fondaient en un uniforme tapis vert.
Au-dela : le couvercle gris du toit.
« A ton avis, ca ferait trois cents kilometres ? »
Gaby cligna un ?il puis, les doigts etendus pour improviser une alidade, elle se lanca dans un calcul de son cru.
« Cela correspond au bon nombre de degres.
— Assieds-toi. Et reflechissons. »
Elle avait en fait plus besoin de s’asseoir que de reflechir. Jusqu’a present, elle avait bien cru pouvoir y arriver. Elle constatait maintenant l’illusion provoquee par son incapacite a visualiser le probleme. Maintenant qu’elle l’avait sous les yeux.
Elle se sentait defaillir : trois cents kilometres a monter. A la verticale.
A monter.
A la verticale.
Fallait-il qu’elle soit dingue.
« Primo. Existe-t-il au premier abord un moyen d’acces au toit ? »
Gaby jeta un coup d’?il circulaire avant de hausser les epaules.
« Ca veut rien dire : on a bien decouvert un itineraire pour traverser jusqu’ici, pas vrai ? Et dans l’autre sens, on ne l’aurait jamais trouve.
— Exact. Mais on esperait denicher une echelle menant au sommet. En vois-tu une ?
— Non.
— Exact egalement. Je pensais que l’escalier indiquait l’existence d’un eventuel moyen d’acces jusqu’en haut. Je commence a croire que les batisseurs n’avaient dans l’idee que de pouvoir acceder jusqu’a ce point precis, sans plus.
— Peut-etre. » Gaby plissa les paupieres. « Mais ce moyen doit tout de meme exister. Les arbres ont sans doute pousse apres coup. En recouvrant tout, comme sur le cable.
— Auquel cas… » Quoi ?
« Cela nous fait une sacree grimpette, termina pour elle Gaby. Au milieu de ce fouillis, on a des chances de ne jamais decouvrir l’entree. Sans doute serait-elle plus facile a localiser d’en haut.
— Exact, pour la troisieme fois. J’essaie simplement de trouver une explication logique, vois-tu. Il m’est venu a l’idee que si – mettons dans quatre ou cinq ans d’ici – nous parvenons au sommet sans avoir deniche d’escalier, on sera bonnes pour nous taper a nouveau tout le parcours. Dans l’autre sens. »
Cette fois, Gaby se mit a rire.
« Si tu veux me faire comprendre qu’il faut faire demi-tour, j’aime autant que tu le dises franchement. Je ne t’engueulerai pas.
— On fait demi-tour ? » Bien malgre elle, elle lui avait repondu sous la forme d’une question.
« Non.
— Ah, je vois. » Elle s’en fichait. Les relations de commandant a subalterne n’etaient depuis longtemps qu’un souvenir. Elle rit, puis hocha la tete. « D’accord. Quel est ton plan ?
— D’abord, jeter un ?il aux alentours. Parce que plus tard – dans quatre ou cinq ans d’ici – on risque d’avoir l’air plutot cloche si l’un des batisseurs nous demande pourquoi on n’a pas pris l’ascenseur. »
Chapitre 21.
La base du rayon faisait environ deux cent cinquante kilometres de circonference. Elles entreprirent de la parcourir en quete d’un quelconque moyen d’ascension – depuis l’echelle de corde jusqu’a l’helicoptere a antigravite. Elles ne decouvrirent que des arbres horizontaux, croissant dans une foret verticale.
Pour penetrer parmi les ramures exterieures et longer les troncs jusqu’aux racines sur le mur, il leur fallut grimper la pente formee par l’accumulation des branches et des feuilles mortes.
La substance meme du rayon etait une sorte de materiau gris et spongieux qui cedait sous la pression comme un caoutchouc souple. Lorsque Cirocco arracha de la paroi un buisson, il vint accompagne d’une longue racine filandreuse. Le mur exsuda un fluide epais et laiteux qui obtura l’etroit orifice.
