Closp.
— Oui.
— Et qu’est-ce que tu fais du vaisseau ? demanda Neisin.
— Il n’a pas besoin de nous. Je vais programmer ses automatismes de maniere qu’il nous reconnaisse
— Et elle, tu vas l’emmener ? fit Yalson en indiquant d’un mouvement de tete Balveda assise en face d’elle, de l’autre cote de la table.
Horza se tourna vers la femme de la Culture.
— Je tiens a l’avoir constamment a l’?il, repondit-il. Je ne serais pas tranquille en la laissant ici, meme sous bonne garde.
— Je ne vois toujours pas pourquoi
— Parce que toi non plus, je ne peux pas te laisser ici ; je n’aurais pas confiance. D’autre part, j’ai des choses a te faire transporter.
— Pardon ? lanca le drone furibond.
— Il me semble que tu n’es pas tout a fait honnete avec nous dans cette histoire, Horza, enonca Aviger en secouant la tete d’un air attriste. Tu dis que les Idirans et les medjels… Enfin, que tu es de leur cote, quoi. La- dessus on apprend qu’ils ont deja tue quatre des tiens au moins, et tu dis qu’ils se promenent quelque part dans les tunnels… Sans compter qu’ils passent pour avoir la meilleure infanterie de la galaxie, ou presque. Et tu voudrais nous envoyer,
— Avant toute chose, repondit Horza en soupirant, laissez-moi vous dire qu’en effet je suis de leur cote. Nous poursuivons le meme but, eux et moi. Deuxiemement, je ne crois pas qu’ils aient beaucoup d’armes idiranes, sinon ce medjel en aurait porte une. Ils ne disposent sans doute que des armes prises aux Metamorphes. Je crois aussi, si je me fie a la combinaison de ce medjel… (il designa l’appareil en forme de treillis qui reposait sur la table et que Wubslin et lui examinaient depuis que Horza l’avait ramene a bord) que leur materiel est en grande partie hors d’usage. Sur cette combi, seuls fonctionnent les projecteurs et les dispositifs thermiques. Tout le reste a fondu. A mon avis, ca s’est passe au moment ou ils ont franchi la Barriere de la Serenite. Ils ont tous ete atteints a
— Moi, ca me parait au contraire tres probable, sachant qu’ils n’auront plus de communicateurs a leur disposition, intervint Balveda. Tu ne pourras jamais t’approcher suffisamment d’eux pour leur faire passer ton message. Et meme en supposant l’inverse, comment pourraient-ils s’assurer que tu es bien celui que tu pretends etre ? Si nous avons reellement affaire aux Idirans que tu soupconnes, ils ont debarque ici juste apres l’irruption du Mental ; ils ne connaitront meme pas ton existence. (L’agent de la Culture embrassa l’assistance du regard.) Votre commandant d’adoption vous conduit a une mort certaine.
— Balveda, dit Horza. Je te fais une faveur en te tenant au courant de mes projets, alors, s’il te plait, ne me mets pas en colere.
La jeune femme haussa les sourcils mais ne repliqua pas.
— Comment peux-tu etre sur que ce sont bien les memes qui sont arrives ici dans cet animal bizarre ? interrogea Neisin en posant sur Horza un regard charge de soupcon.
— Ce ne peut etre qu’eux, retorqua ce dernier. Ils ont eu une chance incroyable en survivant a l’offensive du Dra’Azon ; meme les Idirans ne se risqueraient pas a expedier des troupes fraiches apres avoir vu ce que ceux-ci ont subi.
— Mais cela signifie qu’ils sont la depuis des mois, coupa Dorolow. Comment pouvons-nous esperer trouver quoi que ce soit s’ils ont des mois d’avance sur nous et qu’ils n’ont toujours rien decouvert ?
— Qui te dit que c’est le cas ? repliqua Horza en ecartant les bras et en souriant a la jeune femme, une nuance sarcastique dans la voix. Mais si tu as raison, c’est sans doute parce qu’ils n’ont pas de materiel en etat de marche. Ils ont certainement ete contraints de passer le Complexe au peigne fin.
« D’autre part, si cet animal gauchisseur a subi autant de degats que je l’ai entendu dire, ils ne pouvaient probablement plus le controler tres efficacement. Je suppose qu’ils se sont ecrases a l’atterrissage a plusieurs centaines de kilometres d’ici, et qu’ils ont du faire tout le chemin en se trainant dans la neige. Auquel cas ils ne sont peut-etre la que depuis quelques jours seulement.
