d’alimentation murale. Ce tube vehiculait un nebulisat de medicaments directement issus du matri-compilateur et injectes dans les poumons pour empecher le blocage spasmodique des bronches.

Nell attendit quelques instants avant de le tirer de son ractif. Certaines semaines, il avait l’air mieux que d’autres ; cette fois-ci, il n’avait pas l’air bien du tout. Son corps etait bouffi, son visage rond et boursoufle, ses doigts tout gonfles : on l’avait mis sous corticoides. Mais elle aurait devine de toute maniere qu’il avait passe une mauvaise semaine, car, d’habitude, Harv n’etait pas tres porte sur les ractifs en immersion. Il preferait ceux qu’on tient sur les genoux, sur une feuille d’intelli-papier. Nell tachait de lui ecrire chaque jour une lettre simplement ecrite en mediaglyphes et, pendant un certain temps, il avait essaye de lui repondre de la meme maniere. Mais depuis un an, il y avait egalement renonce, meme si elle continuait scrupuleusement a lui ecrire.

« Nell ! dit-il apres avoir decolle de ses yeux les epaisses lunettes. Desole, j’etais occupe a chasser les riches Vickys.

— Pas possible ?

— Ouais. Enfin, Burly Scudd, je veux dire. Dans le ractif… tu vois, sa nana est tombee enceinte, alors bon, faut qu’elle se paye une Liberatoire pour etre debarrassee, alors elle arrive a se faire engager comme bonne a tout faire chez deux ou trois vieux cons de Vickys, et elle decide de les soulager de quelques vieilleries pas degueu, en s’imaginant que c’est le moyen le plus rapide de se ramasser le fric.

La-dessus, la nana se tire et ils la poursuivent avec leurs chevys, et c’est a ce moment que Burly Scudd se pointe avec son gros bahut, et ni une ni deux, v'la qu’il se lance a leurs trousses. Si tu te debrouilles bien, tu peux reussir a faire tomber tous les Vickys dans une grande fosse a purin ! L’eclate ! Tu devrais essayer, conclut Harv, puis, epuise par un tel effort, il agrippa son tube d’oxygene et tira dessus pendant un certain temps.

— Effectivement, ca a l’air distrayant », reussit a dire Nell.

Momentanement baillonne par le tube d’oxygene, Harv la devisagea avec attention, sans paraitre trop convaincu. « Desole, bredouilla-t-il entre deux haletements, j’avais oublie que t’appreciais pas trop mon genre de ractif. J’parie qu’ils l’ont meme pas mis dans ton Manuel, le Burly Scudd… »

Nell se forca a sourire de la vanne que son frere repetait chaque semaine. Elle lui tendit la corbeille de biscuits et de fruits frais qu’elle avait apportes de Dovetail, et resta assise aupres de lui une heure encore, devisant des trucs dont ils aimaient bien discuter, jusqu’au moment ou elle nota que son attention derivait a nouveau vers les lunettes. Alors elle lui dit au revoir et a la semaine prochaine, puis l’embrassa avant de partir.

Elle regla son voile au niveau d’opacite maximal et se dirigea vers la porte. Harv agrippa spontanement son tube d’oxygene et prit plusieurs inspirations profondes, avant d’appeler son nom juste comme elle allait sortir.

« Oui ? dit-elle en se retournant vers lui.

— Nell, je voulais te dire combien t’etais super, exactement comme les plus belles de toutes les Vickys d’Atlantis. Je n’arrive pas a croire que tu es la meme Nell a moi a qui je rapportais des trucs quand on crechait dans notre vieil appart’ – tu te souviens ? Je sais bien que toi et moi, on a pris des routes differentes, depuis ce fameux marin a Dovetail, et je sais que ca a pas mal a voir avec c’te Manuel. Je voulais seulement te dire, s?urette, que meme si je dis des fois des horreurs sur les Vickys, je suis aussi fier de toi qu’il est possible de l’etre, et tout ce que j’espere, c’est que lorsque tu liras ton Manuel – qu’est si plein de trucs que j’ai jamais pu reussir a piger ou meme a lire – tu repenseras a ton vieux frangin Harv, qui l’avait trouve jete au caniveau, il y a toutes ces annees, et s’etait mis dans l’idee de le ramener a sa petite s?ur. Dis, est-ce que tu t’en souviendras, Nell ? » Sur ces derniers mots, il se fourra de nouveau le tube d’oxygene dans la bouche et Nell vit ses cotes commencer a se soulever.

