poserent sur le Monde de Schar.

Horza contempla, droit devant lui, l’entree du tunnel. On aurait dit un ?il noir et profond qui lui rendait son regard.

Le vacarme des moteurs s’eteignit ; la vapeur se dissipa. La neige chassee du sol retomba, et de nouveaux flocons se formerent tandis que l’eau en suspension dans l’air se transformait a nouveau en glace. La TAC se mit a cliqueter et craquer de toutes parts a mesure qu’elle perdait la chaleur produite aussi bien par le frottement, pendant son entree dans l’atmosphere, que par ses propres propulseurs a plasma. L’eau gargouillait en se muant en boue sur le sol decape de la plaine.

Horza bascula le laser de proue en position « attente ». On ne decelait ni mouvement ni signe d’aucune sorte au niveau du tunnel d’entree. La vue etait a present parfaitement degagee ; l’air ne contenait plus ni neige ni vapeur. C’etait une belle journee, ensoleillee et sans vent.

— Eh bien, nous y voila, fit Horza qui se sentit aussitot un peu bete.

Yalson hocha la tete sans quitter l’ecran des yeux.

— Eh oui ! acquiesca Wubslin en faisant le tour de ses ecrans. Les pieds se sont enfonces d’environ un demi-metre. Il ne faudra pas oublier de faire tourner un petit moment les moteurs avant de redecoller, quand on voudra partir. D’ici une demi-heure, ils seront completement geles.

— Hmm…, fit Horza.

Sur l’ecran, rien ne bougeait. Pas de nuages dans le ciel bleu clair, pas de vent pour chasser la neige. Le soleil n’etait pas assez chaud pour faire fondre la glace et la neige, si bien qu’il n’y avait pas d’eau vive, pas meme une avalanche dans les lointaines montagnes.

A l’exception des mers (qui renfermaient encore des poissons, mais ou les mammiferes n’etaient desormais plus representes), les seuls objets mouvants du Monde de Schar etaient ses minuscules insectes – repartis en plusieurs centaines d’especes differentes –, les lichens a propagation lente qu’on trouvait sur les rochers, a proximite de l’equateur, et, pour finir, les glaciers. La guerre entre humanoides ou la nouvelle ere glaciaire avaient eradique tout le reste.

Horza tenta encore une fois d’emettre son message code. Toujours pas de reponse.

— Bon, fit-il en se levant de son siege. Je vais faire un tour dehors, histoire de jeter un coup d’?il. (Wubslin opina. Horza se tourna vers Yalson.) Je te trouve bien silencieuse.

Elle ne se retourna pas. Elle contemplait sur l’ecran l’?il sans paupiere qu’evoquait l’entree du tunnel.

— Fais attention, dit-elle en le regardant enfin. Fais tres attention, d’accord ?

Il lui sourit, ramassa par terre le fusil-laser de Kraiklyn, puis partit en direction du mess.

— On est poses, fit-il au moment de franchir le seuil.

— Tu vois ? dit Dorolow a Aviger.

Neisin porta sa fiasque a ses levres et but. Balveda adressa un sourire sans joie au Metamorphe comme celui-ci passait d’une porte a l’autre. Unaha-Closp resista a la tentation de dire quelque chose et se degagea en se tortillant des sangles qui le retenaient contre le siege.

Horza descendit dans le hangar. Il se sentait leger : ils etaient passes en gravite ambiante au moment de franchir les montagnes, et le Monde de Schar exercait une attraction inferieure au g standard en vigueur a bord de la TAC. Horza emprunta la plate-forme mobile du hangar et atterrit sur le marecage en cours de refroidissement qui entourait l’appareil ; il sentit sur ses joues une brise piquante toute fraiche et toute propre.

— J’espere que ca va bien se passer, dit Wubslin a Yalson.

Tous deux regardaient la petite silhouette de Horza se diriger en pataugeant dans la neige vers le promontoire rocheux qui se profilait devant eux. La jeune femme ne repondit pas et continua a fixer l’ecran sans ciller. La silhouette s’immobilisa, effleura son poignet, puis s’eleva dans les airs et se mit a survoler lentement la neige.

— Ah oui ! lanca Wubslin avec un petit rire. J’avais oublie qu’ici on peut se servir des anti-g. On est restes trop longtemps sur cette fichue Orb’.

— Ca ne servira pas a grand-chose dans ces maudits tunnels, marmonna Yalson.

