que nous nous sommes tape des pommes d’api vertes en compagnie de centaures roses. »

Do-Diese se mit a rire : « Celle qui se nomme Ga-Bi chante un air amusant.

— Elle me parle ?

— Elle apprecie ton chant. »

Gaby eut un sourire timide. « Ce n’est rien en comparaison de tes tirades wagneriennes. Comment fais-tu pour les comprendre ? Et comment expliquer leur aspect ? J’ai entendu parler d’evolution parallele mais rien qu’au-dessus de la ceinture ? Des humanoides, je pourrais y croire. J’etais prete a tout, des grosses masses de gelee aux araignees geantes. Mais ceux-la nous ressemblent trop.

— Pourtant la plus grande partie de leur individu n’a strictement aucun rapport avec nous.

— Exact ! dit Gaby, criant a nouveau. Mais considere leur visage. Elimine les oreilles d’ane. La bouche est large, les yeux sont enormes et le nez donne l’impression d’avoir ete ecrase a coups de pelle, mais l’ensemble reste dans la gamme de ce qu’on peut trouver sur Terre. Regarde plus bas, maintenant, si ca ne te gene pas. » Elle frissonna. « Regarde simplement ceci et je te defie de nier qu’il s’agit d’un penis humain.

— Demandez-lui si nous pouvons nous joindre a elle, chanta Si-Bemol avec chaleur. Nous ignorons les paroles mais nous pouvons improviser un accompagnement. »

Cirocco vocalisa qu’elle devait discuter encore un peu avec son amie mais qu’elle leur traduirait ensuite. Il opina mais continua de suivre avec attention leur conversation.

« Gaby, s’il te plait, ne me crie pas dessus.

— Excuse-moi. » Elle baissa la tete dans son giron et se contraignit au calme. « J’aime que les choses soient logiques. Un penis humain sur une creature extra-terrestre ne l’est pas. As-tu remarque leurs mains ? Elles ont des empreintes digitales. Je les ai vues. Le F.B.I. les mettrait dans son fichier sans se poser de questions.

— Je l’ai vu.

— Si tu pouvais me dire comment leur parler… »

Cirocco ouvrit les mains. « Je ne sais pas. C’est comme si j’avais toujours su ce langage. J’ai plus de mal a chanter qu’a ecouter mais uniquement parce que mon larynx n’a pas la conformation adequate. Au debut, j’ai ete effrayee, mais plus maintenant. J’ai confiance en eux.

— Tout comme Calvin fait confiance aux saucisses.

— Il est evident que quelque chose s’est amuse avec nous pendant que nous etions endormis. Quelqu’un m’a donne le langage – j’ignore comment ou pourquoi – et ce quelqu’un m’a egalement procure autre chose : le sentiment que ce don ne cache aucune intention mauvaise. Et plus je parle avec les Titanides, plus je les aime.

— Calvin disait pratiquement la meme chose a propos de ses foutues saucisses, remarqua sombrement Gaby. Et tu etais sur le point de l’arreter.

— Je crois le comprendre un peu mieux maintenant. »

La guerisseuse etait une Titanide femelle dont le nom etait egalement dans la tonalite de Si-Bemol. Elle penetra dans la tente et passa un certain temps a examiner la jambe de Bill sous l’?il attentif de Cirocco. Les levres de la blessure etaient jaunes et noir bleute. Un liquide suintait lorsque la guerisseuse pressait autour.

Elle n’ignorait pas l’inquietude de Cirocco. Tournant son torse humain, elle fourragea dans la sacoche de cuir harnachee a son arriere-train chevalin, pour en sortir un flacon empli d’un liquide brun.

« C’est un puissant desinfectant, chanta-t-elle, puis elle attendit.

— Quel est son etat, docteur ?

— Fort grave. Faute de traitement, il sera aupres de Gaia dans quelques dizaines de revolutions. » Cirocco traduisit ainsi au debut mais en verite un seul terme exprimait cette periode de temps. Transcrit avec un prefixe metrique, l’equivalent pouvait etre decarev. Gaia tournait sur elle-meme en pres d’une heure.

La signification d’« etre aupres de Gaia » etait, elle, evidente bien qu’elle n’eut pas utilise le nom Gaia. Son terme recouvrait a la fois le monde, la deesse qui etait le monde et le concept du retour a la terre. Il n’y avait aucune connotation d’immortalite.

