La machine s’avanca donc dans les airs et deplaca la palette pres des pieds de Xoxarle. Balveda en descendit, et le drone transfera au sol la charge qu’il supportait jusque-la. Ensuite, il alla rejoindre Horza et Yalson a cote de l’Idiran tombe.

— Je vais donner un coup de main au tas de ferraille, declara Horza en posant son arme par terre. Toi, tu ne le quittes pas des yeux.

Wubslin, qui s’etait mis a genoux et manipulait les boutons du detecteur de masse, se mit a siffler doucement. Balveda contourna la palette pour venir voir ce qui se passait.

— Le voila, declara Wubslin en souriant a la jeune femme et en indiquant d’un hochement de tete un point lumineux radieux sur fond de paralleles vertes. Superbe, non ?

— D’apres toi, c’est la station 7 ? interrogea Balveda en voutant ses epaules minces et en enfoncant profondement ses poings dans les poches de sa veste.

Elle fronca le nez tout en scrutant l’ecran. Elle venait de sentir sa propre odeur corporelle. Ils degageaient tous une mauvaise odeur, apres tout ce temps passe dans les souterrains sans se laver.

Wubslin hocha la tete.

— Forcement, repondit-il a l’agent de la Culture.

Horza et le drone s’efforcaient tant bien que mal d’asseoir l’Idiran, dont les membres ballottaient. Aviger vint a leur secours apres avoir ote son casque.

— Forcement, souffla a nouveau Wubslin, davantage pour lui-meme qu’a l’intention de Balveda.

Son fusil lui glissa de l’epaule et il degagea carrement son bras ; les sourcils fronces, il examina le mecanisme cense rembobiner automatiquement la sangle quand il y avait du mou. Puis il deposa l’arme sur la palette et se remit a tripoter le detecteur de masse. Balveda se rapprocha encore un peu en regardant par-dessus l’epaule de l’ingenieur. Wubslin tourna la tete et leva les yeux vers elle tandis que Horza et Unaha-Closp soulevaient lentement de terre le corps flasque de Xoxarle. Avec un sourire gene, il poussa l’arme sur la palette pour l’eloigner de la femme de la Culture. Celle-ci lui rendit son sourire et fit un pas en arriere. Puis elle sortit ses mains de ses poches et croisa les bras en allant observer Wubslin d’un peu plus loin.

— Qu’est-ce qu’il est lourd, le salaud ! haleta Horza tandis qu’Aviger, Unaha-Closp et lui-meme tiraient et poussaient Xoxarle pour l’adosser a la paroi du tunnel.

Sa tete massive pendait mollement sur sa poitrine. Un liquide suintait a la commissure de ses levres demesurees. Horza et Aviger se redresserent. Ce dernier s’etira les bras en poussant un grognement.

Xoxarle semblait mort. Cela dura une seconde, peut-etre deux.

Alors, ce fut comme si une force colossale se dechainait brusquement et le decollait du mur. Il se jeta en avant, legerement de biais ; un de ses bras heurta violemment la poitrine de Horza et projeta comme un boulet de canon le Metamorphe contre Yalson. Simultanement, les jambes partiellement flechies de l’Idiran se detendirent ; il s’ecarta d’un seul coup du petit groupe assemble devant la palette et depassa Aviger (plaque contre la paroi) puis Unaha-Closp (aplati contre le sol du tunnel par l’autre main de Xoxarle). Puis il se rua sur la palette.

Il bondit par-dessus l’engin et brandit un poing massif. Wubslin n’avait meme pas eu le temps de tendre la main vers son arme que l’Idiran abattait de toutes ses forces son poing sur le detecteur de masse, qu’il reduisit aussitot en miettes. De l’autre main, il chercha en un clin d’?il a derober le laser. Wubslin se jeta instinctivement en arriere et percuta Balveda.

La main de Xoxarle se referma sur le fusil-laser comme un piege a ressort sur la patte d’un animal. Emporte par son elan, il roula sur lui-meme et se retrouva de l’autre cote des miettes du detecteur. L’arme tournoya dans sa poigne et se braqua vers les profondeurs du tunnel, la ou Horza, Yalson et Aviger en etaient encore a chercher leur equilibre, tandis que Unaha-Closp commencait tout juste a reagir. Xoxarle assura sa position et visa Horza.

Unaha-Closp se precipita contre la machoire inferieure de l’Idiran tel un minuscule missile mal concu ; la creature tout entiere s’en trouva soulevee de la palette. Le cou etire au maximum, ses trois jambes tressautant d’un meme mouvement et les bras en croix, il atterrit avec un choc sourd aux pieds de Wubslin et ne bougea plus.

