mots.) Une division hemispherique operationnelle etendue. Ca signifie qu’une moitie de son cerveau dort pendant un tiers du temps, ce qui le rend un peu reveur, un peu vague ; pendant le deuxieme tiers, c’est l’autre hemisphere qui dort partiellement et Kraiklyn ne jure que par la logique et les chiffres. Dans ces cas-la, il ne communique pas tres bien. Pendant le dernier tiers, par exemple, quand il agit ou qu’il y a une urgence quelconque, les deux moities sont eveillees et fonctionnent en meme temps. Pas facile de le surprendre dans sa couchette, avec tout ca.
— Des clones paranos et un Homme dont le crane fait les trois-huit ! (Horza secoua la tete.) Enfin, allez-y, continuez.
— Trois, on n’est pas des mercenaires. On forme une Libre Compagnie. En fait, on n’est rien d’autre que des pirates, mais si c’est ce que Kraiklyn veut qu’on soit, alors c’est ce qu’on est. En theorie, n’importe qui peut se joindre a nous du moment qu’il ou elle peut manger comme nous et respirer le meme air mais, en pratique, Kraiklyn est un peu plus difficile que ca ; et encore, je parie qu’il aimerait bien pouvoir nous trier sur le volet.
« Passons. On a rempli quelques contrats, generalement pour assurer la protection de quelqu’un, mais aussi en service d’escorte pour des planetes de troisieme ordre qui s’etaient retrouvees embarquees dans le conflit ; la plupart du temps, on se contente d’attaquer et de piller partout ou on estime que la pagaille provoquee par la guerre nous garantit l’impunite.
« C’est ce qui nous attend en ce moment. Kraiklyn a entendu parler d’un endroit nomme Temple de la Lumiere, sur une planete de troisieme zone ou presque, quelque part dans ce trou et, d’apres lui, on peut “debarquer et rembarquer sans probleme” – pour parodier une de ses expressions preferees. A l’en croire, c’est plein de pretres et de tresors, la-bas ; on tue les uns et on s’empare des autres. Puis on fait route vers Vavatch Orbitale avant que la Culture la fasse sauter, et on achete quelque chose pour remplacer le laser de proue. A mon avis, les prix devraient etre assez avantageux. Pour peu qu’on reste assez longtemps sur place, les gens chercheront sans doute a s’en debarrasser gratuitement.
— Pourquoi, que se passe-t-il sur Vavatch ?
Horza n’avait rien entendu a ce sujet. Il savait que Vavatch Orbitale se trouvait dans cette zone-la du conflit, mais pensait que son statut de copropriete la maintiendrait a l’ecart du theatre des operations.
Vos amis les Idirans ne vous l’ont pas dit ? (Yalson abaissa la main aux doigts tendus qui lui avait servi a enumerer ses informations.) Eh bien, reprit-elle en voyant Horza hausser les epaules, comme vous ne l’ignorez
« Donc, les diverses especes et autres bizarreries de Vavatch se croyaient tranquilles, sures que les hostilites galactiques allaient leur passer a cote… La-dessus les Idirans annoncent qu’ils vont finalement se rendre maitres de Vavatch, mais officiellement seulement ; pas de presence militaire. La Culture a replique en disant qu’elle ne le tolererait pas, les deux parties sont obstinement restees sur leurs precieuses positions, et la Culture a dit : “O.K., si vous ne vous retirez pas, on fait tout sauter avant meme que vous n’arriviez la-bas”. Et c’est ce qui se passe en ce moment. Avant que la flotte de guerre idirane n’atteigne l’Orb’, la Culture va l’evacuer et la faire exploser.
— Ils vont
C’etait vraiment la premiere fois qu’il entendait parler de cette histoire. Les Idirans n’avaient rien dit de Vavatch Orbitale en lui donnant ses instructions, et meme quand il contrefaisait le ministre des Affaires Exterieures, Egratin, la plupart des nouvelles interplanetaires n’avaient ete que des rumeurs. Le premier imbecile venu voyait bien que l’espace entourant le Golfe Morne ne tarderait pas a devenir un vaste champ de bataille sur plusieurs centaines d’annees-lumiere en largeur et en hauteur, et plusieurs decennies-lumiere dans le sens de la profondeur, mais quant a ce qui se tramait reellement, il n’avait pu le decouvrir. De toute evidence, la guerre passait a la vitesse superieure. Pourtant, il n’y avait qu’un fou pour envisager de demenager tous les habitants d’une Orbitale.
