solrectifies sont peut-etre tres musicaux, mais ils avancent pas mon trou.

Le cher grand homme sourit nostalgiquement.

— On peut mettre en harmonie la puissance et la musique, mon ami.

Beru lui refile le depart de la « Cinquieme(mais pas derniere, puisque, plus fort que France-Soir, Beethoven est alle jusqu’a la Neuvieme). « Pom, pom, pom, pommm ! »

Il y met toutes ses dernieres forces, le vibrant et sublissimo maestro. Tant est si bien qu’a la quatrieme note il se cogne les doigts. Le sang se met a raisiner de ses precieuses phalanges eclatees.

— Mon concert ! Mon concert de ce soir a Pleyel ! hurle-t-il.

L’index et le medius ! De la main gauche, d’ac, mais ca n’est pas tout a fait inutile une main gauche lorsqu’on est un virtuose et qu’on doit interpreter le meme jour le Concerto en cle a molette de Francis Lopez, la Sonate d’Alharm, et la Symphonie Plastifiee en uppercut majeur des Etablissements Bitougnot de Carry-le- Rouet[43]. Le maitre pourrait donner a penser qu’il est maitre a danser vu qu’il interprete la danse du scalp. Il tourne en rond, saute les fauteuils, glapit, saigne, s’egoutte, se tremousse dans le salon. Il souffre, mais c’est surtout la pensee de son concert compromis qui le ravage.

Beru le neutralise en le saisissant a bras-le-corps.

— Calmez-vous, grand-pere, lui dit-il, pas la peine de jouer l’air du toboggan fantome a votre palpitant, en supplement de programme. Manquerait plus que vous nous fassiez une infrastructure du myocarde sur la carpette pour tout arranger !

— Mais mon concert, mon concert, ce soir !

— Demoralisez-vous pas, vous jouerez d’une main. Anatole, un de mes petits neveux, interprete « Au clair de la lune » avec un seul doigt et ca rend du tonnerre.

— Une soiree de gala, avec la presence effective du president de la Republique ! continue a se lamenter Walter Klozeth.

— On lui fera passer La Marseillaise, console le Gravos. Et puis, suggere-t-il, vous avez la ressource de jouer en plaie-vache[44], ca se fait beaucoup. Un petit disque en coulisse et vous, vous pianotez au flanc derriere votre usine a si bemol…

Le malheureux vieillard ne se laisse pas convaincre et se rapatrie dans ses appartements en larmoyant.

— A c’t’ age-la, soupire Beru, ca ne devrait plus manipuler des outils. Qu’il tripatouille son piano, je dis pas, c’est sans danger comme les pistolets Eureka, mais se servir d’un marteau et d’un ciseau a froid, c’est temeraire.

Il se crache du cotonneux dans la paluche.

— Allez, vas-y, remets la zizique, San-A., faut que je termine mon trohu. Le jour ou que ton Bitauvent a compose ses pom, pom, pom, pommm il s’est pas ecartele le fion mais il nous a en tout cas rendu un fameux service.

Miracle de l’ingeniosite et de l’energie beruriennes : en vingt-huit mesures, plus un tombe, le ciseau s’enfonce jusqu’a la garde.

— Marbre on pas marbre, se rejouit le Foreur, on y a eu sa peau, a cette garcerie de cloison.

Il retire delicatement l’outil. J’apprehende un peu, me demandant si la poudre blanche tombee de l’autre cote ne va pas attirer l’attention.

Beru se paie le premier jeton. Mais il a beau river sa prunelle exercee a l’orifice, il declare ne rien voir.

— M’est avis qu’on est entre dans un dargif de negre, dit-il finement. T’aurais pas fausse tes calculs, des fois ?

Je me reporte a mon plan et confirme la certitude que j’ai de ne pas m’etre trompe. A mon tour je mate au trou. Effectivement, on y voit que du noir integral.

— Trouve-moi un fil de fer, Gros !

Il cherche alentour et, avec art et tactique, le voila qui depiaute un abat-jour pour s’approprier son armature metallique. Usant de la tige de cuivre comme d’un crochet, je l’introduis dans le trou et la pousse en avant. Un bruit cristallin se fait entendre de l’autre cote de la cloison. J’ai pige : a l’endroit de notre percement, il y avait une desserte et nous avons debouche a l’interieur d’un meuble. Dans un sens c’est une veine car nous sommes ainsi assures que notre trou est invisible de chez le prince. Par contre il nous est impossible de regarder ce qui s’y passe. Pourrons-nous du moins entendre les conversations ? That is the question.

