— Horza !
Yalson lui secoua la tete, qui alla cogner contre la cloison jouxtant l’etroite couchette. Il se reveilla tout bredouillant ; un gemissement mourait sur ses levres. Il sentit un instant son corps se contracter tout entier, puis se detendre.
Il tendit les mains et effleura la peau duveteuse de sa compagne. Celle-ci lui enserra la nuque et le plaqua contre sa poitrine. Il ne dit mot, mais son c?ur ralentit petit a petit pour adopter le rythme de celui de Yalson. Elle le berca doucement, puis repoussa legerement sa tete, se pencha et l’embrassa sur la bouche.
— Ca va maintenant, lui dit-il. Ce n’etait qu’un cauchemar.
— Qu’est-ce qu’il t’arrivait ?
— Oh, rien.
Il reposa la tete sur la poitrine de la jeune femme et la nicha entre ses seins, tel un gros ?uf fragile.
Horza avait enfile sa combinaison. Wubslin occupait son siege habituel. Yalson avait pris celui du copilote. Tous etaient en combinaison. Le Monde de Schar emplissait l’ecran en face d’eux : les capteurs ventraux de la
— Encore, ordonna Horza.
Wubslin transmit pour la troisieme fois le message enregistre.
— Peut-etre que le code a change, fit Yalson en surveillant l’ecran.
Elle avait coupe tres court ses cheveux, qui formaient a present une toison d’un centimetre d’epaisseur, donc a peine plus epaisse que son duvet corporel. En plus de ses sourcils proeminents, cela lui donnait un air menacant qui contrastait violemment avec la petitesse de sa tete dans le grand col ouvert de sa combinaison.
— C’est la tradition, retorqua Horza. Il s’agit davantage d’un rituel que d’un code. S’ils l’entendent, ils le reconnaitront.
— Et tu es sur qu’on emet dans la bonne direction ?
— Mais oui, fit-il en s’efforcant de conserver son calme.
Il y avait moins d’une demi-heure qu’ils etaient en orbite stationnaire au-dessus du continent renfermant les tunnels souterrains du Complexe de Commandement. La quasi-totalite de la planete etait recouverte de neige. La peninsule longue de mille kilometres ou le reseau de tunnels s’avancait loin dans la mer etait prise dans les glaces. Le Monde de Schar etait entre sept mille ans plus tot dans une de ses eres glaciaires periodiques, et l’ocean n’apparaissait a l’air libre que sur une bande relativement mince autour de l’equateur, entre les tropiques legerement instables de la planete. Il y formait une ceinture gris acier qu’on apercevait de temps a autre entre les tourbillons de nuages orageux.
Ils se trouvaient a vingt-cinq mille kilometres d’altitude au-dessus de la surface enneigee, et leur communicateur dirigeait son faisceau sur une zone circulaire de quelques dizaines de kilometres de diametre, en un point situe a mi-chemin entre les deux bras de mer geles ceignant la peninsule. La s’ouvrait l’entree des tunnels ; la vivaient les Metamorphes. Horza savait pertinemment qu’il ne pouvait pas se tromper ; pourtant, ils ne recevaient aucune reponse.
— Toujours rien, constata Wubslin.
— Bon, trancha Horza en enserrant les controles manuels dans ses mains gantees. On y va.
La
La
Toujours en combinaison, Aviger, Neisin et Dorolow etaient dument attaches dans leurs sieges. Sanglee elle aussi, Perosteck Balveda arborait une veste epaisse et un pantalon assorti. Sa tete emergeait sans protection aucune de la collerette souple d’une chemise blanche. Elle portait egalement des bottes fourrees, et une paire de gants en peau reposait sur la table devant elle. Sa veste etait meme pourvue d’une petite capuche, qui pour l’heure pendait dans son dos. Horza se demanda si elle avait choisi un vetement singeant les combinaisons spatiales pour lui faire passer le message ou bien, inconsciente de cette analogie, parce qu’elle avait peur et cherchait a se rassurer.
Unaha-Closp etait niche dans un fauteuil ; attache au dossier, il tournait sa face avant vers le plafond.
— J’espere, dit-il, que nous n’aurons pas droit au meme cirque que la derniere fois que vous avez pilote ce tas de ruines.
Horza fit comme s’il n’avait rien entendu.
— Puisque M. Maitre-a-bord ne nous a plus donne de ses nouvelles, il faut sans doute en deduire que nous sommes tous autorises a atterrir. Une fois sur place, j’entrerai seul. A mon retour, nous deciderons de la marche a suivre.
— Vous voulez dire que
— Et si tu ne reviens pas ? s’enquit Aviger.
Le drone emit une espece de chuintement, mais ne poursuivit pas sa phrase. Horza contempla le vieil homme, a qui sa combinaison donnait des allures de mannequin-jouet.
— Ne t’en fais pas pour ca, Aviger. Je reviendrai. Je suis sur que tous les habitants de la base seront sains et saufs. Je leur demanderai de nous rechauffer de quoi manger. (Il sourit, mais se rendit bien compte que ses paroles n’etaient pas tres convaincantes.) De toute facon, poursuivit-il, au cas tres peu probable ou quelque chose tournerait mal, je reviendrai immediatement.
— Ce vaisseau represente notre seul moyen de quitter la planete, ne l’oublie pas, Horza, repliqua Aviger.
On lisait de l’effroi dans ses yeux. Dorolow effleura le bras de sa combinaison.
— Aie confiance en Dieu, dit-elle. On s’en sortira. N’est-ce pas, Horza ? ajouta-t-elle en se tournant vers lui.
— Mais oui, fit ce dernier en hochant la tete. On s’en sortira meme tres bien.