Yalson acquiesca en guise de confirmation.
— C’est ce qu’on dit. Ne me demandez pas d’ou ils vont faire decoller tous les vaisseaux dans ce cas precis, mais c’est bien ce qu’ils ont l’intention de faire.
— Ils sont fous, fit Horza en secouant la tete.
— Ouais, eh bien, ils l’avaient deja prouve en rentrant en guerre.
— D’accord. Excusez-moi. Poursuivez, pressa-t-il en agitant la main.
— J’ai oublie ce que je voulais dire d’autre. (Yalson sourit et contempla ses trois doigts dresses comme s’ils pouvaient lui souffler la suite. Puis elle revint a Horza.) Je crois que c’est a peu pres tout. Je vous recommande d’adopter un profil bas jusqu’a ce qu’on arrive a Marjoin, la ou se trouve ce temple, et meme de continuer une fois qu’on y sera. (Elle eclata de rire, et Horza se surprit a l’imiter. Puis elle hocha la tete et reprit sa cuiller.) En admettant que vous vous en tiriez sain et sauf, les autres vous accepteront plus facilement si vous vous battez a leurs cotes. Pour l’instant, vous etes le cadet du vaisseau, malgre ce que vous avez pu faire dans le passe, et malgre Zallin.
Horza posa sur elle un regard dubitatif. Il doutait du bien-fonde de la chose. Attaquer un temple sans defense avec une combinaison qui fuyait et un fusil a projectiles peu digne de confiance…
— Enfin…, soupira-t-il avant de plonger sa cuiller dans son assiette. Du moment que vous ne vous remettez pas tous a parier sur mon sort…
Yalson le devisagea une seconde, puis sourit et retourna a son assiette.
Malgre les avertissements de Yalson, Kraiklyn se montra plus curieux que prevu sur le passe de Horza. L’Homme l’invita dans sa cabine, propre et bien rangee, ou chaque element etait arrime, cloue ou ficele au sol et ou l’air sentait le frais. D’authentiques livres s’alignaient contre une paroi et le sol etait pourvu d’un tapis absorbant. Une maquette de la
— Asseyez-vous, fit Kraiklyn en lui indiquant un siege bas tandis que lui-meme redressait la couchette en position banquette et s’y laissait tomber.
Le commandant attrapa deux renifiasques sur l’etagere situee derriere lui et en offrit une a Horza, qui l’accepta et en brisa le sceau. Le maitre de la
— Merci, dit Horza.
— Ma foi, on dirait que vous allez beaucoup mieux, reprit Kraiklyn en contemplant la poitrine et les bras du Metamorphe, lequel avait pratiquement retrouve sa forme premiere apres ces quatre jours de sommeil et de repas copieux.
Son tronc et ses membres avaient augmente de volume, et il s’en fallait de peu qu’ils ne redeviennent aussi muscles qu’avant ; quant a son ventre, il s’etait retracte. Sa peau s’etait retendue et son visage, a la fois plus ferme et plus souple, se parait a present d’un eclat dore. Ses cheveux repoussaient noirs a la racine, et il avait coupe ses rares meches raides d’un jaune-blanc terne, a l’image de celles du Gerontocrate. Ses toxidents repoussaient aussi, mais ne pourraient lui servir avant une vingtaine de jours.
— Oui, je me sens mieux.
— Mmm… Dommage, pour Zallin, mais je suis sur que vous comprenez ma position.
— C’est vrai. Je me rejouis simplement que vous m’ayez laisse ma chance. D’autres m’auraient neutralise et expedie dans l’espace.
— Figurez-vous que ca m’a traverse l’idee, fit Kraiklyn en jouant avec sa fiasque, mais j’ai eu l’intuition que vous n’etiez pas totalement ininteressant. Je ne peux pas dire que je vous ai cru, sur le moment, quand vous avez
