casque, afin de mieux la voir, et aussi qu’il allume ses lampes…
Mais il secoua la tete et se detourna.
Puis il ouvrit la porte donnant sur les quartiers d’habitation, mais avec prudence et seulement apres avoir prete l’oreille pour essayer de surprendre un bruit de l’autre cote de la cloison.
Dans la vaste salle voutee ou les Metamorphes entreposaient naguere leurs vetements de plein air, leurs combinaisons et leur petit materiel, rien ou presque ne trahissait l’attaque. Mais en s’enfoncant plus loin dans la zone residentielle, Horza trouva des traces de lutte : du sang seche, des brulures-laser… Dans la salle de controle, d’ou l’on commandait toutes les installations de la base, s’etait produite une deflagration. Apparemment, une grenade de faible puissance avait explose sous le panneau de commandes. Ce qui expliquait l’absence de chauffage, ainsi que l’eclairage auxiliaire. On aurait dit que quelqu’un s’etait efforce de reparer les degats, a en juger par les outils, les pieces detachees et les fils electriques qui trainaient un peu partout.
Dans deux des cabines, il trouva des signes d’occupation par les Idirans. Les chambres avaient ete depouillees de tout leur mobilier, tous leurs ornements ; des symboles religieux y etaient inscrits au lance-flammes sur les murs. Dans une autre piece, le sol avait ete tapisse d’une espece de gelatine epaisse et seche portant six longues marques ; il y planait une odeur de medjel. Dans la chambre de Kierachell, seul le lit montrait des signes de desordre. Le reste etait intact.
En sortant, il se dirigea vers le fond de l’unite habitation, ou une nouvelle cloison en lamelles de plastique signalait la limite des tunnels.
Il ouvrit precautionneusement la porte.
Un medjel mort gisait juste derriere ; son long corps gisant dans l’alignement du tunnel semblait pointer dans la direction des puits de descente. Horza le contempla un moment, laissa ses instruments analyser le cadavre (oui, il etait bien mort, et completement gele), puis le poussa plusieurs fois du pied et finit par lui expedier une decharge dans la tete, pour etre certain de ne pas se tromper.
Le corps arborait l’uniforme standard des troupes aeriennes et terrestres, et sa blessure – spectaculaire – n’etait pas recente. La creature avait manifestement souffert du froid avant que sa blessure n’ait finalement raison d’elle ; puis son cadavre s’etait congele. C’etait un male grisonnant. L’age avait confere l’aspect du cuir a sa peau brun-verdatre ; son long museau et ses mains delicates etaient creuses de profonds sillons.
Horza releva les yeux et regarda dans le tunnel.
Sol lisse de roc fondu, murs arrondis egalement lisses, il s’enfoncait dans le flanc de la montagne. Des portes a l’epreuve du souffle nucleaire en nervuraient les parois ; leurs rails et logements etaient comme incrustes dans le sol et le plafond. Il repera au loin les portes des puits d’ascenseur, ainsi que les points d’acces aux capsules de servitube. Il se mit en marche, longea les series de portes antisouffle puis atteignit enfin les puits. Les ascenseurs etaient tous en bas et le transtube verrouille. Aucune source d’energie ne semblait alimenter les installations presentes. Il fit demi-tour et revint vers les quartiers d’habitation, qu’il retraversa en sens inverse ; il depassa les cadavres et l’aero sans leur accorder un regard et deboucha enfin au grand air.
Il s’assit dans la neige a l’entree du tunnel, le dos cale contre le roc. Les autres l’apercurent depuis la
— Horza ! Ca va ?
— Non, fit-il en eteignant son fusil-laser. Non, ca ne va pas tres bien.
— Pourquoi ? fit promptement Yalson.
Horza ota son casque et le posa par terre a cote de lui, dans la neige. L’air glace chassa toute chaleur de son visage, et il dut respirer a fond pour tirer le maximum de l’atmosphere rarefiee de la planete.
— La mort est ici, lanca-t-il au ciel sans nuages.
10. Le Complexe de Commandement : batholithe
— Ca s’appelle un batholithe : une eruption granitique qui s’est soulevee comme une bulle de matiere en fusion pour penetrer dans les roches sedimentaires et metamorphiques qui se trouvaient deja la il y a cent millions d’annees.
« Il y a de cela onze mille ans, les autochtones y ont edifie le Complexe de Commandement dans l’espoir que ces roches les protegeraient d’eventuels missiles a fusion nucleaire evoluant en surface.
