« Elle est vivante et en parfaite sante, a Denver, la ville ou tu as grandi, dit doucement Cirocco. Du moins, lorsqu’elle nous a appeles pour l’anniversaire de tes quarante ans. Elle s’appelle Betty. Et nous l’aimions bien tous. »
Il sembla soulage puis abattu a nouveau.
« Je suppose que cela represente quelque chose, reprit-il. Je me souviens effectivement d’elle parce qu’elle est importante pour moi. Je me souvenais de toi, egalement. »
Cirocco le regarda dans les yeux. « Mais pas de mon nom. Est-ce la ce que tu avais du mal a me dire ?
— Ouais. » Il avait l’air miserable. « N’est-ce pas incroyable ? August m’a dit ton nom mais elle ne m’a pas dit que je te surnommais Rocky. C’est mignon, au fait. J’aime bien. »
Cirocco rit. « J’ai passe la plus grande partie de mon existence adulte a tenter d’effacer ce nom mais j’ai toujours une faiblesse lorsqu’on me le susurre a l’oreille. Elle lui prit la main. Que te rappelles-tu d’autre a mon sujet ? Te souviens-tu que j’etais capitaine ?
— Oh ! ca oui ! Je me souviens que tu etais le premier capitaine de sexe feminin sous les ordres duquel j’ai servi.
— Bill, en apesanteur peu importe qui est au-dessus.
— Ce n’est pas ce que je voulais… » Il sourit en realisant qu’elle le taquinait. « De ca non plus je n’etais pas tres sur. Est-ce que… je veux dire, etions-nous…
— Est-ce qu’on baisait ? » Elle hocha la tete ; ce n’etait pas une mimique de negation mais d’etonnement. « A la moindre occasion, une fois que j’eus cesse de courir apres Gene et Calvin pour remarquer que le plus beau male a bord etait mon chef mecanicien. Bill, j’espere ne pas te blesser mais je crois que je t’aime bien comme ca.
— Comme quoi ?
— Tu n’as pas ose me demander si nous avions… ete intimes. » Elle menagea une pause lourde de sens et, timidement, baissa les yeux. Il rit. « Tu etais comme ca avant qu’on se connaisse. Timide. Je crois que tout va recommencer comme la premiere fois. Et la premiere fois, c’est toujours special, pas d’accord ? » Elle lui adressa un clin d’?il et attendit ce qu’elle estima un intervalle decent mais il ne fit pas un geste si bien qu’elle s’approcha pour se serrer contre lui. Cela ne l’avait pas surprise ; la premiere fois aussi elle avait eu besoin de voir clair en ses sentiments.
Lorsqu’ils eurent fini de s’embrasser, il leva les yeux vers elle et sourit.
« Je voulais te dire que je t’aime. Tu ne m’en avais jamais laisse l’occasion.
— Tu ne m’avais jamais dit ca auparavant. Peut-etre ne devrais-tu pas t’engager avant que ta memoire ne revienne.
— Je crois qu’avant je ne pouvais pas savoir que je t’aimais. Puis… tout ce qui me restait, c’etait ton visage, un sentiment. Et cela, j’y crois. Je sais ce que je dis.
— Mmm. Tu es chou. Te rappelles-tu quoi faire avec ceci ?
— Je suis sur que ca me reviendra avec la pratique.
— Dans ce cas, je pense qu’il est temps pour toi de reprendre le service actif. »
Ce fut aussi reussi qu’une premiere fois mais sans la maladresse frequente a cette occasion. Cirocco oublia tout le reste. Il y avait juste assez de lumiere pour qu’elle vit son visage, juste assez de pesanteur pour rendre les brins de paille plus doux que la soie la plus fine.
L’eternite de ce long apres-midi ne devait rien a l’immuable lumiere de Themis. Elle n’avait plus besoin d’aller nulle part ; nulle raison de bouger, a jamais.
« C’est le moment de fumer une cigarette, dit-il. J’aimerais bien en avoir.
