— J’assume toutes mes responsabilites, drone, l’informa Horza. Et maintenant, tu vas la
— Eh bien, j’espere que vous etes assure en consequence, marmotta le drone.
— Horza ? fit Balveda.
— Oui, Perosteck ?
Il se tourna vers elle avec soulagement. La jeune femme avait les yeux brillants. Elle se passa de nouveau la langue sur la levre superieure, puis se remit a fixer le dessus de la table, la tete baissee.
— Et moi, qu’est-ce que je deviens dans tout ca ?
— Eh bien, repondit-il lentement, il m’est bien venu a l’idee de te balancer toi aussi dans un vactube…
Il la vit se contracter, ainsi d’ailleurs que Yalson ; celle-ci se tourna sur sa chaise afin de lui faire face, les poings serres et la bouche ouverte pour parler. Il poursuivit :
— … Mais tu peux encore m’etre de quelque utilite, et… ma foi, appelle ca du sentiment si tu veux. (Un sourire. Puis :) Naturellement, il va falloir que tu sois tres sage.
Balveda leva les yeux sur lui. On voyait sur son visage qu’elle retrouvait de l’espoir, mais aussi qu’elle craignait de se rejouir trop vite.
— Tu es sincere, j’espere ? demanda-t-elle calmement.
Horza acquiesca.
— Absolument. De toute facon, je ne peux pas me debarrasser de toi avant de savoir comment tu as fait pour t’enfuir de la
Balveda se detendit et respira profondement. Le rire qui s’echappa de ses levres fut presque silencieux. Yalson rivait sur Horza un regard amer tout en pianotant sur la table.
— Yalson, dit Horza. J’aimerais que Dorolow et toi emmeniez Balveda quelque part pour… la deshabiller. Enlevez-lui sa combinaison, mais aussi le reste. (Il sentit tous les regards peser sur lui. Balveda prit un air faussement choque et arqua les sourcils. Il poursuivit :) Prenez le materiel chirurgical et, quand elle sera nue, faites-lui passer tous les examens possibles et imaginables ; il faut s’assurer qu’elle n’a sur elle ni poche dermique, ni implants, ni protheses ; soumettez-la aux ultrasons, aux rayons X, a la RMN, tout. Cela fait, vous lui trouverez des vetements. Jetez sa combi dans un vactube, ainsi que tous bijoux ou autres affaires personnelles de quelque taille que ce soit, meme si elles semblent parfaitement inoffensives.
— Tu veux peut-etre aussi qu’on la lave, qu’on l’enduise d’huile, puis qu’on lui mette une tunique blanche et qu’on l’etende sur un autel de pierre, non ? fit Yalson d’un ton acide.
Horza secoua la tete.
— Je veux qu’on lui enleve tout ce qui pourrait lui servir d’arme, tel quel ou apres transformation. Parmi les derniers gadgets distribues par la Culture aux agents de Circonstances Speciales, il y a ce qu’ils appellent des « memoformes » ; celles-ci peuvent prendre l’aspect de broches, de medaillons… (il sourit a Balveda, qui reagit en hochant la tete d’un air amer) ou de n’importe quoi d’autre. Mais qu’on leur fasse subir un certain traitement – en les touchant au bon endroit, par exemple, en les mouillant ou en prononcant un mot bien precis –, et elles se transforment en communicateur, en arme ou en bombe. Je ne veux pas prendre le risque de garder a bord tout objet potentiellement plus dangereux que Balveda elle-meme.
— Que se passera-t-il quand on arrivera sur le Monde de Schar ? interrogea cette derniere.
— On va te donner des vetements chauds. Si tu t’emmitoufles bien, tu ne risques rien. Mais ni combi, ni armes.
— Et nous ? demanda Aviger. Qu’est-ce qu’on est censes faire en arrivant la-bas ? En partant du principe qu’ils te laisseront aborder, ce qui m’etonnerait.
— Je ne sais pas encore, repondit sincerement Horza. Vous serez peut-etre obliges de venir avec moi. Je vais voir si je peux ou non intervenir sur les codes d’acces du vaisseau. Il se peut que vous puissiez tous demeurer a bord ; mais si ca se trouve, vous devrez descendre a terre avec moi. Quoi qu’il en soit, il y a la-bas d’autres Metamorphes, des gens comme moi mais qui ne travaillent pas pour les Idirans. Ils devraient pouvoir vous prendre en charge si mon absence se prolonge.
