est venu changer la batterie de la D.S. de Beru a la ferme du Pinson-Tournan et nous avons pu rallier le commissariat de Chartres.

En homme courageux, Roykeau avait deja regagne son bureau. Sa main blessee ressemblait a un coussin de pianiste et sa mine affichait le hale d'un Pierrot tuberculeux.

Lui et son adjoint Deport nous ont fait le point de l'enquete. Un seul des trois spermes trouve dans le corps de Melanie a pu etre identifie. C'est celui de…

Mais laissons passer une page de publicite.

* * *

Je t'ai fait chier, la, hein ? Et pourtant, il ne t'a pas fallu plus de cinq secondes pour sauter d'un paragraphe a l'autre. Alors t'imagines a la tele quand tu dois t'appuyer la meteo qui t'annonce de la chiasse pour le restant de tes jours, le tirage du loto dont t'as perdu le billet, le resultat d'un tierce que t'as pas joue. Et la pub pour le parfum de la gonzesse qui vient de te plaquer.

Lis San-A ! Je suis de tout c?ur et j'te fais pas cocu.

Le sperme ? C'est celui de Nicolas.

Copulation consentie ou viol ? Il faudra le demontrer !

Autre information : Suzie, elle, n'a pas ete violee. On lui a simplement demoli le portrait, dechiquete les nibards et sucre les legumes.

Un petit detail : les flics ont etabli la preuve que mon fils n'avait pas quitte Chartres. Un cheminot l'a vu sauter du train pour Paris et gagner le centre ville.

Paquet cadeau : la vendeuse d'un magasin de sport affirme que mon Antoine lui a achete une paire de rollers.

Elle est pas belle, la vie quand elle s'en mele ?

Troisieme partie

JULIETTE

(le retour et sa fin)

Chapitre veuf

(Histoire de donner le ton funeste de ce chapitre)

Вы читаете Cereales killer
Добавить отзыв
ВСЕ ОТЗЫВЫ О КНИГЕ В ИЗБРАННОЕ

0

Вы можете отметить интересные вам фрагменты текста, которые будут доступны по уникальной ссылке в адресной строке браузера.

Отметить Добавить цитату