« Ils construisirent neuf gares et huit trains. L’idee etait d’installer les politiciens et les chefs militaires dans un train et leurs bras droits respectifs dans un autre ; en temps de guerre, on ferait circuler les trains dans tous les sens a travers les tunnels du Complexe, avec des arrets en gare destines a les mettre en contact – via des canaux de communications durcis – avec les sites de radio-transmissions situes en surface, a la verticale de la station ou dissemines dans l’Etat tout entier, afin qu’ils puissent diriger la guerre. L’ennemi aurait eu, de toute facon, beaucoup de mal a percer pareille couche de granite ; quant a toucher une cible aussi petite qu’une station – toutes proportions gardees –, il ne fallait meme pas y penser ; d’autre part, comment savoir si elle abritait bien un train, et si ce dernier transportait bien des passagers ? Sans compter qu’il aurait fallu faire sauter l’autre train, celui qui lui etait associe.
« Ce fut la guerre bacteriologique qui eut finalement raison d’eux ; par la suite – il y a au moins dix mille ans de cela –, les Dra’Azon ont debarque, evacue l’air contenu dans les tunnels pour le remplacer par un gaz inerte. Il y a sept mille ans, une nouvelle ere glaciaire a commence ; et quelque quatre mille ans plus tard, il s’est mis a faire si froid que M. Maitre-a-bord a pompe cet argon et laisse a nouveau penetrer dans les tunnels l’atmosphere propre de la planete. Celle-ci etait tellement dessechee que, durant ces trois mille annees, rien n’y a rouille.
« Il y a a peu pres trois mille cinq cents ans, les Dra’Azon sont parvenus a un accord avec la plupart des Federations Galactiques rivales : les vaisseaux en detresse seraient autorises a franchir les Barrieres de la Serenite. Les especes politiquement neutres et relativement inoffensives auraient le droit d’etablir des bases restreintes sur la plupart des Planetes des Morts, pour venir en aide a ceux qui en avaient besoin et, je presume, pour satisfaire les gens desireux de savoir a quoi ressemblaient ces planetes ; ce qui est sur, c’est que sur le Monde de Schar, M. Maitre-a-bord nous laissait tous les ans examiner minutieusement le Complexe et qu’il fermait les yeux quand nous y descendions clandestinement. Neanmoins, personne n’a jamais reussi a en ramener des releves qui ne soient pas brouilles, quelle que soit leur nature.
« L’entree devant laquelle nous nous trouvons actuellement se situe ici, a la racine de la peninsule, au- dessus de la station 4 ; il s’agit d’une des trois stations principales – les autres etant la 2 et la 7 –, et on y trouve des ateliers d’entretien et de reparation. Pas de trains stationnes dans les gares 4, 3 et 5. Il y en a en revanche deux stationnes dans la station 1, deux dans la 7 et un dans chacune des autres. Du moins, c’est ainsi qu’ils devraient etre repartis ; les Idirans ont pu les deplacer, mais j’en doute.
« Les gares sont distantes de vingt-cinq a trente-cinq kilometres et reliees par des tunnels jumeaux qui ne se rejoignent qu’au niveau des arrets. Le Complexe dans son ensemble se trouve a quelque cinq kilometres sous terre.
« Nous allons emporter des lasers… plus un paralyseur neural, des grenades defensives – mais rien de trop gros. Neisin pourra prendre son fusil a projectiles ; les balles dont il se sert ne contiennent que des explosifs legers. Mais ni canons a plasma ni microbombes atomiques. Dans les tunnels, en plus d’etre dangereuses pour nous elles risqueraient de nous attirer les foudres de M. Maitre-a-bord, et ca, mieux vaut l’eviter, croyez-moi.
« A partir de celui du vaisseau, Wubslin nous a bricole un detecteur de masse anormale portable, ce qui nous permettra de reperer le Mental. Ma combi comporte egalement un detecteur de masse, aussi nous ne devrions pas avoir trop de mal a trouver ce que nous cherchons. Si les Idirans n’ont pas de communicateurs, il faut partir du principe qu’ils utilisent ceux des Metamorphes. Puisque nos transcepteurs couvrent largement leurs frequences, nous pourrons ecouter ce qu’ils se disent, mais eux ne pourront pas nous entendre.
« Voila donc les tunnels. Le Mental se trouve quelque part la-dedans, ainsi sans doute que quelques Idirans et quelques medjels.
Horza se tenait a l’extremite de la table du mess. Sur l’ecran, au-dessus de sa tete, un plan des tunnels se superposait a une carte de la peninsule. Tous avaient les yeux fixes sur le Metamorphe. La semi-combi vide du medjel qu’il avait trouvee a l’interieur gisait au centre de la table.
— Vous voulez qu’on descende
