une petite saillie signalant l’encadrement d’une porte antisouffle, plus bas dans le souterrain.
La ou s’etait embusquee leur cible, gisait a present sur le sol de roche sombre une jonchee de fragments refroidis, mais encore vaguement rougeoyants, arraches a la paroi par l’incandescence jaune vif des salves laser. Par le truchement du viseur a infrarouge de son casque, Horza distingua une serie d’ondulations mouvantes : chauds, la fumee et les gaz s’elevaient de la zone endommagee et roulaient en silence sous le plafond du tunnel.
— Yalson, viens par ici ! fit-il. (Yalson roula plusieurs fois sur elle-meme jusqu’a heurter le mur juste derriere lui. Puis elle se releva vivement et s’aplatit a son cote.) Je crois qu’on l’a eu, emit Horza.
Toujours agenouille au bord du trou, Neisin risqua un ?il derriere la cloison ; son fusil-mitrailleur a microprojectiles continuait de pointer ici et la, comme s’il redoutait une nouvelle attaque au niveau des parois du tunnel.
Horza se mit a avancer, le dos toujours colle au mur. Il atteignit le rebord de la porte antisouffle. Epaisse d’un bon metre, elle etait pour la plus grande partie logee dans le renfoncement, mais depassait tout de meme de quelque cinquante centimetres. Il jeta un nouveau regard dans le tunnel. La cible rougeoyait encore, charbons ardents eparpilles sur le sol rocheux. La vague de fumee noire et brulante passa au-dessus de sa tete et remonta vers l’orifice en ondoyant lentement. Horza se retourna et vit que Yalson le suivait.
— Reste ou tu es, lui intima-t-il.
Il longea la paroi jusqu’a la premiere cage d’ascenseur. A en juger par les crateres et entailles groupes autour de ses portes enfoncees et beantes, c’etait sur le troisieme et dernier d’entre eux qu’ils s’etaient acharnes. Horza apercut un fusil laser long de cinquante centimetres au milieu du tunnel. Il detacha sa tete de la paroi et regarda devant lui en froncant les sourcils.
A l’extreme bord de la cage d’ascenseur, entre les deux portes balafrees et criblees de trous, au milieu d’une maree de debris qui luisaient faiblement, Horza croyait bien discerner deux mains gantees aux doigts courtauds ; la plus proche du Metamorphe avait perdu un doigt. Pas d’erreur, c’etaient bien des mains. On aurait dit que quelqu’un etait suspendu par le bout des doigts a l’interieur de la cage d’ascenseur. Il regla le faisceau de son communicateur et l’orienta tout droit dans cette direction.
— Vous m’entendez ? fit-il en idiran. Medjel ? Le medjel qui se trouve dans la cage d’ascenseur ? Vous m’entendez ? Presentez-vous immediatement au rapport.
Les mains ne bougerent pas. Il se rapprocha encore.
— Qu’est-ce que c’etait que ca ? fit la voix de Wubslin dans ses haut-parleurs.
— Une minute, repondit Horza.
Il fit encore quelques pas, pret a tirer. Une des mains remua legerement, comme pour raffermir sa prise sur le rebord. Horza sentit son c?ur battre a grands coups. Il se dirigea vers les hautes portes entrouvertes en ecrasant sous ses pieds les debris encore tiedes. Lorsqu’il fut tout pres, il apercut deux bras pris dans une semi- combinaison, puis la partie superieure d’un casque allonge strie de brulures laser…
Il entendit alors un feulement rauque de medjel qui s’apprete a charger sur le champ de bataille, puis une troisieme main – il savait que c’etait en realite un pied, mais cela ressemblait a une main et cela tenait un petit pistolet – surgit subitement de la cage d’ascenseur au moment meme ou la tete emergeait ; le medjel avait les yeux rives sur lui. Il feinta, et aussitot le pistolet crepita. La decharge de plasma le manqua de quelques centimetres.
Horza riposta instantanement tout en plongeant de cote. Il y eut une explosion de flammes qui se repandit tout autour du puits et gagna les mains gantees. Un cri percant s’eleva, et les mains disparurent. Un bref eclair illumina l’interieur de la cage. Horza se rua en avant, passa la tete entre les portes et regarda vers le bas.
La silhouette indistincte du medjel en chute libre etait encore eclairee par les flammes crachotantes qui devoraient les gants de sa combinaison. Bizarrement, il tenait toujours le pistolet a plasma ; dans sa chute, sans cesser de crier, le medjel fit feu. Le crepitement et les eclairs accompagnant la salve paraissaient de plus en plus lointains a mesure que la creature tournoyante s’enfoncait pele-mele dans les tenebres, ses six membres eployes.
— Horza ! s’ecria Yalson. Ca va ? Mais qu’est-ce que c’etait, bon sang ?
— Tout va bien, repondit-il.
