— Ces… reacteurs nucleaires, ils ne peuvent pas exploser, si ? s’inquieta Aviger juste au moment ou une aveuglante lumiere bleue naissait au centre du train.
Horza vacilla, les paupieres closes. Il entendit Wubslin crier des mots qu’il ne comprit pas et attendit la deflagration, le vacarme, la mort.
Il releva la tete. La lumiere continuait de palpiter et de projeter des etincelles sous le wagon-reacteur, et il percut un chuintement irregulier semblable a des parasites radio.
— Horza ! cria Yalson.
— Couilles divines ! souffla Wubslin. J’ai bien failli mouiller mon pantalon.
— Ca va, intervint Horza. J’ai bien cru qu’ils avaient tout fait sauter. Qu’est-ce que c’etait, en fait, Wubslin ?
— Fer a souder, a mon avis. Un arc electrique.
— Bon. Il faut arreter ces fous furieux avant qu’ils ne nous reduisent tous en bouillie. Yalson, viens me rejoindre. Dorolow, tu vas a la rencontre de Wubslin. Aviger, tu restes avec Balveda.
Il leur fallut quelques minutes pour se redeployer. Horza surveillait la lumiere bleue vacillante qu’un gresillement continuait d’accompagner sous la partie mediane du train. Tout a coup, elle disparut. La station n’etait plus eclairee que par les deux faibles sources de clarte emanant de la cabine et du wagon-reacteur. Yalson remonta le tunnel pieton, propulsee par son anti-g, et vint se poser doucement a cote de Horza.
— Prets, fit Dorolow sur l’intercom.
Un ecran s’alluma dans le casque de Horza, et un haut-parleur lui bipa dans l’oreille. Quelque chose venait d’emettre un signal dans les environs, quelque chose qui n’etait ni le drone, ni l’une de leurs combinaisons.
— Qu’est-ce que c’etait ? demanda Wubslin, qui reprit presque aussitot : Regardez, la, par terre ! On dirait un communicateur. (Horza et Yalson s’entre-regarderent.) Horza, reprit l’ingenieur, il y a un communicateur par terre dans le tunnel ; je crois qu’il est en marche. Il a du capter le bruit qu’a fait Dorolow en se posant pres de moi. C’etait ca, le signal ; ils utilisent ce communicateur comme mouchard.
— Desolee, ajouta Dorolow.
— Eh bien n’y touchez pas, repliqua vivement Yalson. Il est peut-etre piege.
— Alors comme ca, ils savent qu’on est la maintenant, dit Aviger.
— Ils l’auraient su tot ou tard de toute facon, commenta Horza. Je vais essayer de les interpeller ; tenez- vous prets, au cas ou ils ne seraient pas disposes a discuter.
Horza desactiva son anti-g et gagna le bout du tunnel, en s’arretant a la limite du quai. Il y avait la un deuxieme communicateur, qui transmettait sa pulsation unique. Horza leva les yeux sur l’immense train sombre et activa le haut-parleur exterieur de sa combinaison. Puis il prit sa respiration et s’appreta a s’exprimer en idiran.
Il y eut un eclair au niveau d’une des fenetres-meurtrieres situees au bout du train. Sa tete partit en arriere a l’interieur de son casque et il tomba, sonne, les oreilles carillonnantes. La detonation se repercuta dans toute la gare. Le signal d’alarme de sa combinaison resonnait, frenetique. Horza roula sur lui-meme en direction de la paroi ; il se sentit atteint par plusieurs autres impacts, qui flamboyerent au contact de sa combinaison et de son casque.
Yalson rentra la tete dans les epaules et s’elanca en trombe. Elle atteignit en derapant l’oree du tunnel et arrosa copieusement la fenetre dont venaient les tirs ; puis elle pivota, saisit Horza par un bras et l’attira a l’interieur de la galerie. Des decharges de plasma s’ecraserent contre le mur ou il s’appuyait encore quelques secondes plus tot.
— Horza ? cria-t-elle en le secouant.
— Intervention prioritaire, niveau zero, gazouilla une petite voix dans les oreilles malmenees de Horza. Cette combinaison a subi des degats-systemes irreparables qui rendent nulles et non avenues toutes les garanties a partir de maintenant ; une revision totale et immediate est imperative. Toute utilisation se fera desormais aux risques et perils de l’utilisateur. Coupure d’alimentation.
Horza voulut dire a Yalson qu’il n’avait pas de mal, mais son communicateur etait mort. Il designa sa tete afin de faire passer le message a la jeune femme, puis de nouvelles rafales eclaterent dans le tunnel pieton. Yalson plongea a terre et entreprit de riposter.
— Feu ! hurla-t-elle a l’intention des autres. On se les fait, ces ordures !