Il n’y avait pas de terre et tres peu de soleil ; bien qu’il leur parut d’abord lumineux en comparaison du tunnel obscur, l’eclairement ambiant restait tres faible. Cirocco supposa qu’a l’instar de la plupart des plantes qui croissaient sur la surface de l’anneau, celles-ci se nourrissaient avant tout par le sous-sol.
Le mur proprement dit etait humide et recouvert de mousse et de lichens mais avec fort peu de plantes de taille intermediaire : pas d’herbe, et les rares plantes grimpantes n’etaient que des parasites accroches au tronc des arbres. Ceux-ci etaient en majorite d’especes analogues a celles de l’anneau mais adaptees a une croissance horizontale. Ils etaient charges de fruits et de noix qui leur etaient familiers.
« Voila qui resout le probleme de la nourriture », remarqua Gaby.
Il ne pouvait bien sur y avoir de cours d’eau, toutefois la paroi luisait d’humidite et loin au-dessus on pouvait distinguer des cascades dont les arcs se resolvaient en bruine bien avant d’atteindre le sol.
Gaby les observa et nota qu’elles semblaient regulierement espacees, comme des tourniquets d’arrosage sur une pelouse.
« On ne risque pas non plus de mourir de soif. »
L’ascension ne s’averait finalement pas aussi impossible que prevu. Mais Cirocco n’en etait pas soulagee pour autant.
Si l’on excluait l’eventualite d’un escalier – impossible a decouvrir, ne tarda-t-elle pas a constater, car la vegetation interdisait toute exploration detaillee de la paroi – il leur restait deux possibilites de gagner le sommet.
La premiere exigeait de grimper dans les arbres memes : il devrait etre possible, nota Cirocco, de passer de branche en branche au niveau ou celles-ci s’entrelacaient.
La seconde possibilite relevait purement et simplement de l’alpinisme : elles decouvrirent en effet que leurs piolets pouvaient sans difficulte s’ancrer dans la paroi, en fouissant avec une legere pression.
Cirocco preferait cette derniere solution car elle aimait mieux ne pas se fier aux arbres. Gaby penchait pour une ascension par les branches, plus rapide. Elles en debattirent jusqu’au second jour ou deux evenements particuliers se produisirent.
Gaby remarqua le premier alors qu’elle observait le plancher gris du rayon. En clignant des yeux, elle en indiqua le centre a Cirocco.
« J’ai l’impression qu’il n’y a plus de trou. »
Cirocco ecarquilla les yeux sans pouvoir le confirmer avec certitude.
« Grimpons voir d’un peu plus haut. »
Elles s’encorderent avant d’entreprendre l’ascension par les branches.
La tache n’etait pas aussi difficile que l’avait craint Cirocco. Comme pour tout, il existait une methode optimale qu’elles ne tarderent pas a decouvrir. Il fallait trouver un moyen terme entre les branches epaisses proches du mur – solides comme le roc mais par trop espacees – et les ramures exterieures plus flexibles qui leur offraient une multitude de points d’appui mais ployaient sous leur poids.
« Un peu plus vers l’exterieur », lanca Cirocco a Gaby, chargee du role d’eclaireur au bout de sa corde de cinq metres. « A mon avis, le meilleur passage est aux deux tiers du haut de l’arbre.
— Vers l’exterieur. En haut… Tu t’emmeles dans tes orientations.
— Le pied des arbres est vers la paroi, le sommet est en l’air. Quoi de plus simple ?
— Ca me va. »
Apres avoir grimpe dix arbres, elles entreprirent de gagner le sommet du dernier. Lorsque les ramures sur lesquelles elles progressaient commencerent a ployer, elles arrimerent une corde a une branche solide. L’inclinaison des branchages jouait maintenant a leur avantage car elle leur ouvrait un passage dans cette muraille de feuillage autrement impenetrable. Elles avaient choisi un arbre qui dans une foret horizontale aurait domine tous les autres.
A l’interieur du rayon, il se contentait de pointer plus loin de la paroi.
