transportait.
— Celui-la n’avait pas de communicateur, nous sommes bien d’accord ? Tandis que les Idirans qui se trouvent peut-etre en bas seront certainement munis des communicateurs pris a la base, non ? D’autre part, les medjels font ce que les Idirans leur disent de faire, O.K. ? (Il attendit la reponse de la machine, mais voyant que rien ne venait, il insista :) Alors, oui ou non ?
Horza eut la nette impression que si la machine avait ete humaine, elle lui aurait crache au visage.
— Si vous le dites,
— Et moi, Horza, qu’est-ce que je deviens dans tout ca ? questionna Balveda, qui se tenait devant lui en simple combinaison de tissu sous une veste en fourrure. As-tu l’intention de me precipiter dans le puits pour pretendre ensuite avoir oublie que je n’avais pas d’anti-g, ou bien dois-je descendre a pied par le tunnel de transit ?
— Toi, tu viens avec moi.
— Et en cas de probleme ?
— Il n’y aura pas de probleme.
— Tu es sur qu’il n’y avait pas de harnais anti-g a la base ? intervint Aviger.
— S’il y en avait eu, les medjels que nous avons rencontres jusqu’a present les auraient portes sur eux, tu ne crois pas ? lui fit remarquer Horza.
— Ce sont peut-etre les Idirans qui s’en servent.
— Non, les Idirans sont trop lourds.
— Ils en utilisent peut-etre deux a la fois, insista Aviger.
— Il n’y avait pas de harnais, siffla Horza entre ses dents. Nous n’avons jamais eu l’autorisation d’en posseder. Nous n’etions pas censes nous rendre dans le Complexe, en dehors de nos inspections annuelles, pendant lesquelles nous avions alors le droit de tout mettre en marche. Nous y entrions quand meme, en descendant a pied par le tunnel en spirale qui aboutit a la station 4, c’est-a-dire par la voie que ce medjel a empruntee, mais rien ne nous y autorisait, et nous n’avions pas non plus droit aux harnais anti-g. Ils nous auraient beaucoup trop facilite la descente.
— Bon, assez papote ! Allons-y ! s’impatienta Yalson en devisageant les autres.
Aviger haussa les epaules.
— Si mon anti-g s’avere insuffisant, avec toutes les saletes que je transporte…, commenca le drone dont la voix etait assourdie par le paquet juche sur sa partie superieure.
— Si jamais tu laisses tomber quoi que ce soit dans la cage, je t’avertis que tu prendras le meme chemin, tas de ferraille, menaca Horza. Et maintenant, garde ton energie pour la descente, au lieu de bavasser. Tu me suivras en restant a cinq ou six metres en arriere. Yalson, tu veux rester ici jusqu’a ce qu’on ait ouvert les portes ? (L’interpellee acquiesca.) Vous autres, descendez a la suite du drone. Ne vous collez pas les uns aux autres, mais ne vous perdez pas non plus de vue. Wubslin, tu restes au meme niveau que la machine et tu te tiens pret a balancer les grenades defensives. (Sur ces mots, Horza tendit la main a Balveda.) Madame, si vous voulez bien vous donner la peine…
Il l’enlaca ; le dos tourne au Metamorphe, elle placa ses pieds sur ses bottes. Alors celui-ci se laissa tomber dans le puits et tous deux descendirent dans la nuit noire de ses profondeurs.
— Rendez-vous au fond, lanca Neisin dans les haut-parleurs des casques.
— Ce n’est pas au fond que nous allons, Neisin, soupira Horza en deplacant quelque peu son bras autour de la taille de Balveda, mais au niveau du Complexe principal. Tu nous y retrouves.
— Ouais, bon… Enfin bref.
La descente en anti-g s’accomplit sans incident et, cinq kilometres plus bas, Horza ouvrit de force les portes qui donnaient sur le complexe.
Balveda et lui ne s’etaient parle qu’une seule fois pendant le trajet, une minute environ apres le depart :
— Horza ?
— Quoi ?
