rien a branler, le Valeureux. Sa rogne accumulee, dorlotee par les evenements, explose et c’est ce rigolo de catcheur qui en fait les frais. Un vrai gorille, le Tombeur du Calvados ! Une bouille a foutre le hoquet a un chirurgien esthetique. Le naze en pied de marmite, of course ! Les etiquettes dodues comme des groins de cochon ! Des arcades comme des entrees de grottes et des jambes en forme de pilotis pour cites lacustres !
— Dis donc, le chimpanze, c’est a moi que tu causes ? gronde Berurier en ramassant, puis en empochant, ses tabourets.
Le catch, Beru, c’est pas son fort. Il deteste les simagrees. Pour lui, c’est toujours le franco qui paie. Il y va au gnon d’autorite. Il entreprend le Tombeur avec un crochet au foie qui filerait la jaunisse a un cabillot. Le crack du Calvados exhale un profond soupir et ses yeux font « Y a bon Banania ». Beru lui place alors un coup de boule dans le portrait, puis un double a la machoire, et le Tombeur tombe comme un arbre sous la cognee. Sa lourde carcasse fait un bruit de ressac. La populace applaudit. Un petit bonhomme jaunatre et mal rase qui rit comme une entaille dans une courge grimpe alors sur le ring et, faisant contre mauvaise fortune bon c?ur, proclame Berurier vainqueur et lui remet la coquette somme de dix nouveaux francs.
— Quelle histoire ! lamente le Dodu en me rejoignant. On les verra toutes, c’t’annee !
— Pas trop de bobo apres ce petit Verdun en miniature ? m’inquiete-je.
— Mon bitos est transforme en passoire, j’ai une estafilade a la main et l’autre truffe m’a fausse mon ratelier, enumere Sa Majeste, mais a part cela, Gars, je suis toujours la. Qu’est-ce que tu penses du coup de la baraque ?
— C’etait superieurement combine. Le mitrailleur a fendu la toile a l’endroit ou le train marque l’arret, en pleine lumiere, il ne lui restait plus qu’a t’attendre et a te flinguer.
— Conclusion : on en veut a ma peau ? resume le Sentencieux.
— On le dirait.
Il se torche l’humidite du regard d’un revers de manche, selon sa belle habitude.
— C’est mauvais signe et ca me file du pressentiment rapport a ma Berthy. Quel turbin ils ont bien pu lui faire subir, a mon petit bouquet de printemps, hein, a ton avis ?
Je m’abstiens de repondre. A quoi bon donner dans le funeste ? Moi aussi je suis inquiet. Du diable si je pige quelque chose a ce galimatias !
— Selon moi, tout est lie a cette histoire d’heritage, murmure-je.
— Je m’en tamponne, de l’heritage, ennoblise le Gros. Ce que je veux c’est qu’on me rende mon brancard, San-A. Sans ma gravosse, je suis en manque.
— T’inquiete pas, Beru, on la retrouvera.
— Je prefererais que nous la retrouvassions vivante, objecte mon ami, c’est comme ca qu’elle me fait le meilleur usage. Certes, elle a ses defauts comme toute une chacune, mais sans elle je me sens drolement faiblard, Mec.
Je tire de ma fouille le portrait de Fraulein Hildegarde.
— Cette fois, on va sonner la charge, Fiston. Nous devons coute que coute retrouver cette fille du diable.
— Comment ? geint le Dodu…
Je reflechis…
— En commencant par le commencement, Beru. Suis-moi !
Il est plein d’espoir. L’action le reconforte comme toutes les natures d’elite.
— Je me relie a ton panache blanc, Henri-quatretise-t-il.
4
LA TOURNEE DES GRANDS-DUCS
Primo, mettre a profit le conseil de Linaussier : c’est-a-dire montrer la photo d’Hildegarde a Mme Froufrou. Minuit fait sangloter les clochers lorsque nous debarquons rue Legendre pour la deuxieme fois (et derniere, vu l’heure extreme) de la journee.
