— Ouais. J’ai releve les neuf plus grandes rivieres d’Hyperion – qui en possede une flopee, comme tu peux le remarquer – et leur ai donne le nom des Muses. La-bas vers le sud se trouvent Uranie, Calliope, Terpsichore et Euterpe, avec, dans la zone crepusculaire, Polymnie, qui se jette dans Rhea. Et de l’autre cote, sur la pente nord, et descendant de l’est, tu decouvres Melpomene. Plus pres de nous, Thalie et Erato qui semblent confluer. Et le torrent que tu as descendu est un affluent de Clio que nous survolons a l’heure actuelle. »

Cirocco regarda vers le bas et decouvrit un ruban bleu qui serpentait au milieu d’une epaisse foret ; elle en remonta le cours jusqu’a la falaise qu’ils avaient laissee derriere eux et sursauta.

« C’est donc par la que le torrent passait », s’exclama-t-elle.

L’eau jaillissait du flanc de la falaise, pres de cinq cents metres en dessous du sommet, en un ruban d’apparence solide, rigide comme du metal sur une longueur de cinquante metres avant de se briser. De la, la cascade se fragmentait rapidement pour atteindre le sol sous forme de bruine.

Une douzaine d’autres panaches liquides sourdaient de la falaise ; d’une envergure moins spectaculaire, ils etaient tous accompagnes d’un arc-en-ciel. Sous l’angle ou elle se trouvait, ces arcs-en-ciel etaient alignes comme les guichets d’un jeu de cricket. C’etait a vous couper le souffle ; presque trop beau pour etre vrai.

« J’aimerais bien avoir la concession exclusive des cartes postales du coin », remarqua-t-elle. Calvin rit.

« Toi tu vendras les pellicules et moi les billets d’excursion. Et que fais-tu de celle-ci ? »

Cirocco tourna les yeux vers Gaby, toujours fixee a la fenetre.

« Les reactions semblent mitigees. Pour moi, ca me va. Comment s’appelle le grand fleuve ? Celui dans lequel se jettent tous les autres ?

— L’Ophion. Le grand serpent du vent du nord. Si tu l’observes avec attention, tu remarqueras qu’il est alimente par un petit lac situe dans le terminateur entre Mnemosyne et Ocean. Ce lac doit avoir une source et je soupconne que ce doit etre l’Ophion lui-meme, qui traverse le desert en souterrain quoique l’endroit ou il disparait dans le sol reste invisible. Sinon, il coule sans interruption, se deverse dans les mers pour ressortir de l’autre cote. »

Cirocco suivit son trace sinueux et constata la justesse de la remarque de Calvin. « Je crois qu’un geographe te retorquerait que le fleuve qu’alimente une mer n’est pas le meme que celui qui s’y jette, lui dit-elle, mais je sais bien que toutes ces regles furent elaborees pour des cours d’eau terrestres. D’accord, nous le considererons donc comme un fleuve circulaire.

— C’est la que se trouvent August et Bill, indiqua Calvin. A peu pres a mi-cours de Clio, la ou ce troisieme affluent…

— August et Bill ? Nous etions censes les contacter. Avec tous ces evenements pour embarquer dans la saucisse…

— Je t’ai emprunte ta radio. Ils sont debout et nous attendent. Tu peux les appeler maintenant si tu veux. »

Cirocco emprunta la radio et le casque de Gaby.

« Bill, est-ce que tu m’entends ? Ici, Cirocco.

— Euh… ouais, ouais ! Je t’entends. Comment ca va ?

— A peu pres aussi bien que possible, pour le passager d’un estomac de baleine. Et toi ? Tu t’en es sorti sans pepins ? Pas de blessures ?

— Non, je vais bien. Ecoute, je voudrais… je voudrais pouvoir te dire le plaisir que j’ai a entendre ta voix. »

Elle sentit une larme rouler sur sa joue ; elle l’essuya.

« Et moi d’entendre la tienne, Bill. Quand tu es tombe par le hublot… oh ! seigneur ! Tu ne dois pas t’en souvenir, n’est-ce pas ?

— Il y a des tas de choses dont je n’ai aucun souvenir. On verra ca plus tard.

— Je meurs d’envie de te voir. As-tu des cheveux ?

