tete depassait des decombres, il l’entendit inspirer difficilement entre ses levres tendues jusqu’au rictus.
— Et vous, maudit fanatique, vous n’etes pas digne de porter cet uniforme. C’est
— Et moi, s’etrangla douloureusement l’Idiran, je chie sur ton ame d’animal.
Horza neutralisa Xoxarle d’un coup de paralyseur neural. Puis, aide de Yalson et du drone, il fit degager la passerelle, qui alla s’ecraser sur le quai. Ensuite, ils decouperent l’armure du geant, lui entraverent les jambes avec du fil electrique et lui ligoterent les bras au torse. Xoxarle n’avait aucune fracture au niveau des membres mais, sur un de ses flancs, la keratine fendillee saignait tandis qu’une autre blessure, situee entre l’ecaille scapulaire et l’omoplate droite, s’etait refermee quand la pression avait cesse.
Il etait tres grand et tres fort, meme pour un Idiran : il mesurait plus de trois metres cinquante, et on ne pouvait dire qu’il fut mince. Ce male imposant – chef de section, a en croire les galons de son armure – avait probablement subi des lesions internes ; il allait beaucoup souffrir, et Horza s’en rejouit. Ainsi, il serait moins difficile a surveiller une fois qu’il aurait repris conscience ; en effet, la creature etait bien trop volumineuse pour le harnais d’immobilisation.
Yalson s’etait assise et mangeait une barre-ration ; son arme etait posee en equilibre sur un de ses genoux, mais pointee sur l’Idiran evanoui. Horza, lui, s’etait installe au pied de la passerelle et essayait de reparer son casque. Aussi impuissant que les autres, Unaha-Closp veillait neanmoins sur Neisin.
Assis sur la palette, Wubslin effectuait quelques reglages sur le detecteur de masse. Il etait deja alle faire un tour dans le train du Complexe, mais ce qu’il desirait par-dessus tout, c’etait d’en voir un rouler, dans de meilleures conditions d’eclairage, et sans radiations qui l’empechent d’inspecter le wagon-reacteur.
Aviger resta quelques instants aupres du corps de Dorolow, puis se dirigea vers l’autre passerelle d’acces – la ou, le corps meurtri, crible d’impacts et prive de certains membres, gisait le cadavre de l’autre Idiran, celui que Xoxarle avait appele Quayanorl. Aviger jeta un regard alentour et crut que personne ne faisait attention a lui, mais il se trompait : Horza leva a ce moment-la les yeux de son casque, et Balveda – qui marchait en rond en tapant des pieds et en les secouant pour se rechauffer – le vit aussi lancer un coup de pied au cadavre inerte et le frapper de toutes ses forces au niveau du heaume. Celui-ci se detacha, et Aviger se permit alors une ruade en plein crane. Balveda regarda Horza, secoua la tete, puis se remit a marcher de long en large.
— Vous etes sur qu’il n’y a pas d’autres Idirans ? demanda le drone au Metamorphe.
La machine s’etait promenee dans toute la gare, puis dans le train, a la suite de Wubslin. Elle se tenait a present face a Horza.
— Sur et certain, repondit ce dernier en contemplant non pas le drone, mais l’enchevetrement de fibres optiques boursouflees et fondues qui tapissait le revetement exterieur de son casque. Tu as bien vu les traces.
— Hmm…, fit la machine.
— Puisque je te dis qu’on a gagne, tas de ferraille, reprit Horza toujours sans le regarder. On va remettre le courant a la station 7, et a partir de la, il ne nous faudra pas longtemps pour reperer le Mental.
— Votre « Maitre-a-bord » me semble remarquablement indifferent envers les libertes que nous prenons avec son petit train electrique, observa le drone.
Horza embrassa du regard les decombres et debris divers qui jonchaient les abords du train, puis haussa les epaules et retourna a son bricolage.
— Ca lui est peut-etre egal.
— A moins que cela ne l’amuse, au contraire ? suggera Unaha-Closp. (Horza releva les yeux sur la machine, qui poursuivit :) Apres tout, c’est un monument aux morts, ici. Un site sacre. Peut-etre est-ce tout autant un autel qu’une stele, auquel cas nous servirions de victimes sacrificielles offertes aux dieux.
Horza secoua la tete.
