Mem’si sa vie en dependait D’ou mechantes repercussions, D’ailleurs voyez plutot : L’a perdu son boulot, L’a perdu sa moitie. Alors il s’est lance Dans une sacree Quete Et il parcourt le monde Traquant cet Alchimiste Hormis quand il s’arrete Pour lever une poulette. Mais ce soir sur la piste Peut-etre qu’il saura Enfin bien se tenir Et remplir son contrat : Aventure fabuleuse Plein de bruit, de fureur, De visions prodigieuses. Alors, vas-y, o John Hacker Et mets-y tout… ton… c?ur !

Quelque chose tira violemment Hackworth par le cou. La femme lui avait passe un n?ud coulant pendant qu’il regardait par la baie vitree, et elle s’en servait pour le tirer vers la porte du bar tel un cabot recalcitrant. Sitot qu’elle eut franchi le seuil, sa cape se dilata comme sous l’effet d’une explosion a retardement, et elle jaillit a quatre metres de hauteur, propulsee par des jets d’air comprime apparemment integres a son costume – elle avait donne du mou a sa laisse pour eviter qu’Hackworth ne se retrouve pendu. Survolant l’assistance comme le cone de flammes d’un moteur-fusee, elle traina un Hackworth titubant jusqu’au bas du plancher incline, au bord de l’eau. L’avant-scene etait reliee a la rive par deux etroites passerelles et Hackworth se hasarda sur l’une d’elles, sentant sur ses epaules la chaleur de centaines de projecteurs, intense au point, lui semblait-il, d’enflammer ses vetements. La femme lui fit traverser directement le centre du Ch?ur, passer sous l’enseigne electrique, gagner les coulisses et franchir une porte qui se referma en claquant derriere lui. Puis elle disparut.

Hackworth se retrouva entoure sur trois cotes par des murs bleus qui luisaient doucement. Il etendit la main pour effleurer une de ces parois et recut une faible decharge pour sa peine. Il fit un pas et trebucha sur un objet qui glissa par terre : un os desseche, long et massif, plus gros qu’un femur humain.

Il franchit la seule ouverture disponible et decouvrit d’autres murs. On l’avait depose au c?ur d’un labyrinthe.

Il lui fallut une heure pour se rendre compte que toute evasion par des moyens traditionnels etait impossible. Il ne chercha meme pas a definir le plan du dedale ; au contraire, partant du fait qu’il ne pouvait logiquement etre plus vaste que le navire, il suivit la methode eprouvee qui consistait a tourner a droite a chaque coin et qui, comme le savent tous les garcons intelligents, doit fatalement conduire a une sortie. Mais pas cette fois-ci, et il ne comprit pas pourquoi, jusqu’au moment ou, du coin de l’?il, il vit l’un des panneaux coulisser et refermer un passage existant pour en ouvrir un autre. C’etait un labyrinthe dynamique.

Il trouva par terre un boulon rouille, le ramassa et le jeta contre un mur. Il ne rebondit pas mais passa au travers et resonna en tombant de l’autre cote. Donc, les murs n’etaient que des fictions creees par ses lunettes. Le labyrinthe etait constitue d’informations. S’il voulait s’evader, il faudrait qu’il joue les pirates logiciels.

Il s’assit par terre. Nick le barman apparut, traversant les murs sans encombre, avec un plateau sur lequel etait posee une autre pinte de brune qu’il lui tendit, en meme temps qu’une soucoupe de cacahuetes salees. A mesure que la soiree avancait, d’autres personnes se mirent a passer devant lui : des gens qui dansaient, chantaient, se battaient en duel, s’engueulaient ou faisaient l’amour. Aucun de ces individus n’avait de lien particulier avec la Quete d’Hackworth, et d’ailleurs ils n’avaient, semblait-il, rien a voir non plus les uns avec les autres. Apparemment, la Quete d’Hackworth n’etait (comme le lui avait explique la femme-diable) qu’une des multiples histoires en lice ce soir, coexistant dans le meme espace.