Horza la regarda viser l’extremite opposee du train. Des sillages de salves laser flamberent brievement du cote gauche du tunnel tandis que des obus tracants illuminaient le cote droit ; les autres membres de la Compagnie arrivaient. La station s’emplit d’un flamboiement saccade ; des ombres bondirent et danserent sur le plafond et les murs. Horza resta immobile, etourdi, la tete vide, a ecouter la cacophonie assourdie qui venait se briser comme une serie de vagues sur sa combinaison. Il manipula maladroitement son fusil laser en essayant de se rappeler comment il fonctionnait. Il fallait absolument qu’il aide les autres a combattre les Idirans. Sa tete lui faisait mal.
Yalson cessa de tirer. L’avant du train rougeoyait a l’endroit qu’elle avait pris pour cible. Les obus craches par l’arme de Neisin crepitaient tout autour de la fenetre d’ou etait venue la premiere offensive, et se signalaient par de breves explosions de flammes. Wubslin et Dorolow etaient sortis du tunnel principal au niveau de la plate- forme arriere du train. Ils s’accroupirent pres de la paroi et se mirent a tirer sur la meme fenetre que Neisin.
Les salves de plasma se turent. Les humains cesserent egalement le feu. La station se retrouva brusquement plongee dans le noir ; l’echo des detonations resonna quelques secondes encore, puis disparut a son tour. Horza tenta de se remettre debout, mais on aurait dit qu’on lui avait ote les os des jambes.
— Quelqu’un…, commenca Yalson.
Des flammes dont la source se situait au niveau inferieur du dernier wagon cascaderent subitement autour de Wubslin et Dorolow. Cette derniere poussa un cri et s’effondra. Sous l’action de sa main agitee de spasmes, son arme cracha follement le feu en direction du plafond de la caverne. Wubslin se jeta a terre et roula sur lui- meme tout en ripostant et en arrosant les Idirans. Yalson et Neisin l’imiterent bientot. Le revetement du wagon se gondolait ou eclatait par endroits sous la fusillade. Dorolow gisait sur le quai et s’agitait spasmodiquement en poussant des gemissements.
Il y eut de nouveaux tirs a l’avant du train, de nouvelles explosions pres des entrees de tunnel. Puis quelque chose bougea vers la partie centrale du dernier wagon, non loin de la passerelle donnant acces a l’arriere du train ; un Idiran deboucha d’une porte situee sur le flanc du wagon et s’engagea sur la passerelle centrale. Il leva son arme et fit feu, d’abord sur Dorolow, qui gisait toujours au meme endroit, puis sur Wubslin, couche sur le cote du train.
La combinaison de Dorolow fut soufflee sous l’impact et roula pele-mele, gagnee par les flammes, sur le sol noiratre de la station. Wubslin, lui, etait touche au bras – le bras dont il se servait pour tirer. Mais bientot l’arme de Yalson trouva l’Idiran et l’arrosa abondamment, ainsi que la superstructure du portique et le flanc du train. Les etais cederent avant la combinaison blindee de la creature ; les tubes qui composaient le portique mollirent, se desintegrerent sous les salves ininterrompues et ne tarderent pas a s’affaisser, puis a s’effondrer tout a fait ; le quai superieur s’ecrasa au sol, enfouissant le guerrier idiran sous un amas de ruines fumantes. Wubslin jura et tira d’une seule main en direction du nez du train, ou le second Idiran continuait de faire feu.
Horza etait couche contre la paroi, les oreilles emplies d’un formidable rugissement, la peau glacee et nimbee d’une pellicule de sueur. Il se sentait engourdi, comme dissocie. Il avait envie d’oter son casque pour avaler avidement une grande goulee d’air frais, mais savait qu’il n’y avait pas interet. Tout endommage qu’il etait, le casque le protegerait si on lui tirait a nouveau dessus. Il trouva un compromis en relevant sa visiere. Le vacarme le prit d’assaut. Des ondes de choc resonnerent violemment dans sa poitrine. Yalson se retourna pour lui jeter un regard et lui fit signe de reculer dans le tunnel : les points d’impact des coups de feu se rapprochaient de lui. Il se remit sur pied, mais tomba presque aussitot et perdit brievement connaissance.
L’Idiran poste a l’avant du train cessa momentanement de tirer, et Yalson en profita pour tourner a nouveau la tete vers Horza. Celui-ci gisait sur le sol du tunnel et remuait faiblement. Elle reporta son regard sur Dorolow et sa combinaison eventree, fumante. Neisin etait presque entierement sorti de son tunnel et expediait des rafales jusqu’a l’autre bout de la station, ou des explosions retentissaient sur tout l’avant du train. L’air affluait et refluait de part et d’autre de la caverne en repondant par une vibration grave au crepitement rapeux de son arme ; les detonations successives s’accompagnaient d’une pulsation lumineuse qui semblait revenir vers leur source et celle des projectiles.
Yalson entendit vaguement quelqu’un crier – une voix de femme – mais l’arme de Neisin faisait tant de bruit