« Peut-etre prefereriez-vous attendre l’arrivee d’un guerisseur de votre propre espece, chanta la Titanide.

— Bill risque de ne jamais le voir.

— Si fait. Mes remedes devraient enrayer l’infestation par les petits parasites. J’ignore s’ils vont inhiber le fonctionnement de son metabolisme. Ainsi je ne puis vous promettre que le traitement ne va pas causer de dommage a la pompe qui refoule ses fluides vitaux, puisque j’ignore ou ladite pompe se trouve localisee chez votre espece.

— Juste ici », et Cirocco se frappa la poitrine.

Les oreilles de la Titanide sursauterent. Elle colla son pavillon contre le torse de Cirocco.

« Pas possible, chanta-t-elle. Eh bien, Gaia est sage si ses revolutions sont impenetrables. »

Cirocco etait dans les affres de l’indecision. Les concepts de metabolisme et de germe ne pouvaient pas faire partie des connaissances d’un sorcier. Et la traduction etait bien exacte. La guerisseuse avait meme conscience des dommages que pouvait causer son traitement a un corps humain.

Mais Calvin etait parti et Bill a l’article de la mort.

« Par la priere, a quoi cela sert-il donc ? » chanta la guerisseuse. Elle tenait le pied de Bill. Ses doigts manipulaient doucement les orteils.

« Euh… ils… », elle se ressaisit mais demeura incapable de trouver les mots pour « vestiges atrophies de l’evolution ». Un terme correspondait a evolution mais il ne s’appliquait pas aux etres vivants. « Ils aident a maintenir son equilibre mais ne sont pas indispensables. Ce sont des oublis, des erreurs de conception.

— Ah, fredonna la guerisseuse. Gaia fait des erreurs, c’est bien connu. Tenez, par exemple, le premier avec qui j’eus des rapports arriere, il y a bien des myriarevs. » Cirocco voulait transcrire par « mon mari » mais cela ne collait pas ; on aurait tout aussi bien pu dire « ma femme » mais c’eut ete tout aussi inadequat. Il n’existait aucun equivalent en anglais ; puis elle revint au probleme present.

« Faites ce que vous pouvez pour mon ami. Je m’en remets entierement a vous. »

La guerisseuse opina et se mit a l’?uvre.

Elle lava d’abord la blessure avec le liquide brun. Puis elle y mit un cataplasme de gelee jaune et posa sur la plaie une grande feuille « pour attirer les petites betes qui mangent la chair ». Cirocco reprenait puis reperdait espoir a mesure qu’elle l’observait. Elle tacha d’oublier la feuille, et cette idee « d’attirer les petites betes » : ces notions semblaient par trop primitives. En revanche, lorsque la guerisseuse pansa la blessure, elle employa des bandages sortis d’emballages scelles qu’elle affirma « nettoyes de tout parasite ».

Tout en travaillant elle poursuivait son examen attentif du corps de Bill, le ponctuant parfois d’une petite ritournelle etonnee.

« Eh bien, qui aurait cru que… ?… un muscle, ici ? Attache de cette maniere ? Comme s’il marchait avec le pied casse… non, je n’arrive pas a le croire. » Gaia se trouvait alternativement invoquee comme sage, infiniment inventive, inutilement compliquee, et completement idiote. Elle put noter egalement que Gaia savait plaisanter a ses heures, tout comme n’importe quelle divinite – ceci lorsque la Titanide contempla, avec etonnement, les fesses du malade.

Cirocco etait trempee de sueur lorsque la guerisseuse eut termine. Au moins s’etait-elle abstenue d’exhiber des crecelles et des poupees vaudou, ou de dessiner des diagrammes magiques sur le sol. Apres avoir noue le dernier pansement, elle se mit a chanter une chanson de guerison. Cirocco n’y voyait aucun mal.

La guerisseuse se pencha vers Bill, l’entoura de ses bras et souleva doucement son torse pour le serrer contre elle. Elle posa la tete du malade contre son epaule et pencha la sienne pour lui murmurer a l’oreille. Elle le calina en lui fredonnant une berceuse sans paroles.

Les tremblements de Bill cesserent peu a peu. Les couleurs revinrent a son visage dont les traits s’apaiserent pour la premiere fois depuis son accident.

Au bout de quelques minutes, Cirocco aurait jure qu’il souriait.

Chapitre 15.

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