— J’en ai sur tout le corps. Mais tout ca peut attendre. Nous allons avoir des tas de choses a nous dire, toi et moi et Calvin et…

— Gaby », lui souffla-t-elle apres ce qui parut un long silence.

« Gaby, repeta-t-il sans grande conviction. Tu vois, j’ai l’esprit plutot brouille pour certaines choses. Mais ca ne devrait pas poser de problemes.

— Es-tu sure d’aller bien ? » Un frisson soudain l’avait envahie et nerveusement elle se frotta les avant- bras.

« Absolument. Quand serez-vous ici ? »

Cirocco interrogea Calvin qui siffla une breve note. Un autre sifflement lui repondit, provenant de quelque part au-dessus d’eux.

« Les saucisses ont une tres vague notion du temps. Disons trois ou quatre heures.

— Est-ce la une facon de diriger une compagnie aerienne ? »

Chapitre 8.

Cirocco choisit l’extremite avant de la nacelle – autant valait ne plus y songer comme a un estomac – pour s’isoler. Gaby demeurait petrifiee et Calvin manquait de conversation une fois epuise le sujet de ses connaissances sur Omnibus. Il ne voulait pas discuter des points que Cirocco desirait savoir.

Cela manquait d’une main courante. La paroi de la nacelle etait aussi transparente qu’une vitre jusqu’au niveau de ses pieds et meme en dessous n’eut ete le tapis de branches et de feuilles a demi digerees. Vertigineuse vision.

Ils etaient en train de survoler une jungle epaisse, fort semblable au paysage du sommet de la falaise. La campagne etait parsemee de lacs. La Clio – riviere large, jaune et boueuse serpentait au milieu : cordage liquide jete sur le sol pour se nouer a sa guise.

Elle etait surprise par la clarte de l’atmosphere. Il y avait au-dessus de Rhea des nuages qui se rassemblaient en formation orageuse sur la cote nord de la mer mais elle pouvait voir au-dessus d’eux. Sa visibilite portait de part et d’autre jusqu’aux limites de la courbure de Themis.

Un banc d’enormes saucisses planait autour du cable de suspension le plus proche d’Omnibus. Elle n’aurait pu dire ce qu’elles faisaient la mais supposa qu’elles devaient paitre. Le cable etait suffisamment massif pour que des arbres puissent parfaitement pousser dessus.

En regardant a la verticale, elle pouvait apercevoir l’ombre immense qu’Omnibus jetait sur le sol. L’ombre s’elargissait a mesure qu’ils descendaient. Au bout de quatre heures elle etait devenue gigantesque et pourtant ils etaient encore au-dessus de la cime des arbres. Cirocco se demanda comment Omnibus allait s’arranger pour les faire atterrir. Nul terrain de taille suffisante n’etait en vue.

Elle sursauta lorsqu’elle apercut deux silhouettes qui leur faisaient signe, debout sur la rive ouest de la riviere, pres d’un coude. Elle repondit, sans savoir s’ils pouvaient l’apercevoir.

« Et maintenant, comment descend-on ? » s’enquit-elle aupres de Calvin.

Il eut une grimace. « Je ne pensais pas que tu apprecierais aussi ai-je laisse la question en suspens. Inutile de vous alarmer. On saute en parachute. »

Cirocco ne parut pas reagir, ce qui le soulagea.

« C’est peinard, franchement. Pas de quoi s’en faire. Aucun risque.

— Euh, hum… Calvin, j’adore le parachutisme. Je trouve ca vraiment super. Mais j’aime bien inspecter et replier moi-meme mon parachute. Je voudrais savoir qui l’a fabrique et s’il est valable. » Elle regarda autour d’elle. « Corrige-moi si je me trompe, mais je ne t’ai pas vu en embarquer.

— Omnibus en a. Absolument surs. »

A nouveau, Cirocco ne dit rien.

« Je passerai le premier, affirma-t-il l’air convaincu. Comme ca tu verras.

— Euh, hum… Calvin, dois-je comprendre que c’est l’unique moyen de descendre ?

— A moins d’aller cent kilometres plus a l’est vers les plaines. Omnibus t’y conduira volontiers mais faudra que tu reviennes a pied en traversant les marais. »

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