« Naturellement, reprit-il en regardant Yalson, si l’un d’entre vous souhaite m’accompagner, je suis sur qu’on peut considerer cette mission comme une de vos operations habituelles, y compris au niveau du partage des gains. Quand je n’aurai plus besoin de la
Yalson, qui ne l’avait pas quitte des yeux, se detourna en secouant la tete. Wubslin regardait en direction de la passerelle. Aviger et Dorolow se regardaient dans les yeux. Le drone ne soufflait mot.
— Bon, reprit Horza en se levant avec raideur. Yalson et Dorolow, si vous voulez bien vous occuper de Balveda… (Avec une repugnance affichee, Yalson soupira et se leva a son tour. Dorolow entreprit de defaire les sangles qui maintenaient encore l’agent de la Culture.) Et montrez-vous tres prudentes avec elle, insista-t-il. Que l’une de vous deux se tienne constamment a distance en braquant son arme sur elle pendant que l’autre la fouille.
Yalson marmotta quelques mots inintelligibles et ramassa l’etourdisseur sur la table. Horza se tourna vers Aviger.
— On devrait dire a Neisin qu’il a vraiment rate quelque chose, tu ne crois pas ?
Aviger hesita, puis opina.
— D’accord, Kraik…
Il s’interrompit, emit deux ou trois sons indistincts puis se tut. Il se remit debout et partit d’un bon pas en direction des cabines.
— Moi, je vais aller ouvrir les compartiments avant, histoire de jeter un coup d’?il au laser, Kraiklyn, si tu n’y vois pas d’objections, ajouta Wubslin. Enfin, je veux dire : Horza.
Immobile, les sourcils fronces, l’ingenieur se grattait le cuir chevelu. Horza lui repondit d’un hochement de tete. L’autre mit la main sur une cruche a bec propre et intacte, alla se servir a boire au distributeur de boissons fraiches puis suivit le meme chemin qu’Aviger.
Dorolow et Yalson avaient fini de liberer Balveda. Pale, celle-ci s’etira de toute sa haute taille en fermant les yeux et en rejetant la tete en arriere. Puis elle passa la main dans sa courte chevelure rousse. Dorolow la tenait a l’?il. Yalson avait l’etourdisseur en main. Balveda fit rouler ses epaules, puis fit signe qu’elle etait prete.
— Bien, fit Yalson en agitant son arme pour lui intimer l’ordre d’avancer. On va faire ca dans ma cabine.
Horza se leva pour laisser passer les trois femmes. Lorsque Balveda arriva devant lui, marchant a longues foulees souples que ne genait en aucune maniere sa combinaison legere, il lui demanda :
— Alors, Balveda… On peut savoir comment tu t’es sauvee de la
La jeune femme s’arreta et dit :
— J’ai tue le garde et j’ai attendu, Horza. L’UCG a reussi a capturer le croiseur sans lui causer de degats. Au bout d’un moment, de gentils drones-soldats sont venus me liberer.
Un haussement d’epaules.
— Seule et sans armes, tu t’es debrouillee pour abattre un Idiran en armure de combat et equipe d’un laser ? demanda Horza d’un ton sceptique.
Nouveau haussement d’epaules.
— Je n’ai pas dit que ca avait ete facile.
— Et Xoralundra ? s’enquit Horza en reprimant un sourire.
— Ton vieux copain idiran ? Il a probablement pu s’enfuir. Quelques-uns y sont parvenus. En tout cas, il n’etait ni parmi les morts ni parmi les captifs.
Le Metamorphe acquiesca et lui fit signe de poursuivre son chemin. Yalson et Dorolow sur ses talons, Perosteck Balveda disparut dans la coursive menant a la cabine de Yalson. Horza reporta son attention sur le drone toujours pose sur la table.
— Crois-tu pouvoir te rendre utile, drone ?
— Puisque vous avez manifestement l’intention de nous garder tous prisonniers ici, et de nous emmener
