Xoxarle parvienne a leur hauteur.

— Et toi, au fait, ca va ? demanda-t-il a la jeune femme.

— Tres bien, repondit-elle en haussant les epaules. Et toi ?

— Je voulais dire…, commenca-t-il.

— Je sais tres bien ce que tu voulais dire, coupa-t-elle, et je t’ai repondu : tres bien. Et maintenant, arrete de m’emmerder avec ca. (Elle lui sourit.) D’accord ?

— D’accord, repondit Horza en braquant son arme sur l’Idiran au moment ou celui-ci passait devant lui.

— Alors, Metamorphe… on est perdu ? ironisa le geant.

— Taisez-vous donc et marchez, repliqua Horza, qui regla son pas sur celui de Wubslin.

— Je n’aurais pas du poser mon arme sur la palette, fit l’ingenieur. C’etait stupide de ma part.

— Laisse tomber. De toute facon, c’est apres le detecteur de masse qu’il en avait. Pour lui l’arme n’etait qu’une bonne surprise, c’est tout. Et puis, quoi qu’il en soit, le drone nous a sauves.

Horza emit un petit gloussement nasal et secoua la tete.

— Le drone nous a sauves, repeta-t-il sans s’adresser a personne en particulier.

… o mon ame, mon ame, tout est tenebres a present, a present je meurs, je m’eloigne peu a peu et il ne restera rien de moi. j’ai peur, o toi dans ta grandeur, prends pitie de moi, mais j’ai si peur, point de sommeil victorieux pour moi ; j’ai entendu, la mort, rien que la mort, les tenebres et la mort, instant ou tous se fondent pour devenir un, instance d’annihilation, j’ai echoue ; j’ai entendu, et a present je sais ; l’echec, la mort est encore trop bonne pour moi. l’oubli comme une liberation, plus que je ne merite, beaucoup plus, je ne dois pas lacher prise, il faut que je tienne bon car je ne merite pas la mort rapide et desiree, les miens attendent, mais ils ignorent l’etendue de mon echec, je ne suis pas digne de les rejoindre, mon clan devra pleurer.

O ma douleur… les tenebres et la souffrance…

Ils atteignirent la station.

Le train du Complexe dominait le quai et, dans l’obscurite ambiante, les projecteurs de la petite bande d’humains fraichement debarques dans la gare allumerent des reflets sur toute sa longueur.

— Eh bien, nous y voila enfin, declara Unaha-Closp.

La machine s’immobilisa pour laisser Balveda glisser au bas de la palette, puis deposa sur le sol poussiereux la plaque qui servait de support aux fournitures et au materiel.

Horza ordonna a l’Idiran d’aller se tenir contre le portique d’acces le plus proche et s’empressa de l’y attacher.

— Et alors ? fit Xoxarle tandis que le Metamorphe le ligotait aux montants de metal. Quid de votre cher Mental ? (Il abaissa un regard d’adulte s’appretant a faire des remontrances a un enfant sur l’humain qui l’entourait de fil electrique.) Ou est-il donc ? Je ne le vois pas.

— Patience, monsieur le Chef de section. (Horza noua le fil, eprouva la solidite de son n?ud, puis fit un pas en arriere.) Ce n’est pas trop inconfortable ?

— Mes entrailles me torturent, j’ai la machoire brisee et la main incrustee de morceaux de detecteur de masse. J’ajoute que je ressens une certaine douleur dans la bouche pour m’etre mordu la joue tout a l’heure, afin de provoquer cet ecoulement de sang si convaincant. Mais a part cela je vais tres bien, mon allie, et je te remercie, termina Xoxarle en inclinant la tete autant qu’il lui etait loisible.

— Eh bien restez donc un peu plus longtemps avec nous, conclut Horza avec un mince sourire.

Puis il posta Yalson pres de la creature et de Balveda tandis que Wubslin et lui-meme se rendaient dans la salle de controle du groupe electrogene.

— J’ai faim, declara Aviger, qui s’assit sur la palette et defit une barre-ration.

Une fois dans la salle de controle, Horza examina quelques instants les divers cadrans, commutateurs et leviers, puis proceda aux reglages necessaires.

Je, euh…, commenca Wubslin en se grattant le front par la visiere relevee de son casque. Je me demandais… pour le detecteur de masse de ta combi. Est-ce qu’il marche ?