Donc, quel rapport pouvait avoir tout ceci avec la vie de John Hackworth ? Et que venait y faire sa fille Fiona ?

Alors qu’il songeait a sa fille, un panneau coulissa devant lui, revelant plusieurs metres de couloir. Au cours des deux heures suivantes, il nota que cela se reproduisait a plusieurs reprises : chaque fois qu’une idee lui venait, un mur se deplacait.

C’est ainsi qu’il se mit a progresser par a-coups dans le labyrinthe, au rythme de ses passages d’une idee a l’autre. Indubitablement, le sol continuait de descendre, ce qui allait finir par le conduire en dessous du niveau de la mer ; et, effectivement, il commencait a percevoir un lourd martelement qui traversait les caillebotis du pont et qui aurait pu etre le bruit de puissants moteurs hormis le fait que ce navire, pour autant qu’il sache, n’allait nulle part. Il sentit devant lui une odeur marine et avisa bientot de pales lueurs brillant sous la surface, fragmentees par les vagues, et devina que les ballasts immerges du batiment devaient etre tisses de tout un reseau de tunnels sous-marins, lesquels tunnels etaient occupes par les Tambourinaires. Ce ne devait sans doute toujours pas etre le clou du spectacle : au plus un epiphenomene dans le cadre d’un processus plus vaste et mysterieux au sein de leur esprit collectif.

Un panneau coulissa pour lui livrer passage vers la mer. Hackworth resta quelques minutes accroupi au bord de l’eau, ecoutant les tambours, puis il se leva et entreprit de denouer sa cravate.

Il avait terriblement chaud, il etait en nage, il avait des lumieres eblouissantes dans les yeux, et aucun de ces elements ne cadrait avec le fait d’etre sous l’eau. Il s’eveilla et decouvrit un ciel bleu eclatant au-dessus de lui, tatonna son visage et s’apercut que les lunettes avaient disparu. Fiona etait la, vetue de sa robe blanche, et elle l’observait, souriant avec timidite. Il sentait le sol vibrer contre ses fesses. Manifestement, il etait reste etendu un bon moment, car les saillies osseuses de son posterieur etaient ecorchees et douloureuses. Il realisa qu’ils se trouvaient sur le plancher du canot, sur le chemin du retour vers les docks de Londres ; qu’il etait nu et que Fiona l’avait recouvert d’une feuille de plastique pour le proteger de la morsure du soleil. Quelques spectateurs du theatre etaient visibles a bord, avachis les uns contre les autres, totalement passifs, comme des refugies, ou comme des gens au sortir de la plus grande partouze de toute leur vie, ou au lendemain d’une cuite memorable.

« Tu as fait un sacre tabac », dit Fiona. Et soudain, Hackworth se revit parcourant l’avant-scene en triomphe, nu et degoulinant, sous les tonnerres d’applaudissements du public debout.

« La Quete est finie, bafouilla-t-il. On rentre a Shanghai.

— Tu rentres a Shanghai, rectifia Fiona. Je t’accompagne jusqu’au ponton. Ensuite, j’y retourne. » D’un signe de tete, elle indiqua la poupe.

« Tu retournes a bord ?

— J’ai encore eu plus de succes que toi, expliqua-t-elle. J’ai trouve ma voie, Pere. J’ai accepte une invitation a entrer dans la troupe de Dramatis Person?. »

Carl Hollywood joue les pirates

Pour la premiere fois depuis de longues heures, Carl Hollywood se laissa aller contre le dossier de laque dure de sa chaise d’angle et se massa le visage des deux mains, en se raclant les paumes contre ses favoris. Cela faisait bientot vingt-quatre heures qu’il etait assis dans la maison de the, il avait consomme douze theieres et, par deux fois, fait appel aux masseuses pour qu’elles lui denouent le dos. La lumiere de l’apres-midi filtrant par les

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