Horza se posa juste a cote de l’entree. Grace aux mesures prises pendant qu’il etait encore dans les airs, il savait que le champ de fermeture du tunnel etait desactive. En temps normal, il protegeait ce dernier contre la neige et les vents glaces. Mais ce jour-la, pas de champ. Horza vit qu’une petite congere deployee en eventail s’etait formee a l’interieur du tunnel. Il y regnait un froid inhabituel et cet ?il insondable et noir lui faisait plutot l’effet d’une gueule enorme, maintenant qu’il se trouvait tout pres.

Il se retourna pour regarder la TAC, dressee a quelque deux cents metres de la comme une anomalie metallique et brillante surgissant d’une dechirure brune dans un paysage par ailleurs uniformement blanc.

— Je me prepare a entrer, enonca-t-il a l’intention des occupants du vaisseau en pointant sur eux un faisceau etroit au lieu d’emettre normalement.

— O.K., repondit la voix de Wubslin a son oreille.

— Tu ne veux pas que quelqu’un vienne te couvrir ? demanda Yalson.

— Non.

Il penetra dans le tunnel en se collant a la paroi. Dans le premier entrepot qu’il rencontra se trouvaient des traineaux, du materiel de sauvetage, d’observation et de signalisation. Le tout correspondait tres bien a son souvenir.

Le deuxieme hangar, qui aurait du contenir l’aero, etait vide. Il poussa jusqu’au suivant : encore du materiel. Il avait parcouru une quarantaine de metres a l’interieur du tunnel ; il lui en restait une dizaine a couvrir avant le virage a angle droit qui conduisait a la galerie, plus vaste et divisee en segments, d’ou partaient les quartiers d’habitation de la base.

En se retournant, il retrouva l’oree du tunnel qui, cette fois, lui apparut sous la forme d’un trou blanc. Il regla le faisceau etroit sur son aperture maximale.

— Toujours rien. Je vais aller jeter un coup d’?il aux quartiers d’habitation. Envoyez un bip pour toute reponse.

Un bip resonna dans son casque.

Avant de tourner a l’angle du tunnel, il detacha du cote de son casque le telecapteur de sa combinaison et en passa la petite lentille au coin du pan de mur sculpte. Sur un ecran integre, il vit s’afficher une image representant un court tunnel, l’aero pose sur le sol et, quelques metres derriere l’appareil, la cloison revetue de plastique qui barrait le tunnel d’un bord a l’autre et marquait le commencement des quartiers d’habitation de la base Metamorphe.

A cote du petit aero gisaient quatre corps.

Quatre corps inertes.

Horza sentit sa gorge se serrer. Il deglutit avec peine, puis replaca le telecapteur sur sa tempe et s’avanca sur le sol de lave en direction des cadavres.

Deux d’entre eux portaient des combinaisons legeres, sans blindage d’aucune sorte. Meconnaissables. Le premier avait ete laserise : sa combinaison s’etait ouverte sous l’impact brulant du rayon ; le plastique et le metal fondus s’etaient melanges a sa chair et a ses entrailles. Le trou avait cinquante centimetres de diametre. L’autre n’avait plus de tete. Ses bras se tendaient avec raideur devant lui, comme pour enlacer quelque chose.

Le troisieme portait des vetements legers et amples. Son crane avait ete defonce par l’arriere, et l’un de ses bras au moins etait fracture. Il gisait sur le flanc, tout aussi raide de froid et tout aussi mort que les autres. Horza connaissait son nom, mais n’arrivait pas a se le rappeler pour l’instant.

Kierachell avait du etre surprise dans son sommeil. Son corps elance etait couche bien droit dans sa chemise de nuit bleue ; ses paupieres etaient closes, son expression paisible.

Elle avait la nuque brisee.

Horza la contempla un moment, puis enleva un de ses gants et se courba. Il y avait du givre sur les cils de la jeune femme. Il sentit sur sa propre peau, a hauteur d’avant-bras, la morsure du cerclage sur la face interne de sa combinaison, puis celle de l’air glace entrant brusquement en contact avec sa main.

La peau de Kierachell etait durcie, mais sa chevelure avait conserve toute sa souplesse ; il la fit couler entre ses doigts. Elle etait plus rousse que dans son souvenir, mais ce n’etait peut-etre qu’une illusion due a sa visiere, qui avait tendance a intensifier la mediocre lumiere regnant dans le tunnel. Peut-etre fallait-il qu’il enleve son

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