— Si ca se met a tirer, la en bas… S’il arrive quoi que ce soit et que tu sois oblige de… de me laisser tomber…
— Ou veux-tu en venir ?
— Je prefere que tu me tues. Je ne plaisante pas. Tire-moi dessus. Tout plutot que de tomber indefiniment.
— Rien ne saurait me faire plus plaisir, l’assura-t-il apres un instant de reflexion.
Dans un silence de pierre glacial, ils continuerent a tomber dans la gorge noire du tunnel, enlaces comme deux amants.
— Et merde ! jura Horza a voix basse.
Wubslin et lui se tenaient dans une piece adjacente a la vaste salle voutee qui constituait la station 4. Les autres attendaient a l’exterieur. Les projecteurs de leurs combinaisons eclairaient un espace bourre de commutateurs electriques ; les murs etaient couverts d’ecrans et de leviers de commande. D’epais cables serpentaient au plafond ainsi que sur les parois ; au sol, un dallage metallique dissimulait des gaines elles aussi emplies de materiel electrique.
Une odeur de brule planait dans la piece. Une longue trainee de suie courait sur le mur au-dessus d’un nid de cables carbonises ou fondus.
Ils avaient detecte l’odeur depuis les tunnels reliant les puits a la station. Lorsqu’elle parvint a ses narines, Horza sentit la bile lui remonter dans la gorge : tres faible, elle n’aurait pas retourne le plus sensible des estomacs, mais Horza, lui, savait ce qu’elle signifiait.
— Tu crois qu’on saura reparer ? s’enquit Wubslin.
— Probablement pas, repondit-il en secouant la tete. Ca s’est deja produit lors de mon sejour, au cours d’une inspection annuelle. On n’avait pas effectue les montees en puissance dans le bon ordre, et c’est le meme troncon de cable qui avait lache. S’ils ont fait la meme erreur que nous ce jour-la, il y aura d’autres degats en aval, aux niveaux inferieurs. Ca nous avait pris des semaines pour tout remettre en etat. (Il secoua a nouveau la tete.) Quelle tuile !
— Moi, je les trouve drolement malins, ces Idirans, d’en avoir compris autant, declara Wubslin en ouvrant sa visiere afin de passer la main a l’interieur et de se gratter maladroitement la tete. Je veux dire, c’est deja pas mal d’etre arrive jusque-la.
— En effet, rencherit Horza en expediant un coup de pied dans un volumineux transformateur. Trop malins, meme.
Ils opererent une fouille rapide du complexe de la gare, puis se regrouperent a nouveau dans la caverne principale, autour du detecteur de masse improvise que Wubslin avait preleve sur la
L’ecran en question s’eclaira. Wubslin manipula les controles, et l’hologramme finit par afficher le schema d’une sphere pourvue de trois axes vus en perspective.
— Ca, ca represente environ quatre kilometres, annonca l’ingenieur qui semblait s’adresser davantage a l’engin qu’a ses compagnons. Essayons huit.
Il effleura a nouveau les touches de commande et, sur le dessin, les lignes se dedoublerent. Une tres faible tache lumineuse se mit a clignoter a la limite du diagramme.
— C’est lui ? interrogea Dorolow. C’est la qu’il est ?
— Non, repondit Wubslin en se remettant a tripoter les boutons afin que la tache lumineuse se precise. Pas assez dense.
Wubslin doubla une nouvelle fois la portee de l’appareil, mais seule demeura visible la meme trace unique, qui paraissait comme enfouie dans une brume.
Horza regarda autour de lui en essayant de s’orienter par rapport au topogramme de l’ecran.
— Est-ce que ton truc se laisserait berner par une pile a uranium ?
Oh, certainement, acquiesca Wubslin. Avec l’energie qu’il emet, n’importe quelle radiation constituerait une legere perturbation. C’est d’ailleurs pour ca qu’il a une portee maximale d’environ trente kilometres. Avec tout ce granite… Ouais, s’il y a un reacteur dans les parages, meme un vieux, il se manifestera surement quand les ondes