Il y a de la lumiere et de la musique au premier, mais on tarde a repondre. A trois reprises, j’appuie sur le bouton de la sonnette en jouant des airs de valse au rythme de plus en plus endiable. A la fin, une fenetre de l’etage s’
— Qu’est-ce que c’est ? questionne-t-elle.
— Votre proprio, ma jolie ! retorque fermement Beru.
— Quel proprio ? s’obstine la dame avec un poil d’anxiete dans l’organe.
— Le vrai ! tranche mon compagnon que le kidnapping de sa femme rend peu sociable.
Un morceau d’instant laisse filer son contingent de secondes et enfin la lourde s’ouvre sur Mme Froufrou. Oh la coquine ! Vous verriez ce deshabille, les gars, que vous ne boufferiez plus que des pommes-vapeur pendant six mois !
Elle a un truc en voile rose praline qui ne dissimule d’elle que son absence de pudeur. M’est avis qu’elle en possede une collection de machins gazeux, a grille, troublants, transparents, arachneens et fumigenes. Sa garde- robe, ca doit valoir la visite au tarif de nuit, avec taxe locale en suce ! Oh ! ce deboule sur le vertige, mes freres ! Cette vue imprenable sur le polisson ! Cette croisiere dans la mer des coquineries !
— Y a seance de nuit a la chambre, Mame Froufrou ? m’enquiers-je.
Elle hausse ses belles epaules potelees.
— Nous sommes fermees, precise-t-elle, mais j’ai mon Americain. Il est pilote de ligne et justement, ce soir, il fait escale a Paris.
Elle hesite, puis, eu egard a nos qualites de flics et de proprietaire, elle propose :
— Venez prendre une coupe avec nous ?
Sans hesiter, nous la suivons jusqu’en ses appartements prives.
Dans un grand salon richement decore de lanternes chinoises, un grand garcon blond, au menton carre, est affale sur la moquette, le dos a un accoudoir de fauteuil. Signe particulier : il n’est vetu que de sa casquette d’uniforme et de sa montre etanche. Il tient une bouteille de champagne dans une main et le sein d’une personne rousse de l’autre. La bouteille est a peu pres vide, par contre l’aviateur est completement plein. Je pense que s’il reprend l’air avant la fin de la nuit, ses passagers risquent fort de ne pas souffrir du mal de l’altitude.
—
Comme il est plus beurre qu’une tartine d’ecolier, il nous tend le sein de la demoiselle au lieu de la bouteille, ce qui provoque chez cette avant-derniere un decollement de la glande mammaire. Elle pousse un cri de douleur qui se veut egalement de protestation.
— Tu fais mal a Suzy ! sermonne Froufrou.
Et de nous expliquer son Amerloque en long, en large et en vistavision.
— Franky est un amour de garcon, mais il ne connait pas sa force.
— Une veine pour lui qu’il ne soit pas ne sous le regime de la prohibition, souligne-je. J’ai dans l’idee que depuis le sein maternel il n’a jamais rebu une goutte de lait, votre Ricain.
— Il se permet quelques petites fantaisies au cours de ses escales, plaide la tenanciere, c’est normal.
— C’est votre amant de c?ur ? boude Beru.
Froufrou eclate d’un beau rire plein de feuilles d’or deguisees en molaires.
— Oh non ! un copain seulement. Il m’approvisionne en cigarettes et en bourbon, moyennant quoi il a droit de temps en temps a sa petite soiree de relaxation, pas vrai, ma guenille rose ?
L’Amerloque rit et file une claque sur le joufflu de la mome Suzy qui rale vilain. Suzy, c’est la soubrette de ce matin, je la retapisse, bien qu’elle ait troque sa robe noire contre sa tenue d’Eve.
Le service, chez Mme Froufrou, il est drolement democratique. Apres ses heures de boulot, on a le droit de participer aux soirees mondaines. Elle fait beaucoup pour l’evolution du salariat, Froufrou. C’est une personne qui s’active ferme pour l’unification des classes ! Le nivellement par le fignede, elle opere ! Son systeme socialisant s’appuie sur le radada, uniquement. Elle a pige qu’une bonniche a poil est plus appreciee
