de mesure du detecteur l’atteindront. Mais sous cette forme-la : une simple tache floue. Si ce Mental ne fait que quinze metres de long pour un poids de dix mille tonnes, il apparaitra bien plus nettement. Brillant comme une etoile.

— Bien, dit Horza. A mon avis, c’est seulement le reacteur du niveau de service inferieur.

— Ah bon ? s’etonna Wubslin. Ils avaient aussi des reacteurs ?

— De secours seulement, precisa Horza. Celui-la etait destine a assurer la ventilation au cas ou la circulation d’air naturelle ne suffirait pas a evacuer la fumee ou les gaz. Les trains sont egalement equipes de reacteurs, en cas de panne d’energie geothermique.

Horza compara les informations fournies par l’ecran avec ce que lui apprenait le detecteur de masse integre a sa combinaison, mais la faible trace signalant la presence du reacteur de secours etait hors de portee.

— On va tout de meme se rendre compte sur place ? demanda Wubslin, le visage illumine par la clarte de l’ecran.

Horza se redressa et secoua negativement la tete.

— Pas pour l’instant, fit-il avec lassitude.

Ils s’installerent dans la station pour manger un morceau. L’endroit mesurait plus de trois cents metres de long sur deux fois la largeur des tunnels principaux. La double voie ferree sur laquelle se deplacaient les trains du Complexe surgissait d’une ouverture en U inverse et, courant sur le sol de lave, s’enfoncait dans une autre pour rejoindre les chantiers d’entretien-reparation. A chaque extremite, on voyait des assemblages de grues et de portiques qui montaient presque jusqu’au plafond. Ces engins livraient acces aux deux niveaux superieurs des trains en gare, ainsi que l’expliqua Horza a la demande de Neisin.

— Je suis impatient de les voir, ces trains, marmonna Wubslin, la bouche pleine.

— C’est mal parti, s’il n’y a pas de lumiere, repliqua Aviger.

J’estime deja intolerable de devoir porter tout ce bazar, intervint le drone, qui avait pose a terre sa palette bourree de materiel. Et voila qu’on m’en rajoute !

— Je ne suis pas si lourde que ca, Unaha-Closp, fit Balveda.

— Tu y arriveras, dit Horza a la machine.

Sans electricite, la seule solution etait de rejoindre la station suivante par la voie des airs grace a l’anti-g de leurs combinaisons ; ce serait plus lent que par transtube, mais plus rapide que la marche. Et Balveda se ferait transporter par le drone.

— Horza… Je me demandais…, commenca Yalson.

— Oui ?

— Quelle dose de radiations on a encaissee ces derniers temps ?

— Faible.

Il jeta un regard au petit ecran situe a l’interieur de son casque. Le taux de radiations etait en dessous du seuil dangereux ; le granite autour d’eux en degageait bien un peu, mais meme sans combinaison ils n’auraient pas couru de risque reel.

— Pourquoi ? s’enquit-il.

— Pour rien, repondit Yalson en haussant les epaules. C’est juste qu’avec tous ces reacteurs, tout ce granite, sans parler de la dose qu’on a du prendre dans l’explosion de la bombe dans le vactube… Et n’oublie pas qu’on etait tous a bord du Megavaisseau quand Lamm a voulu le faire sauter ; ca n’a surement pas arrange les choses. Mais bon, si tu dis qu’on ne risque rien, moi, je veux bien.

— A moins qu’il y ait parmi nous quelqu’un de particulierement sensible aux radiations, je te dis qu’on n’a pas vraiment de raisons de s’inquieter.

Yalson opina.

Horza se demandait s’ils devaient se diviser en deux groupes. Fallait-il rester soudes, ou bien se repartir entre les deux tunnels pietons qui longeaient la voie principale et le transtube ? On pouvait meme s’eparpiller encore plus et se repartir entre les dix tunnels qui couraient de gare en gare ; ce serait un peu exagere, mais cela montrait bien a quel point les possibilites etaient nombreuses. Ainsi deployes, ils seraient mieux disposes a faire face a une attaque par le flanc en cas de rencontre avec les Idirans, meme s’ils ne pouvaient au depart beneficier de la meme puissance de tir. Ils n’augmenteraient pas leurs chances de trouver le Mental, du moins si le detecteur de masse fonctionnait correctement, mais le risque de tomber sur l’ennemi au detour d’un tunnel s’en trouverait accru.

Toutefois, a l’idee de rester groupes dans le tunnel secondaire, Horza eprouva par avance une sensation de claustrophobie. Il suffirait d’une seule grenade pour les aneantir jusqu’au dernier, d’une seule decharge laser lourde pour tous les tuer ou les blesser.

