petite voix aigue se remette a pepier :

Il etait une fois un baron, Burt etait son nom, Si fort qu’il en etait invulnerable Et que de vaincre un ours on le disait capable. Mais je suis bien certain Qu’apres deux ou trois cannettes, Il ferait comme un gamin, Et vomirait sur ses chaussettes.

« Qui ose se moquer du baron ! ? » beugla le baron Burt et, baissant les yeux, il vit le nouveau visiteur negligemment appuye sur sa canne, et qui levait un verre a sa sante.

Votre Majeste, ne soyez pas contrit N’ayez pas honte d’aller au lit ; Car la journee a ete dure Et vous etes deja si grognon Que vous risquez bientot, c’est sur, De mouiller votre pantalon.

« Qu’on m’apporte un tonneau de biere ! s’ecria le baron Burt. Et un autre pour ce parvenu, on verra bien qui de nous deux sait tenir la boisson. »

Harv fit rouler dans la piece deux tonneaux de biere brune. Le baron Burt le porta a ses levres et le vida d’un trait. Le petit bonhomme par terre fit de meme.

On apporta alors deux outres de vin et, une fois encore, le baron Burt et le petit bonhomme les ecluserent sans peine.

Finalement, on apporta deux bouteilles de liqueur forte, et le baron et le petit bonhomme en burent une gorgee tour a tour jusqu’a ce que les bouteilles soient vides. Le baron etait confondu par la capacite a boire de ce petit homme ; car il restait debout devant lui, sobre et bien droit, alors que le baron Burt commencait a se sentir pompette.

Finalement, le petit bonhomme tira de sa poche une fiasque et dit :

Pour un jeune homme, rien ne vaut la biere Quand tous les grands de loin le vin preferent. La liqueur est le seul alcool Qui soit digne d’un roi, Mais c’est du pipi de chat Compare a la gnole !

Le petit bonhomme deboucha la bouteille et but une lampee, puis il la tendit au baron Burt. Le baron but une gorgee et s’endormit instantanement dans son fauteuil.

« Mission accomplie », dit le petit homme, qui fit un grand salut, chapeau bas, revelant deux longues oreilles fourrees – car il s’agissait de nul autre que Peter, le lapin, deguise.

La princesse Nell retourna vite dans la cuisine pour en avertir Dinosaure, qui etait installe pres du feu, avec une longue perche en bois qu’il enfoncait et tournait et tournait dans les braises, pour en aiguiser la pointe. « Il dort ! » murmura-t-elle.

Miranda, installee sur sa scene au Parnasse, sentit le soulagement l’inonder lorsque la ligne suivante apparut sur le prompteur. Elle prit une profonde inspiration avant de la prononcer, ferma les yeux, se concentra, tachant de se propulser la-bas, dans le Chateau noir. Elle regarda droit dans les yeux la princesse Nell et lui dit sa replique en puisant au fond de ses reserves de talent et de technique.

« Bien, dit Dinosaure. Alors, l’heure est venue pour Harv et toi de vous enfuir du Chateau noir ! Vous devrez proceder avec le maximum de furtivite. Je viendrai plus tard vous rejoindre. »

Va-t’en, je t’en conjure. Fuis, je t’en supplie. Evade-toi de cette salle des tortures tant que tu es encore en vie, Nell, va dans un orphelinat, dans un commissariat, ou tu voudras, je te retrouverai. Ou que tu sois, je te retrouverai.

Miranda avait deja tout prevu : elle pouvait compiler un matelas supplementaire, coucher Nell par terre dans sa chambre et installer Harv dans le sejour de son appartement. Si seulement elle arrivait a decouvrir ou diable ils habitaient.

La princesse Nell n’avait toujours pas reagi. Elle reflechissait, ce qui etait la derniere chose a faire en la circonstance. Va-t’en. Va-t’en.

« Pourquoi que tu mets ce baton dans le feu ?

— Il est de mon devoir de veiller a ce que le mechant Baron ne te fasse plus jamais de mal, dit Miranda, dechiffrant le prompteur.

— Mais qu’est-ce que tu vas faire avec ce baton ? »

Je t’en supplie ; ne commence pas. Ce n’est pas le moment de poser des questions. « Tu dois te hater ! » lut Miranda, essayant une fois encore de mettre tout son talent dans la replique. Mais cela faisait bientot deux ans que la princesse Nell jouait avec le Manuel et elle avait pris l’habitude de poser d’interminables series de questions.

« Pourquoi que tu aiguises le baton ?

— C’est de cette maniere qu’Ulysse s’est debarrasse du Cyclope », expliqua Dinosaure. Merde. Ca part dans la mauvaise direction.

« C’est quoi, un Cyclope ? » demanda Nell.

Une nouvelle illustration se developpa sur la page suivante, en face de celle montrant Dinosaure aupres du feu. C’etait l’image d’un geant a l’?il unique qui gardait des moutons.

Dinosaure raconta comment Ulysse avait tue le Cyclope a l’aide d’un baton taille en pointe, comme il s’appretait a le faire avec le baron Burt. Nell tenait absolument a entendre ce qui arrivait par la suite. Les recits s’enchainerent. Miranda essayait de narrer les histoires le plus vite possible, tout en mettant dans sa voix une touche d’ennui et d’impatience, ce qui n’etait pas evident, car en fait elle etait au bord de la panique. Elle devait absolument sortir Nell de cet appartement avant que Burt ne s’eveille, degrise.

Le ciel a l’est rosissait deja…

Merde. Tire-toi, Nell !

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