et releva sa visiere.
— Le seul probleme, reprit-il avec morosite, c’est que, si le phenomene est du a une interference des reacteurs, il ne serait pas tres indique de prendre le train pour partir en quete du Mental. Il va falloir emprunter le transtube.
— On va d’abord fouiller la station, repondit Horza en se levant.
Par la fenetre du train, a l’autre bout du quai, il vit Yalson surveiller Balveda, qui faisait lentement les cent pas. Aviger n’avait pas bouge de la palette. Xoxarle etait toujours ligote aux poutrelles de la rampe d’acces.
— Je peux remonter jusqu’a la cabine de pilotage ? demanda Wubslin.
Horza devisagea l’ingenieur, dont les traits lui parurent francs et ouverts.
— Oui, pourquoi pas ? Mais n’essaie pas de le faire demarrer pour l’instant, tu m’entends ?
— D’accord, repondit l’ingenieur d’un air enchante.
— Metamorphe ! lanca Xoxarle tandis que Horza redescendait la passerelle.
— Quoi ?
— Ces fils… Ils sont trop serres. Ils me cisaillent.
Horza observa attentivement les liens qui ficelaient les bras de l’Idiran.
— Tant pis pour vous, enonca-t-il.
— Mais ils me coupent aux epaules, aux jambes et aux poignets. Si on ne les desserre pas, ils sectionneront mes vaisseaux sanguins. Je ne voudrais pas mourir dans des circonstances aussi peu elegantes. Ne vous genez surtout pas si vous voulez me mettre une balle dans la tete, mais ce lent decoupage est par trop humiliant. Si je vous tiens ce discours, c’est uniquement parce que je commence a croire que vous avez reellement l’intention de me ramener a la Flotte.
Horza passa derriere l’Idiran afin d’examiner l’entrecroisement des fils sur les poignets du captif. Ce dernier disait vrai : ils avaient penetre dans sa chair comme un fil de fer dans l’ecorce d’un arbre. Le Metamorphe se renfrogna.
— Jamais vu une chose pareille, declara-t-il en fixant la nuque immobile de l’Idiran. Qu’est-ce que vous mijotez ? Votre peau n’est pas si tendre que ca, tout de meme.
— Je ne mijote rien du tout, humain, repondit Xoxarle avec lassitude, en poussant un profond soupir. Simplement, mon corps meurtri tente de se reconstituer. Tout naturellement, il se fait plus flexible, moins resistant, a mesure qu’il s’efforce de reconstruire ses zones deteriorees. Oh, et puis que m’importe que tu me croies ou pas. Mais je t’aurai averti.
— Je vais y reflechir, repondit Horza. Si ca devient trop douloureux, poussez un cri.
Il revint sur le quai en enjambant les poutrelles, puis alla rejoindre les autres.
— C’est
— Alors, dit Yalson au Metamorphe. Wubslin est heureux ?
— Il a peur de ne pas pouvoir piloter le train, l’informa Horza. Que fabrique le drone ?
— Il inspecte l’autre train, et en prenant tout son temps.
— Bon, on va le laisser ici. Toi et moi, on s’en va fouiller la station. Aviger ? lanca-t-il en se tournant vers le vieil homme, qui se curait les dents avec un petit morceau de plastique.
— Quoi ? fit ce dernier en levant sur le Metamorphe un regard lourd de soupcon.
— Tu surveilles l’Idiran ? On va jeter un coup d’?il aux environs.
— D’accord, repondit Aviger en haussant les epaules. Pourquoi pas ? D’ailleurs, ca tombe bien, je n’avais rien de mieux a faire.
Il tendit le bras, agrippa l’extremite de la rampe et tira. Puis il se propulsa vers l’avant et une vague de douleur le submergea. Il s’assura une prise sur le rebord de la porte du train et tira a nouveau. Ensuite, glissant sur le ventre, il passa lourdement du sol de la passerelle a celui du train.
Une fois qu’il fut tout entier a l’interieur, il s’arreta pour se reposer.
Le sang rugissait sans interruption dans sa tete.
Sa main etait affaiblie, tout endolorie. C’etait une sensation differente de la douleur aigue que lui causaient ses blessures, et elle l’inquietait davantage. Il craignait que cette main-la ne s’ankylose bientot, qu’elle ne veuille bientot plus rien agripper et qu’il ne puisse donc plus s’en servir pour avancer.
