mais il y a des gens qui s’en vont d’eux-memes. Non, vraiment, je ne sais pas. On verra bien.
— Il y a bien longtemps que tu n’as pas vu de membres de ton espece, n’est-ce pas ?
— C’est vrai. Depuis que je suis parti de la-bas.
— Tu n’es pas impatient de retrouver les tiens ?
— Peut-etre.
— Horza… Ecoute, je sais bien qu’on ne doit pas poser de questions a l’autre… sur tout ce qui a precede notre rencontre a bord de la
— C’etait pourtant entendu comme ca, non ?
— Tu veux dire que tu ne veux toujours pas en parler ?
— Possible. Je ne sais pas. Tu veux me poser des questions sur… ?
— Non. (Elle lui posa la main sur les levres. Il en sentit le contact dans l’obscurite.) Non, ce n’est pas la peine. Je m’en moque, ca n’a pas d’importance.
Il prit place dans le siege central. Wubslin occupait celui du mecanicien de bord, a sa droite, Yalson etant assise a sa gauche. Les autres s’entassaient derriere. Horza avait autorise Balveda a se joindre a eux : il ne voyait pas vraiment comment elle aurait pu agir sur les evenements qui les attendaient maintenant. Quant au drone, il flottait au plafond.
La Barriere de la Serenite se rapprochait. Elle leur presentait droit devant un champ-miroir d’une journee- lumiere de diametre environ, brusquement apparu sur l’ecran alors qu’ils se trouvaient a une heure de la barriere proprement dite. Wubslin craignait qu’il ne devoilat leur position, mais Horza, lui, savait que le champ-miroir n’existait que pour les capteurs de la
A cinq minutes de distance, tous les ecrans devinrent noirs. Horza avait averti les autres, mais ne s’en sentit pas moins anxieux et comme frappe de cecite lorsque cela se produisit.
— Tu es sur que c’est normal ? demanda Aviger.
— C’est le contraire qui m’inquieterait, lui dit Horza.
Quelque part derriere lui, le vieil homme remua.
— Je trouve ca incroyable, dit Dorolow. Cette creature est quasiment un dieu. Je suis sure qu’elle sait percevoir notre etat d’esprit, nos pensees. Je le sens deja.
— En realite, il s’agit simplement d’un ensemble d’elements autoreferentiels qui…
— Balveda ! coupa Horza en se retournant vers la femme de la Culture.
Celle-ci s’interrompit et plaqua une main sur sa bouche. Ses yeux lancaient des eclairs. Horza revint a l’ecran vide.
— Quand est-ce que ce truc va…, commenca Yalson.
A APPAREIL NON IDENTIFIE, afficha l’ecran en toutes sortes de langues.
— Ca y est, dit Neisin, que Dorolow fit instantanement taire.
— Present ! fit Horza en marain dans le communicateur a faisceau etroit.
Les autres langues disparurent de l’ecran.
VOUS APPROCHEZ DE LA PLANETE APPELEE MONDE DE SCHAR, PLANETE DES MORTS DES DRA’AZON. ACCES LIMITE AU-DELA DE CE POINT.
— Je sais. Mon nom est Bora Horza Gobuchul. Je desire revenir sur le Monde de Schar pour une courte periode. J’en depose respectueusement la requete.
— Beau parleur ! jeta Balveda.
Horza lui decocha un bref regard. Le communicateur ne transmettait que ses propres paroles, mais la jeune femme ne devait pas oublier son statut de prisonniere.
VOUS ETES DEJA VENU.
Horza ne reussit pas a determiner s’il s’agissait ou non d’une question qui lui etait posee.
— Je suis deja venu sur le Monde de Schar, confirma-t-il. Je faisais partie des sentinelles Metamorphes.
Il lui parut inutile d’apporter une precision de nature temporelle ; pour les Dra’Azon, tout etait « maintenant », encore que leur langue comportat des temps grammaticaux. L’ecran devint vierge, puis repeta :
VOUS ETES DEJA VENU.
Horza fronca les sourcils et se demanda ce qu’il fallait repondre. Balveda marmotta :
— Manifestement senile, irrecuperable.
— Je suis deja venu, reprit Horza.
Le Dra’Azon sous-entendait-il que, puisqu’il etait deja venu, il n’avait plus droit de cite sur le Monde de Schar ?
— Je sens la creature, je sens sa presence, chuchota Dorolow.
IL Y A D’AUTRES HUMAINS AVEC VOUS.
— Merci beaucoup, commenta le drone Unaha-Closp, quelque part au plafond.
— Vous voyez ? dit Dorolow d’une voix presque larmoyante.
Horza entendit Balveda emettre un reniflement de mepris. Dorolow oscilla legerement ; Aviger et Neisin durent la retenir et l’empecher de tomber.
— Je n’ai pas pu les deposer en chemin, declara Horza. Je sollicite votre indulgence. Si necessaire, ils demeureront a bord de ce navire.
CE NE SONT PAS DES SENTINELLES. ILS APPARTIENNENT A UNE AUTRE ESPECE HUMANOIDE.
— Moi seul dois atterrir sur le Monde de Schar.
L’ACCES EST LIMITE.
Horza soupira.
— Je demande pour moi seul la permission d’atterrir.
POURQUOI VENEZ-VOUS SUR LE MONDE DE SCHAR ?
Horza hesita. Il entendit Balveda renifler a nouveau, puis repondit :
— Je suis a la recherche d’un etre qui s’y trouve.
QUE RECHERCHENT LES AUTRES ?
— Ils ne cherchent rien. Ils m’accompagnent.
ILS SONT LA.
— Ils… (Horza s’humecta les levres. Ce qu’il avait prepare en vue de ce moment, ses reflexions preliminaires, tout se revelait vain.) Ils ne sont pas la de leur plein gre. Mais je n’avais pas le choix. Il fallait que je les emmene avec moi. Si vous le desirez, ils resteront a bord de cet appareil, en orbite autour du Monde de Schar, ou plus loin encore dans la zone de la Barriere de la Serenite. J’ai une combinaison, je peux donc…
ILS SONT ICI CONTRE LEUR VOLONTE.
Horza n’avait encore jamais vu de Dra’Azon couper la parole a son interlocuteur. Ce n’etait peut-etre pas de bon augure.
— Les… circonstances sont… complexes. Certaines especes de la galaxie sont en guerre. Les possibilites se font rares. On fait des choses qu’on n’envisagerait meme pas en temps normal.
LA MORT EST ICI.
Horza fixa les mots inscrits sur l’ecran. Il avait l’impression qu’ils le clouaient sur place. Le silence regna quelques instants sur la passerelle. Puis il entendit deux ou trois de ses compagnons remuer gauchement derriere lui.
— Qu’est-ce que ca veut dire ? s’enquit le drone Unaha-Closp.
— Euh… Ah bon ? fit Horza.
La phrase, redigee en marain, se maintint sur l’ecran. Wubslin pianota sur son cote du tableau de bord, actionnant des boutons qui, en temps normal, auraient du controler l’affichage de ses ecrans ; or, ceux-ci repetaient tous le message de l’ecran principal. Le mecanicien etait crispe sur son siege. Horza s’eclaircit la voix et dit :
— On s’est battu non loin d’ici. Il y a eu un affrontement. Juste avant notre arrivee. Il dure peut-etre encore. La mort s’y trouve peut-etre.
LA MORT EST ICI.