Beru est mecontent.

— Vois-tu, fait-il en s’affalant, extenue, sur une banquette, quand on a la cerise, on a la cerise. J’ai remarque, dans la vie, tout est distribue par tranches : le bonheur comme la merde ! On devrait pas insister. Confier l’enquete aux confreres. Du moment qu’on est a la fois victimes et enqueteurs ca fausse les bremes.

Je fustige son attitude defaitiste comme il le merite.

— Un Berurier peut mettre les pouces, declare-je, mais pas un San-Antonio ! Libre a toi d’abandonner, Gros. Je te retiens pas !

Mes paroles lui font saigner l’orgueil. Il redresse la tete.

— T’as raison, San-A. Je debloque, ca vient de ce que j’ai dejeune d’un sandwich. Je me decalorise a tout berzingue. Songe qu’il est deja sept plombes et que mon estomac fait des plis.

Je decouvre qu’il a raison et que moi aussi je meurs de faim.

— Nous allons nous faire servir un repas ici, decide-je.

Du coup, le revoila au beau fixe. Je demande qu’on nous depeche le maitre d’hotel. Un monsieur a tronche de notaire hepatique se presente dans un bel habit bleu nuit. Il tient la carte du restaurant : une sorte de parchemin format document historique. On s’attend a trouver un fac-simile de l’edit de Nantes a l’interieur. En fait, douze colonnes de delices (au feminin pluriel bien entendu) s’offrent a nos papilles gustatives. Apres quelques vehementes discussions nous nous decidons pour deux ?ufs brouilles aux truffes et pour un ris-de-veau-Princesse Palatine. Les j?ufs et les ris, quoi ! Le tout arrose de blanc de blanc. Avec des sorbets pour finir…

Tout un programme !

2

LES FESSES DU PRINCE

Dites donc, je m’apercois que je viens d’ecrire un chapitre un peu long sur cette prodigieuse aventure. Faut pas vous gener, mes freres : libre a vous de le decouper, de le subdiviser, de l’elaguer, de l’enucleer, de le sabrer, de le deshydrater, de le reduire, de le digester, je ne suis pas sectaire. Y a des tordus plumassiers, je les connais ; leur prose, c’est sacre. Les theatreux surtout. Une virgule qu’on leur change, les voila qu’envoient du papelard timbre, ou bien leurs temoins, ou mieux encore, des gifles. Dieu thank you, je ne suis pas de ce tonneau. Mes bouquins, les gars, vous pouvez les bricoler a votre idee. Mettre toutes les pages paires ensemble, avec ma paire a moi par-dessus pour couronner le monument ; ou bien les deguiser en grille de code secret, ou aussi recuperer les points-virgules pour le cas ou votre stylo n’en comporterait pas. Vous pouvez arracher les pages pour envelopper des ?ufs, decouper les dessins de Roger Sam afin de vous confectionner des sous-verres ou mettre les fautes de francais dans une pochette en matiere plastique histoire de les lire a mes confreres jalminces (parait qu’il y en a, mais comme je m’abstiens de les frequenter, je n’ai pas l’occasion de m’en rejouir).

Je cause ainsi a seule fin de vous mettre a l’aise. Vous auriez envie de me revendre au bouquiniste du coin, surtout n’hesitez pas. Notez, ca serait un manque a gagner pour vos petits lardons, plus tard, mais ca vous regarde. Tant pis pour eux si les San-A. de la periode Niaise ou ceux de l’epoque Cudaye manquent a la collection. Les grands-parents imprevoyants pullulent. Des mecs qui vous desheritent sans savoir, parce qu’ils placent leur artiche dans l’emprunt russe, qu’ils font du bois d’allumage avec les meubles Louis XIII du grenier ou qu’ils obstruent un carreau casse avec un original de Rouault, y en a des tonnes et des pleins wagons. Nos grands vieux auraient jamais fait de couennerie, on serait tous des Cresus, mes lapins. Goinfres a bloc, avec un bas de laine bourre comme de la peau d’andouille. On serait collectionneurs de Modigliani on de Vlaminck au lieu d’etre copoclephiles. Ca ferait peut-etre plus bath, de vivre sous le signe de la peinture de maitre plutot que sous le signe

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