Au moins le sol etait-il plat, a present. Il lui restait a se trainer sur la longueur d’un wagon et demi, mais heureusement, sans aucun plan incline. Il se retourna vers l’endroit ou il avait ete blesse, mais eut seulement le temps d’y jeter un bref coup d’?il avant que sa tete ne retombe. Il avait laisse un sillage sanglant sur la passerelle, comme si on avait passe un balai mele de peinture pourpre dans la poussiere et les dechets qui en recouvraient la surface metallique.
Inutile de regarder en arriere. La seule chose qui comptait, c’etait de continuer ; il ne lui restait que peu de temps. Dans une demi-heure au plus, il serait mort. Il aurait pu survivre un peu plus longtemps en restant immobile sur la rampe, mais ses efforts avaient accelere les forces qui sapaient sa resistance et sa vitalite.
Il se poussa en avant vers le couloir qui traversait tout le train dans le sens de la longueur, trainant a sa suite ses deux jambes fracassees, inertes et inutiles, qui glissaient sur une mince pellicule de sang.
— Metamorphe !
Horza fronca les sourcils. Il s’appretait a partir explorer la gare en compagnie de Yalson, et l’Idiran l’avait appele alors qu’il ne se trouvait plus qu’a quelques pas de la palette ou veillait toujours Aviger, qui semblait a present rassasie et accompagnait de son arme les allees et venues de Balveda.
— Oui, Xoxarle ?
— Ces fils… Ils ne vont pas tarder a me decouper en tranches. Je te le dis seulement parce que, jusqu’ici, tu as tout fait pour me garder en vie ; il serait trop bete que je meure accidentellement, pour cause de negligence. Mais je t’en prie… poursuis donc ton chemin, si mon sort t’importe si peu.
— Vous voulez que je desserre les fils ?
— Un tout petit peu. Il n’y a pas du tout de mou, vois-tu, et j’apprecierais de pouvoir respirer sans me dissequer en meme temps.
— Si vous tentez quoi que ce soit, cette fois-ci, dit Horza a l’Idiran en se rapprochant et en lui braquant son arme en plein visage, je vous fais sauter les deux bras et les trois jambes et je vous ramene chez vous en vous trainant sur la palette.
— Je suis convaincu par la cruaute dont tu menaces de faire preuve a mon egard, humain. Tu sais manifestement a quel point nous avons honte de porter des protheses, meme a la suite de blessures de guerre. Je ne tenterai donc rien. Desserre simplement mes liens, en bon allie que tu es.
Horza donna un peu de mou la ou les fils entaillaient Xoxarle, qui contracta ses muscles et produisit une espece de soupir tres sonore.
— C’est beaucoup mieux, petit homme. Beaucoup mieux. De cette facon je survivrai jusqu’au chatiment que tu imagineras de me reserver.
— Comptez la-dessus. S’il se mettait ne serait-ce qu’a respirer de maniere hostile, tire-lui dans les jambes et fais-les-lui sauter, d’accord ? dit-il a Aviger.
— Oh, oui mon commandant, repliqua ce dernier en saluant.
— Alors, Horza. On espere tomber en plein sur le Mental ? lui demanda Balveda, qui avait interrompu son perpetuel va-et-vient pour se planter devant Yalson et lui, les mains dans les poches.
— On ne sait jamais, Balveda.
— Pilleur de tombes, fit-elle avec un sourire nonchalant.
— Dis a Wubslin qu’on s’en va, reprit Horza en se tournant vers Yalson. Demande-lui de monter la garde sur le quai et de surveiller Aviger pour ne pas qu’il s’endorme.
Yalson appela Wubslin par communicateur.
— Mieux vaut que tu viennes avec nous, reprit-il a l’intention de Balveda. Je n’ai pas tres envie de te laisser ici avec tout ce materiel en etat de marche.
— Comment, Horza, tu ne me fais donc pas confiance ? fit-elle en souriant.
— Ouvre la marche et tais-toi, dit Horza d’un ton las en lui indiquant la direction qu’il voulait la voir prendre.
Balveda haussa les epaules et se mit en route.
— On est vraiment obliges de la prendre avec nous ? s’enquit Yalson en reglant son pas sur celui de