— Pour faire tomber tes cendres sur moi, le taquina-t-elle. Une manie degoutante. Moi j’aimerais bien un peu de cocaine. Tout a disparu avec le vaisseau.
— Tu peux t’en passer. »
Il ne s’etait pas retire. Elle se souvint combien elle aimait cela a bord du
Cette fois-ci, ce fut legerement different.
« Bill, je crois que ca va m’irriter si l’on reste ainsi. »
Il se souleva sur les mains. « C’est la paille qui te gratte le dos ? Je peux me mettre en dessous si tu le desires.
— Ce n’est pas la paille, mon cheri, ni mon dos. C’est un petit peu plus intime. Tu es aussi rapeux que du papier de verre.
— Toi aussi, mais j’etais bien trop poli pour le dire. » Il roula sur le cote et lui passa le bras sous les epaules. « C’est marrant mais je ne l’ai pas remarque tout a l’heure. »
Elle rit. « S’il t’etait pousse des epines, je ne l’aurais pas remarque non plus tout a l’heure. Mais j’ai hate que nos poils repoussent. Je me sens vraiment drole comme ca, et c’est des plus inconfortables.
— Tu crois que tu ne vas pas t’y faire ? Moi, ca repousse partout. J’ai l’impression d’avoir l’epiderme recouvert de puces qui dansent le quadrille. Excuse-moi mais il faut que je me gratte. » Ce qu’il fit, avec ardeur, et Cirocco dut meme l’aider pour atteindre les coins inaccessibles, dans le dos. « Aaaah. T’ai-je dit que je t’aimais ? J’etais idiot, je ne savais pas ce que cela voulait dire. C’est maintenant que je le comprends. »
Gaby choisit ce moment pour s’encadrer dans la porte.
« Excuse-moi Rocky, mais je me demandais si nous ne devrions pas faire quelque chose au sujet des parachutes. Il y en a deja un qui a ete emporte par le courant. »
Cirocco se rassit rapidement. « Faire quoi ?
— Les recuperer. Ils pourraient nous etre utiles.
— Tu… certainement, Gaby. Tu pourrais bien avoir raison.
— Je me disais juste que ca pourrait etre une bonne idee. » Elle regarda par terre, frotta les pieds puis enfin jeta un coup d’?il a Bill. « Oh… d’accord. Je pensais que peut-etre je… je pourrais faire quelque chose pour vous. » Elle sortit en hate de la hutte.
Bill s’assit, les coudes poses sur les genoux.
« M’etais-je fait trop d’idees la-dessus ? »
Cirocco soupira. « Je crains que non. Gaby va nous poser un sacre probleme. Elle se croit amoureuse de moi, elle aussi. »
Chapitre 9.
« Comment ca adieu ? Que comptes-tu faire ?
— J’y ai bien reflechi », dit tranquillement Calvin. Il ota son bracelet-montre et le tendit a Cirocco. « Il vous sera plus utile qu’a moi. »
Cirocco se sentait sur le point d’exploser.
« Et voila tout ce que tu nous donnes comme explication : j’y ai bien reflechi ? Calvin, nous devons absolument rester ensemble. Nous formons toujours une equipe d’exploration et je suis toujours votre capitaine. Nous devons ?uvrer ensemble pour obtenir des secours. »
Il esquissa un sourire. « Et comment donc allons-nous proceder ? »
Elle aurait prefere qu’il ne pose pas cette question.
« Je n’ai pas eu le temps de dresser un plan a ce sujet, repondit-elle vaguement. Il y a surement quelque chose a faire.
— Fais-le-moi savoir des que tu as une idee.
— Je t’ordonne de rester avec tout le monde.
— Et comment feras-tu pour m’arreter si j’ai envie de partir ? Tu vas m’assommer et me ligoter ? Combien d’energie vas-tu depenser pour me surveiller en permanence ? Me garder ici, c’est me mettre dans le passif. Si je pars, je passe dans l’actif.
— Que veux-tu dire par la ?
— Exactement ce que je viens de dire. Les saucisses peuvent dialoguer sur toute l’etendue de Themis. Elles
