les deux themes furent reproduits simultanement.

« Elle entend ma chanson et l’apprecie, vous voyez ? chanta Clarinette en arborant un large sourire.

— C’est comme le disque des auditeurs sur une station de radio, remarqua Gaby. Et si l’animateur n’a pas envie de jouer le morceau ? »

Cirocco transmit la question de Gaby du mieux qu’elle put.

« Il faut de l’entrainement pour jouer de maniere plaisante, reconnut Clarinette. Mais elles sont de grande fidelite : la mere est capable de parler plus vite que le galop des quatre pieds. »

Cirocco traduisit mais Clarinette l’interrompit.

« Les graines sont egalement utilisees pour construire les yeux qui dechiffrent l’obscurite. Grace a eux nous pouvons surveiller dans le Puits des Vents l’approche des anges.

— Cela ressemble a un radar », dit Cirocco.

Gaby avait un air dubitatif. « Tu es prete a gober tout ce que ces poneys de polo savants te racontent ?

— Explique-moi comment fonctionnent ces graines si ce n’est pas electroniquement. Tu prefererais la telepathie ?

— La magie serait encore plus facile a avaler.

— Appelle cela de la magie si ca te chante. Je crois que ces graines contiennent des cristaux et des circuits. Et si tu peux faire pousser une radio organique, pourquoi pas un radar ?

— La radio peut-etre. Et uniquement parce que je l’ai vue de mes propres yeux, et non parce que j’ai envie de me pencher dessus. Mais le radar, jamais.

L’installation radar des Titanides etait disposee sous une tente devant l’ambulance. Elle aurait abasourdi Rube Goldberg lui-meme [4] C’etait un assemblage de coques et de feuilles sortant d’un pot de terreau dans lequel plongeaient d’epaisses treilles de cuivre. Berceuse expliqua que le terreau abritait un ver qui produisait de « l’essence d’energie ». Il y avait des baies de graines-radio connectees a un enchevetrement de sarments termines par des aiguilles qui semblaient plantees avec beaucoup de precision car chaque graine revelait un grand nombre de trous d’epingles suintants autour de l’endroit ou le contact definitif avait ete etabli. On voyait egalement d’autres dispositifs, eux aussi d’origine vegetale, parmi lesquels une feuille qui s’eclairait lorsque la frappait le faisceau lumineux issu d’une autre plante.

« La lecture est enfantine, expliqua Berceuse avec enthousiasme. Ce point de feu froid represente le geant du ciel que vous apercevez la-bas, en direction de Rhea. » Elle indiquait un point sur l’ecran. « Voyez comme il perd de l’ardeur… la ! maintenant il brille avec force, mais s’est deplace. » Cirocco commenca de traduire mais Gaby la coupa. « Je sais comment fonctionne un radar, grommela-t-elle. Tout cet assemblage outrage mon sens de la logique.

— Il nous sert peu a l’heure actuelle, leur assura Clarinette. Nous ne sommes pas a la saison des anges. Ils viennent de l’est par le souffle de Gaia et nous tourmentent jusqu’a ce qu’elle les aspire a nouveau en son sein. »

Cirocco se demanda si elle avait bien entendu : avait-elle chante : « aspire en son sein » ou bien « nourrit a son sein » ? Elle fut interrompue dans ses reflexions par les grognements de Bill qui venait d’ouvrir les yeux.

« Hello, chantonna Berceuse. Quelle joie de vous voir de retour. »

Bill glapit puis poussa un hurlement lorsqu’il s’appuya sur sa jambe.

Cirocco s’interposa entre Berceuse et lui. Des qu’il la vit, il emit un soupir de soulagement.

« Quel reve epouvantable, Rocky. »

Elle lui passa la main sur le front. « Ce n’etait pas du tout un reve, probablement.

— Hein ? Oh ! tu veux parler des centaures ! Non, je me rappelle quand le blanc me bercait en chantant des ballades.

— Eh bien, comment te sens-tu a present ?

— Faible. Ma jambe me fait moins mal. Est-ce bon signe ou bien est-elle morte ?

— Je pense que tu vas mieux.

— Et… euh, tu comprends. La gangrene ? » Il avait detourne les yeux.

« Je ne crois pas. Elle avait bien meilleur aspect apres que la guerisseuse l’eut soignee.

— La guerisseuse ? Le centaure ?