Des lumieres s’allumerent sur un des panneaux de controle, et une vingtaine de cadrans alignes se mirent a luire faiblement. Horza les etudia, puis repondit :

— Non. J’ai deja verifie. Il enregistre a peine la presence du train, rien d’autre. Et c’est comme ca depuis les deux derniers kilometres de tunnel. Soit le Mental est parti depuis que l’autre detecteur a ete detruit, soit c’est le mien qui ne fonctionne pas correctement.

— Oh, merde, soupira Wubslin.

— Au point ou on en est, de toute facon…, commenta Horza tout en basculant une serie d’interrupteurs et en observant les nouveaux voyants qui s’allumaient. Il n’y a qu’a remettre d’abord l’electricite. On verra bien ensuite s’il nous vient une idee.

— D’accord, repondit Wubslin en jetant un coup d’?il par la porte ouverte de la salle de controle, comme pour voir si la lumiere etait deja revenue de l’autre cote.

Mais il ne vit rien d’autre que la silhouette obscure de Yalson, qui se tenait le dos tourne un peu plus loin sur le quai. Derriere elle se profilaient les trois etages du train, egalement plonges dans l’ombre.

Horza se dirigea vers un autre mur de la salle et bascula quelques leviers. Il tapota deux ou trois cadrans, scruta un ecran lumineux, puis il se frotta les mains et finit par poser son pouce sur un bouton de la console centrale.

— Nous y sommes, declara-t-il.

Il enfonca le bouton.

— Ouais !

— Hourra !

— On a reussi !

— Il etait temps, d’ailleurs, si vous voulez mon avis.

— Tiens tiens, petit homme, c’etait donc ainsi qu’il fallait s’y prendre…

— … Merde ! Si j’avais su qu’elle etait de cette couleur, cette barre, je n’y aurais meme pas touche !

Horza percut les voix des autres, prit une profonde inspiration et se retourna vers Wubslin. L’ingenieur trapu clignait lentement des yeux sous la lumiere vive de la salle de controle. Il sourit au Metamorphe.

— Formidable, fit-il. (Il promena son regard tout autour de la piece en hochant la tete.) Formidable. Enfin !

— Bien joue, Horza, fit Yalson.

Il sentit de nouveaux commutateurs – plus gros cette fois, sans doute des mecanismes automatiques commandes par l’interrupteur maitre qu’il avait actionne – basculer tout seuls sous ses pieds. La piece s’emplit de bourdonnements, et une odeur de poussiere chauffee s’eleva dans tous les coins, telle la puanteur tiede d’un animal qui s’eveille. La lumiere de la gare entrait a flots dans la salle. Horza et Wubslin inspecterent quelques cadrans et ecrans de controle, puis ressortirent.

La station etait brillamment eclairee. Elle etincelait litteralement. Les murs gris-noir refletaient les tubes et plaques lumineux du plafond. Le train du Complexe, qui leur apparaissait clairement pour la toute premiere fois, emplissait la gare d’un bout a l’autre, monstre de metal luisant, vaste version androide d’un insecte au corps segmente.

Yalson enleva son casque, passa ses doigts dans sa courte chevelure et regarda tout autour d’elle, sans oublier les hauteurs de la salle, en plissant les yeux sous la vive lumiere jaune-blanc qui tombait du plafond.

— Alors, fit Unaha-Closp en venant vers Horza. (La coque de la machine scintillait sous l’eclat dur de ce nouvel eclairage.) Ou se trouve exactement le dispositif que nous cherchons ? (Elle s’approcha tout pres du visage de Horza.) Le detecteur de votre combinaison le localise-t-il ? Est-ce qu’il est la ? L’avons-nous trouve ?

Horza le repoussa d’une main.

— Donne-moi un peu de temps, drone. On vient juste d’arriver. J’ai remis le courant, ce n’est deja pas si mal, non ?

Sur ces mots il le planta la, suivi de Yalson qui continuait d’examiner les alentours et de Wubslin, aussi curieux qu’elle, encore que son attention fut principalement retenue par le train. A l’interieur de celui-ci, on voyait briller des lampes. Le bourdonnement des moteurs au repos, le chuintement des circulateurs d’air et des ventilateurs emplissaient la station. Unaha-Closp decrivit une courbe dans les airs pour revenir se suspendre a la hauteur des yeux de Horza, puis se mit a reculer a mesure que ce dernier avancait.

— Que voulez-vous dire ? s’enquit-il. Il devrait suffire de regarder l’ecran ! Y voit-on la trace du Mental, oui

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