Le medjel n’etait plus qu’une minuscule forme gigotante dans la nuit verticale des profondeurs du puits. Ses cris resonnaient toujours, et les etincelles microscopiques emises aussi bien par ses mains en feu que par son petit pistolet a plasma continuaient de fuser. Horza se detourna. Une serie de coups sourds marquaient les heurts successifs de la creature contre les parois de la cage d’ascenseur.
— Qu’est-ce que c’est que ce bruit ? interrogea Dorolow.
— Le medjel n’etait pas mort. Il m’a tire dessus, mais je l’ai eu. (Horza s’eloigna des portes de l’ascenseur.) Il tombe… Il est encore en train de tomber dans le puits.
— Merde ! souffla Neisin sans cesser d’ecouter les cris de plus en plus affaiblis qui resonnaient dans la cage. Et c’est tres profond ?
— Dix kilometres, en admettant qu’aucune porte antisouffle ne soit fermee, l’informa Horza.
Il examina les commandes exterieures des deux autres ascenseurs, ainsi que l’entree de la capsule de transit. Le tout etait a peu pres intact. Les portes du transtube etaient ouvertes. Or, un peu plus tot Horza les avait trouvees fermees en inspectant le secteur.
Yalson remit son arme a l’epaule et vint rejoindre Horza.
— Allez, dit-elle. Au boulot.
— Ouais, rencherit Neisin. Apres tout, ils ne sont pas si forts que ca. On en a deja descendu un !
— Il est meme
Horza fit le compte des degats qu’avait subis sa combinaison pendant que les autres s’avancaient tour a tour dans le tunnel. Une brulure a la cuisse droite, sur un millimetre de profondeur et deux ou trois doigts de large. Sauf au cas peu probable ou un autre tir l’atteindrait exactement au meme endroit, la combinaison n’en souffrirait pas beaucoup.
— Si vous voulez mon avis, ca commence bien, marmotta le drone, qui fermait la marche.
Horza regagna les grandes portes toutes cabossees et criblees de trous et jeta un dernier regard dans la cage d’ascenseur. En reglant au maximum le grossissement de sa visiere, il arrivait tout juste a distinguer un infime flamboiement, tres loin sous ses pieds. Les micros externes de sa combinaison captaient un leger son, mais si distant et tellement mele d’echos qu’on aurait dit le gemissement du vent soufflant a travers une palissade.
Ils s’assemblerent devant les portes ouvertes d’une autre cage d’ascenseur, deux fois plus hautes que n’importe lequel d’entre eux ; a cote d’elles, ils avaient l’impression d’etre redevenus des enfants. Horza les avait ouvertes afin d’explorer minutieusement ce qu’elles recelaient en se laissant doucement tomber dans le puits, porte par l’anti-g de sa combinaison, avant de remonter a la surface. Il n’avait rien remarque d’anormal.
Je passe le premier, dit-il aux autres. Si on rencontre un probleme, lancez quelques grenades defensives et remontez. On va descendre au niveau du complexe principal, c’est-a-dire a cinq kilometres sous terre. Une fois passe ces portes, on se retrouvera plus ou moins dans la station 4. De la, on pourra retablir l’alimentation, chose que les Idirans n’ont pas reussi a faire. Apres, on aura un moyen de transport : les capsules de transtube.
— Et les trains ? demanda Wubslin.
— Les transtubes sont plus rapides, commenta Horza. Mais on sera peut-etre obliges d’en faire demarrer un si on capture le Mental ; tout depend de son volume. Par ailleurs, a moins qu’on les ait deplaces depuis mon dernier passage, les trains les plus proches se trouvent dans les stations 2 ou 6. Mais il existe au niveau de la station 1 un tunnel en colimacon par lequel on pourrait faire remonter un des trains.
— Et le transtube qui remonte jusqu’a ce niveau-ci ? s’enquit Yalson. Si c’est par la que ce medjel s’est pointe a l’improviste, qu’est-ce qui empeche les autres de prendre le meme chemin ?
— Rien, repondit Horza en haussant les epaules. Je ne veux pas faire fondre ces portes en position fermee, au cas ou on remonterait par la une fois le Mental capture ; mais de toute facon, en admettant qu’un medjel emprunte ce puits, qu’est-ce que ca peut faire ? Ca en fera toujours un de moins a nous embeter en bas. Et puis on peut laisser quelqu’un ici jusqu’a ce que nous soyons tous arrives en bas sains et saufs ; a la suite de quoi, ce quelqu’un viendrait nous rejoindre. Mais je ne crois pas qu’un deuxieme medjel suive d’aussi pres le premier.
— Oui, celui-la, vous n’avez pas pu lui expliquer que vous combattiez du meme cote que lui, fit le drone sur un ton de defi.
Horza s’accroupit pour regarder le drone, invisible d’en haut a cause du paquet de materiel qu’il