Horza se pencha pour recuperer son arme. Yalson plongea et, pivotant sur elle-meme, pointa sur l’Idiran le canon de son arme. Wubslin se redressa en position assise. Balveda avait fait quelques pas chancelants en arriere apres que l’ingenieur l’eut heurtee en tombant ; une main sur la bouche, elle regardait fixement Unaha-Closp suspendu au-dessus du visage de Xoxarle. Aviger se frottait la tete en lancant un regard mauvais a la paroi du tunnel.

Horza alla se tenir aupres de Xoxarle, dont les yeux etaient fermes. Wubslin arracha son arme a la poigne desormais flasque de l’Idiran.

— Pas mal, drone, fit Horza en hochant la tete.

La machine se tourna vers lui.

— Je m’appelle Unaha-Closp, lui renvoya-t-elle, exasperee.

— D’accord, d’accord, soupira-t-il. Pas mal du tout, Unaha-Closp.

Puis il entreprit d’examiner les poignets de Xoxarle. Les fils avaient casse. Ceux qui lui entravaient les chevilles avaient tenu, mais au niveau des bras, ils s’etaient rompus net.

— Je ne l’ai tout de meme pas tue, j’espere ? demanda Unaha-Closp.

Tout en pressant le canon de son arme contre la tete de Xoxarle, Horza lui fit signe que non.

Le corps de la creature se mit tout a coup a trembler. Ses paupieres s’ouvrirent brusquement.

— Non, mes petits amis, je ne suis pas mort, gronda l’Idiran.

Le son a la fois crepitant et rapeux de son rire resonna dans le tunnel et se repercuta sur les parois. Il decolla lentement son torse du sol.

Horza lui decocha un coup de pied dans les cotes.

— On ne b…

— Nabot ! coupa la creature en riant, avant qu’il n’ait eu le temps de finir. Est-ce ainsi qu’on traite ses allies ? (Il se frotta la machoire, deplacant par la meme occasion des plaques de keratine fracturees.) Je suis blesse, annonca la formidable voix. (Puis il se remit a rire, et sa grosse tete en V roula en direction de l’appareil pulverise gisant sur la palette.) Mais pas aussi mal en point que votre precieux detecteur de masse.

Horza poussa son canon contre la tempe de l’Idiran.

— Je devrais bien…

— Me tirer tout de suite une balle dans la tete, oui, je sais, Metamorphe. Je t’ai deja dit que c’etait dans ton interet. Alors, qu’est-ce que tu attends ?

Horza contracta son doigt sur la detente en retenant sa respiration, puis lacha un hurlement inarticule sous le nez de la creature assise devant lui et s’eloigna a grands pas pour s’arreter de l’autre cote de la palette.

— Ligotez-moi ce fumier ! vocifera-t-il.

Puis il depassa Yalson et s’eloigna a grandes enjambees. La jeune femme se retourna brievement pour le regarder partir, puis reporta son attention sur la scene et, secouant legerement la tete, regarda Aviger ficeler les bras de l’Idiran contre son torse au moyen de plusieurs longueurs de fil, aide par Wubslin qui jetait de temps en temps un regard attriste aux debris du detecteur. Xoxarle etait encore secoue d’eclats de rire.

— J’ai comme l’impression qu’il a detecte ma masse, et surtout celle de mon poing ! Ha ha !

— Quelqu’un a pense a dire a ce sac a merde tripede que nous avions toujours le detecteur de masse de ma combi, j’espere, declara Horza lorsque Yalson vint le rejoindre.

Cette derniere lanca un regard par-dessus son epaule et dit :

— Ma foi, moi, je le lui ai dit, mais je ne pense pas qu’il m’ait crue. (Elle regarda Horza.) Pourquoi ? Il marche ?

Horza consulta brievement le petit ecran repeteur sur sa console de poignet.

— Pas a cette distance, il n’est pas d’une portee suffisante, mais des qu’on s’approchera, oui. Ca ne nous empechera pas de trouver ce que nous cherchons, va. Ne t’inquiete pas.

— Mais je ne m’inquiete pas, retorqua Yalson. Tu viens bientot rejoindre les autres ?

Nouveau regard par-dessus son epaule. Le petit groupe venait a une vingtaine de metres derriere eux. Xoxarle, qui continuait de pouffer de temps a autre, marchait en tete, suivi de Wubslin, qui pointait sur lui le paralyseur neural. Balveda etait assise sur la palette, et juste derriere elle planait Aviger.

— Mais oui, fit-il en hochant la tete. On n’a qu’a les attendre ici.

Il fit halte, et Yalson, qui avait prefere marcher, s’arreta aussi. Ils s’appuyerent a la paroi le temps que

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