« Bien sur que oui, Harv », murmura Nell, les yeux emplis de larmes, avant de retraverser en titubant la chambre pour serrer le corps boursoufle de son frere entre ses bras vigoureux. Le voile tourbillonna comme un rideau liquide devant les traits du garcon, toutes les ombrelles microscopiques se retractant lorsqu’elle lui souleva la tete pour l’approcher de son visage et lui plaquer un gros baiser sur la joue.

Le voile se figea de nouveau lorsque Harv retomba sur le matelas de mousse – tout pareil aux matelas qu’il lui avait appris a faire compiler par le MC, il y avait si longtemps – et elle se retourna bien vite pour s’echapper de la chambre, en sanglots.

Hackworth se remet a jour grace au grand Napier

« Avez-vous deja eu l’occasion de parler a votre famille ? » demanda le colonel Napier, dont la voix sortait du dessus de table mediatronique ; il lui parlait de son bureau d’Atlantis/Shanghai.

Hackworth etait quant a lui installe dans un pub d’Atlantis/Vancouver.

Napier etait superbe maintenant qu’il avait un age rassis – et meme un rien plus imposant. Il avait travaille sa prestance. Hackworth avait d’ailleurs ete fugitivement impressionne au moment ou l’image de l’officier s’etait materialisee sur le mediatron, et puis il se souvint de son propre aspect dans la glace. Une fois debarbouille et la barbe taillee – il avait decide de la garder – il s’etait rendu compte qu’il avait lui aussi une certaine prestance. Meme si l’origine d’une telle metamorphose le laissait toujours terriblement perplexe.

« J’ai pense qu’il valait mieux que je sache d’abord ce qui etait arrive. Du reste… » Il s’arreta un instant. Il avait du mal a retrouver son debit normal.

« Oui ? dit Napier, en feignant une patience excessive.

— Je venais juste de parler avec Fiona, ce matin.

— Apres votre sortie des tunnels ?

— Non. Avant. Avant que je… que je me reveille, enfin, je ne sais pas. »

Napier fut legerement decontenance et il ne put que crisper une ou deux fois ses maxillaires, saisir sa tasse de the, regarder sans raison par la fenetre de son bureau qui devait donner sur une rue quelconque de New Chusan. Sur l’autre rive du Pacifique, Hackworth se contenta de fixer les profondeurs d’encre de sa pinte de biere brune.

Une image onirique lui revint a l’esprit, tel un debris remontant a la surface apres un naufrage, chassant inexorablement au passage des tonnes de tenebres verdatres. Il vit un projectile d’un bleu etincelant jaillir entre les mains gantees de beige du docteur, suivi d’un epais cordon, il le vit se deplier et, mieux, s’epanouir pour former un bebe.

« Pourquoi ai-je pense a ca ? » dit-il.

Napier parut intrigue par cette remarque.

« Fiona et Gwendolyn sont a Atlantis/Seattle, maintenant – a une demi-heure de metro de l’endroit ou vous vous trouvez.

— Bien sur ! Elles vivent – nous vivons – a Seattle, a present. Ca, je le sais quand meme. » Il se souvenait de Fiona arpentant la caldeira d’un volcan couvert de neige.

« Si vous avez l’impression d’avoir ete en contact avec elle recemment – ce qui est tout a fait hors de question, j’en ai peur – alors ce ne peut etre que par le truchement du Manuel. Nous sommes incapables de casser le cryptage des signaux qui ressortent de la caverne des Tambourinaires, mais les analyses de trafic suggerent que vous avez passe un temps considerable a ragir au cours de ces dix annees ecoulees.

— Dix annees ?

— Oui. Mais vous avez surement du le suspecter, en fonction des indices.

— Ca m’a paru dix ans. Certes, je sens bien que dix annees d’evenements me sont arrivees. Mais l’hemisphere cerebral de l’ingenieur a toujours du mal a l’apprehender.

— Nous avons du mal a saisir pourquoi le Dr X a choisi de vous faire purger votre peine parmi les Tambourinaires, poursuivit Napier. Il nous semblait plutot que votre hemisphere d’ingenieur, comme vous dites, restait votre trait le plus interessant pour lui – vous n’ignorez pas que les Celestes souffrent d’une terrible penurie d’ingenieurs.

— Je travaillais sur un truc », dit Hackworth. Des images d’un systeme nanotechnologique, d’une elegance et d’une compacite admirables, scintillaient devant son ?il mental. La realisation paraissait superbe, de celles qu’il n’etait capable de produire qu’au prix d’un intense et long travail de reflexion. Comme celui que pourrait produire un prisonnier.

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