— A mon avis, on a oublie de te poser un fusible au niveau des circuits imagination, tas de ferraille, declara-t-il avant de se concentrer de nouveau sur son casque.
Unaha-Closp emit une espece de sifflement et s’en alla observer Wubslin, qui fourrageait au hasard dans les entrailles du detecteur de masse.
— Qu’est-ce que tu as contre les machines, Horza ? s’enquit Balveda.
Elle cessa de faire les cent pas pour venir se tenir a ses cotes. De temps a autre, elle se frictionnait le nez et les oreilles. Horza soupira et reposa le casque.
— Mais rien, Balveda, du moment qu’elles savent rester a leur place.
La jeune femme emit un reniflement, puis recommenca a arpenter la salle. La voix de Yalson leur parvint depuis l’etage superieur de la passerelle.
— Tu lui as dit quelque chose de drole ?
— Simplement que les machines devaient rester a leur place. Et ce genre de remarque ne passe pas tres bien aupres des citoyens de la Culture.
— Ouais, commenta Yalson sans quitter du regard l’Idiran. (Elle baissa les yeux sur l’avant de sa combinaison, au niveau de la poitrine, et contempla la marque de la decharge de plasma qu’elle avait encaissee.) Horza ? Je peux te dire un mot en prive ? Dans un coin tranquille ?
— Mais… bien sur, repondit-il, l’air surpris, en levant les yeux sur elle.
Wubslin la remplaca sur la passerelle. Yalson rejoignit Unaha-Closp, suspendu au-dessus de Neisin ; ses projecteurs etaient regles au minimum, et la machine tenait un injecteur emprisonne dans un champ.
— Comment va-t-il ? demanda Yalson au drone, qui emit alors une lumiere plus vive.
— Il n’y a qu’a le regarder, repondit-il. (Yalson et Horza resterent silencieux, et le drone baissa a nouveau ses projecteurs.) Il se peut qu’il tienne encore le coup quelques heures.
Yalson se dirigea en secouant la tete vers le tunnel du transtube, Horza sur ses talons. Elle s’arreta juste apres l’ouverture, des qu’elle se sut hors de vue des autres. La, elle se retourna, fit face au Metamorphe, parut chercher vainement ses mots puis secoua de nouveau la tete et ota son casque en s’adossant a la paroi incurvee du tunnel.
— Quel est le probleme, Yalson ? s’enquit-il. (Il voulut lui prendre la main, mais elle croisa les bras sur sa poitrine.) Tu as change d’avis, tu ne veux plus continuer ?
— Non, ce n’est pas ca. J’ai bien envie de voir a quoi il ressemble, ce sacre bon sang de supercerveau. Je me fiche de savoir si quelqu’un le recuperera ensuite, et qui, ou bien s’il finira par exploser ; mais je veux le trouver.
— Je ne savais pas que c’etait important a ce point, pour toi.
— Maintenant oui. (Elle detourna brievement les yeux, puis lui adressa un sourire hesitant.) De toute facon, je crois que je te suivrais quoi qu’il arrive, rien que pour t’empecher de te fourrer dans le petrin.
— Je trouvais que tu t’eloignais un peu de moi depuis quelque temps, au contraire.
— C’est que…, commenca Yalson. Je n’etais pas tres en… (Un gros soupir.) Oh, et puis tant pis. Apres tout, pourquoi pas ?
— Qu’est-ce qu’il y a ? pressa Horza.
Elle haussa les epaules et il vit a contre-jour son crane fin et rase s’incliner a nouveau. Elle secoua la tete.
— Horza, repondit-elle avec un petit rire qui tenait plus du grognement, si je te le dis, tu ne vas pas me croire.
— Si tu me dis quoi ?
— Rien ne m’y oblige, apres tout.
— Dis-le-moi.
— Je n’espere pas que tu me croies. Et si tu me crois, je sais que ca ne te fera pas du tout plaisir. Enfin, pas tellement. Je ne plaisante pas, tu sais. Je ne devrais peut-etre pas…
Elle avait l’air sincerement troublee. Il emit un petit rire.
— Allons, Yalson. Tu en as trop dit maintenant. Tu n’es pas du genre a faire marche arriere, tu l’as dit toi- meme. Alors qu’est-ce qui se passe ?
— Je suis enceinte.
Il eut tout d’abord l’impression d’avoir mal entendu, et faillit faire une plaisanterie a partir de ce qu’il croyait