Il avait l’impression de se trouver confronte a un probleme retors et tres peu plausible lors d’un examen trimestriel a l’Academie Militaire de Heibohre.

Il n’arrivait meme pas a decider de la direction a prendre. Lors de la fouille de la gare, Yalson avait repere des traces dans la fine couche de poussiere tapissant le sol du tunnel menant a la station 5, ce qui semblait indiquer que les Idirans s’etaient engages par la. Mais alors, fallait-il poursuivre par la, ou au contraire repartir dans l’autre sens ? S’ils choisissaient d’emboiter le pas aux Idirans, mais s’il ne reussissait pas a les convaincre qu’ils appartenaient au meme camp, il faudrait se battre.

Cependant, s’ils partaient dans la direction opposee et remettaient le courant dans la station 1, les Idirans en profiteraient aussi. Il n’etait pas possible de limiter l’apport d’energie a une seule partie du Complexe. Chaque gare pouvait isoler sa section de voie ferree du circuit d’alimentation, mais l’ensemble avait ete concu pour qu’un traitre faisant cavalier seul – ou encore un incompetent – ne puisse desactiver le Complexe tout entier. Donc, les Idirans auraient eux aussi l’usage des transtubes, des trains eux-memes et des chantiers… Mieux valait les retrouver et parlementer. Regler la question d’une maniere ou d’une autre.

Horza secoua la tete. Tout cela etait trop complique. Avec ses tunnels et ses cavernes, ses etages et ses puits d’acces, ses voies de garage, ses boucles, ses voies de croisement et ses aiguillages, le Complexe constituait une sorte d’infernal organigramme en circuit ferme ou ne cessaient de circuler ses pensees.

Quelques heures de sommeil l’aideraient a y voir plus clair. Il ressentait maintenant le besoin de dormir, et les autres aussi d’ailleurs. Il le voyait a certains signes. La machine pouvait s’epuiser, mais elle n’etait pas obligee de dormir ; quant a Balveda, elle paraissait bien eveillee. Mais les membres de la Compagnie avaient besoin d’autre chose que d’un simple arret. Leur horloge biologique indiquait l’heure de se coucher ; il aurait ete insense de vouloir les pousser plus avant.

Il avait ajoute un harnais d’immobilisation a la palette. Cela suffirait sans doute a mettre Balveda hors d’etat de nuire. Le tas de ferraille pourrait monter la garde, et lui-meme confierait au detecteur de sa combi le soin de surveiller tout mouvement survenant dans les parages immediats pendant qu’ils dormiraient ; non, il ne prenait pas de grand risque en decretant une pause.

Ils acheverent leur repas. Personne ne contesta sa decision. Balveda fut entortillee dans le harnais d’immobilisation et enfermee a double tour dans un des entrepots vides qui donnaient sur le quai. Unaha-Closp recut l’ordre d’aller se percher sur un des hauts portiques et de ne plus en bouger, sauf s’il voyait ou entendait quelque chose de suspect. Horza placa son telecapteur non loin de l’endroit qu’il s’etait choisi pour dormir, sur l’une des poutrelles basses d’un dispositif de halage. Il avait prevu de dire un mot a Yalson, mais le temps qu’il prenne toutes ses dispositions, plusieurs membres du groupe (y compris la jeune femme) etaient deja endormis, couches sur le cote face au mur ou encore sur le dos, visiere polarisee ou tete tournee afin de ne pas voir les lumieres pourtant faibles des combinaisons des autres.

Horza regarda Wubslin errer ca et la dans la gare pendant quelques instants, puis vit l’ingenieur s’allonger a son tour ; bientot, tout fut calme. Le Metamorphe enclencha le telecapteur et le regla pour donner l’alarme s’il detectait quoi que ce fut au-dessus d’un certain seuil d’activite.

Horza dormit mal, d’un sommeil entrecoupe de reves qui chaque fois le reveillaient.

Des spectres le pourchassaient dans des navires deserts ou dans des docks silencieux ou le moindre echo resonnait, et quand il se retournait pour leur faire face, il lisait l’attente dans leurs yeux, des yeux qui ressemblaient a des cibles, a des bouches ; alors ces bouches l’avalaient, et il tombait dans la gueule sombre de l’?il, par-dessus la glace qui le bordait, la glace morte entourant l’?il froid qui l’engloutissait ; et puis il ne tombait pas, finalement ; au lieu de cela il courait, courait, mais avec une lenteur infinie, comme s’il avait les jambes en plomb, ou engluees dans la poix, a travers les cavites osseuses de sa propre boite cranienne qui se desintegrait progressivement : il y avait une planete froide parcourue de tunnels qui s’effondrait sur elle-meme et se froissait

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