— Je n’arrive pas a croire que le dieu ait laisse faire une chose pareille, emit Dorolow en secouant la tete, les yeux rives a la surface de la table. Il y a quelque chose d’autre la-dessous. Je l’ai senti ; j’ai senti son pouvoir et… et sa bonte quand nous avons franchi la Barriere. Et cette chose-la n’aurait pas laisse ces pauvres gens se faire massacrer comme ca.
Horza leva les yeux au ciel.
— Dorolow, commenca-t-il en se penchant en avant et en prenant appui sur ses poings cales contre la table. C’est tout juste si les Dra’Azon ont conscience de la guerre qui se livre autour d’eux. Ils se soucient fort peu des individus, en fait. Ils se rendent compte que la mort et la degenerescence existent, mais ils ne savent pas ce que c’est que l’espoir ou la foi. Tant que les Idirans – ou nous-memes – ne font pas sauter le Complexe, voire la planete entiere, ils ne se preoccupent pas le moins du monde du sort de chacun.
Muette mais peu convaincue, Dorolow se renfonca dans son siege. Horza se redressa. Ses paroles sonnaient bien ; il avait la sensation que les mercenaires le suivraient, mais au trefonds de lui-meme, sous la source des mots, il se sentait aussi insensible, aussi mort que la plaine tapissee de neige qui s’etendait au- dehors.
Il etait retourne dans les tunnels en compagnie de Wubslin et Neisin. Tous trois avaient fouille le secteur habitation et trouve d’autres signes du passage des Idirans. Apparemment, un tres petit detachement – un ou deux Idirans et quelque chose comme une demi-douzaine de medjels – etait reste cantonne quelque temps dans la base Metamorphe dont ils s’etaient empares.
Ils avaient manifestement emporte avec eux une grande quantite de rations de secours sous forme d’aliments deshydrates, ainsi que les deux fusils-laser et les quelques pistolets de petit calibre auxquels avait droit la base, sans compter les appareils de communication portables trouves dans l’entrepot.
Horza avait recouvert les Metamorphes defunts a l’aide de feuilles de materiau reflecteur trouvees dans la base, et preleve la semi-combinaison du medjel mort. Ils avaient aussi examine l’aero pour voir s’il etait encore en etat de marche. Mais ils furent decus : il lui manquait des morceaux de micropile, et le reste avait ete gravement endommage par son demontage. Comme presque tous les autres appareils de la base, il n’etait plus alimente. Une fois de retour a bord de la
Pendant tout ce temps, quand il ne se tracassait pas pour leurs chances de succes et les choix qui s’offraient a eux, chaque fois qu’il cessait de se concentrer sur ce qu’il avait sous les yeux ou ce qui etait cense l’absorber entierement, il revoyait un certain visage durci et fige par le froid, dispose a angle droit par rapport au corps, les sourcils franges de givre.
Il s’efforcait de ne plus penser a elle. C’etait inutile ; il ne pouvait rien y faire. Il devait aller de l’avant, aller jusqu’au bout de ce qu’il avait entrepris ; maintenant, il avait encore plus de raisons pour cela.
Il avait longtemps reflechi a ce qu’il fallait faire des autres passagers de la
Balveda posait probleme ; meme en la laissant sous la garde de l’equipage entier, il ne serait pas parti tranquille ; d’autre part, c’etait a son cote qu’il voulait voir les meilleurs combattants, et non immobilises a bord du vaisseau. Ce probleme, il aurait pu s’en dispenser en supprimant l’agent de la Culture ; seulement, les autres s’etaient accoutumes a sa presence, ils en etaient venus a l’apprecier un tout petit peu trop. S’il la tuait, il les perdait.
— Pour ma part, je trouve parfaitement insense de descendre dans ces tunnels, commenta Unaha-Closp. Pourquoi ne pas simplement attendre ici que les idirans reapparaissent, avec ou sans ce precieux Mental ?
— D’abord, repondit Horza en surveillant les visages qui l’entouraient au cas ou certains donneraient des signes d’assentiment, s’ils ne le trouvent pas, ils ne reapparaitront jamais ; ces gens sont des Idirans, je vous le