— Nous ne pouvions rien faire d’autre, expliqua Cirocco, a nouveau envahie par le doute. Calvin n’est toujours pas arrive. Je l’ai regardee faire et elle me semble connaitre son boulot. »

Elle crut qu’il s’etait rendormi. Apres un long moment il rouvrit les yeux et sourit faiblement.

« Ce n’est pas une decision que j’aurais aime prendre.

— Ce fut terrible, Bill. Elle disait que tu allais passer et je l’ai crue. Ou alors, c’etait attendre sans rien faire l’arrivee de Calvin – et je ne sais pas ce qu’il aurait pu faire, lui, sans aucun medicament – alors qu’elle, elle disait pouvoir tuer les germes, ce qui se tenait parce que… »

Il lui toucha le genou. Sa main etait froide, mais ferme.

« Tu as fait ce qu’il fallait. Regarde-moi. Je suis pret a remarcher d’ici une semaine. »

C’etait la fin de l’apres-midi – toujours, desesperement, la fin de l’apres-midi – et quelqu’un lui secouait l’epaule. Elle cligna rapidement des yeux. « Vos amis sont arrives, chanta Foxtrot.

— C’etait le geant du ciel que nous avions vu plus tot, ajouta Berceuse. Ils etaient a bord.

— Mes amis ?

— Oui, votre guerisseur, et deux autres.

— Deux… » Elle se mit sur pieds. « Ces autres. En avez-vous des nouvelles ? J’en connais une. L’autre est- elle identique ou bien est-ce un male, comme mon ami Bill ? »

La guerisseuse fronca les sourcils. « Vos pronoms m’emplissent de confusion. Je n’arrive franchement pas a savoir lequel d’entre vous est male et lequel est femelle, d’autant que vous vous cachez derriere des bandes de tissu.

— Bill est male, Gaby et moi sommes femelles. Je vous expliquerai plus tard, mais qu’en est-il du passager du geant du ciel ? »

Berceuse haussa les epaules. « Le geant ne l’a pas dit. Il est aussi perdu que moi. »

Omnibus apparut au-dessus de la colonne de Titanides et du chariot qui s’etaient arretes pour attendre le largage. Un parachute s’ouvrit, supportant une minuscule silhouette noire. Calvin, sans aucun doute.

Tandis qu’il descendait, une seconde corolle apparut et Cirocco ecarquilla les yeux pour deviner qui cela pouvait etre. La silhouette etait plus volumineuse qu’il n’aurait du. Puis un troisieme parachute s’ouvrit, puis un quatrieme.

Il y en avait dans les airs une douzaine avant qu’elle ne repere Gene. Les autres, c’etait incroyable, etaient des Titanides.

« Eh, c’est Gene ! » cria Gaby. Elle etait a quelque distance, en compagnie de Foxtrot et de Clarinette. Cirocco etait restee aupres du chariot. « Je me demande si April est…

— Les anges ! Une attaque des anges ! Regroupez-vous ! »

C’etait un cri percant : une voix de Titanide qui avait perdu toute musicalite, une voix suffoquant de haine. Cirocco fut abasourdie de voir Berceuse penchee sur l’ecran du radar et glapissant des ordres. Son visage etait deforme, elle ne songeait plus du tout a Bill.

« Que se passe-t-il ? » commenca Cirocco, puis elle plongea pour esquiver le saut de Berceuse.

« Couche-toi, deux-pattes ! Reste en dehors de ca. »

Cirocco leva les yeux et vit que le ciel etait empli d’ailes.

Ils arrivaient en pique de part et d’autre de la saucisse, les ailes repliees pour gagner de la vitesse ; ils attaquaient les Titanides suspendues, impuissantes, a leurs parachutes. Il y en avait des douzaines.

Elle tomba sur le plancher du chariot lorsque celui-ci fit une embardee dans le claquement des harnais de cuir. Elle manqua tomber par l’abattant reste ouvert, se retablit sur les mains et les genoux, a temps pour apercevoir Gaby bondir et agripper les ridelles. Cirocco l’aida a monter.

« Que diable se passe-t-il ? » Gaby tenait une epee de bronze que Cirocco n’avait jamais vue auparavant.

« Attention ! » Bill fut projete a bas de son lit. Cirocco rampa vers lui pour essayer de l’y remettre mais le chariot ne cessait de tressauter sur les rocs et les ornieres.

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