trouve quelque chose. Vous avez pu remettre en marche le detecteur de masse ?

Horza grimaca en jetant un regard au casque que Yalson tenait sur ses genoux, puis coupa le communicateur.

— Mais il a raison, n’est-ce pas ? demanda Aviger, assis sur la palette. Celui de ta combi ne marche pas non plus ?

— J’ai des interferences a cause du reacteur, dit Horza au vieil homme. C’est tout. On va arranger ca.

Aviger n’eut pas l’air tres convaincu.

Horza ouvrit une boite de boisson. Il se sentait epuise, vide. Il y avait de la morosite decue dans l’air, maintenant qu’ils avaient reussi a retablir le courant sans pour autant denicher le Mental. Il maudit le detecteur casse, puis Xoxarle, et pour finir le Mental.

Il ignorait ou se trouvait ce fichu engin, mais il le trouverait, ca oui ! Neanmoins, dans l’immediat, tout ce qu’il voulait c’etait rester assis et se detendre un peu. Il lui fallait du temps pour mettre de l’ordre dans ses pensees. Il se frotta la tete au niveau de la contusion recue dans l’echauffouree de la station 6 ; il y avait la, a l’interieur, une douleur diffuse mais insistante qui l’aurait distrait s’il n’avait pas ete capable de la deconnecter.

— Tu ne crois pas qu’on devrait inspecter ce train, maintenant ? demanda Wubslin en enveloppant d’un regard avide les courbes polies du vehicule.

Horza sourit de le voir si enthousiaste.

— Mais oui, pourquoi pas ? Vas-y, jette un coup d’?il, acquiesca-t-il en regardant Wubslin qui, souriant, avala une derniere bouchee et attrapa son casque.

— Ouais, c’est vrai, autant s’y mettre tout de suite, conclut-il en s’eloignant d’un pas vif.

Il depassa la silhouette immobile de Xoxarle, emprunta la rampe d’acces et entra dans le train.

Balveda se tenait debout, adossee au mur, les mains dans les poches. Elle regarda en souriant l’ingenieur leur tourner le dos, se diriger vers le train puis disparaitre a l’interieur.

— Tu vas le laisser piloter cet engin, Horza ? s’enquit-elle.

— Il va bien falloir que quelqu’un s’en charge. On aura peut-etre besoin d’un moyen de transport pour chercher le Mental.

— Chouette ! commenta la jeune femme. On pourrait circuler en train indefiniment.

— Tres peu pour moi, intervint Aviger en se detournant de Horza pour regarder l’agent de la Culture. Personnellement, je rentre a la TAC. Pas question que je me balade la-dessous pour chercher ce maudit ordinateur.

— Excellente initiative, repliqua Yalson en le devisageant. On pourrait te charger de convoyer le prisonnier ; vous partiriez rien que tous les deux, Xoxarle et toi.

— J’irai seul, repondit Aviger a voix basse, en evitant le regard de Yalson. Je n’ai pas peur.

Xoxarle les ecoutait parler. Il n’aimait pas le piaulement reche de leurs voix. Il eprouva a nouveau la solidite de ses liens. Le fil electrique s’etait incruste sur quelques millimetres dans la keratine au niveau de ses epaules, de ses cuisses et de ses poignets. Cela lui faisait un peu mal, mais il fallait partir du principe que le jeu en valait la chandelle. Il s’appliqua a approfondir ses coupures en frottant de toutes ses maigres forces les endroits ou le fil etait le plus serre, rapant deliberement la couche cornee, comparable aux ongles des humains, qui recouvrait la totalite de son corps. Lorsqu’on l’avait ligote, il avait rempli sa cage thoracique et bande ses muscles le plus possible, ce qui lui accordait a present un peu de mou ; mais il lui en faudrait plus pour parvenir a se degager entierement.

Il n’avait pas de projet precis, pas de minutage bien au point ; aucun moyen de savoir quand l’occasion d’agir se presenterait. Mais de toute facon, que faire d’autre ? Rester debout la bien sagement comme un mannequin empaille ? Pendant que ces vermisseaux au corps flaccide se tortillaient, grattaient leur peau pulpeuse et s’efforcaient de trouver la cachette du Mental ? Ce n’etait pas digne d’un guerrier ; il avait fait trop de chemin, vu trop de morts…

— He ! (Wubslin avait ouvert un petit hublot a l’etage superieur du train et se penchait pour interpeller les autres.) Les ascenseurs marchent ! Je viens d’en prendre un pour monter ! Tout marche !

— Bravo ! (Yalson agita la main.) Bravo, Wubslin !

L’ingenieur rentra la tete. Ils le virent progresser dans le train, eprouvant et touchant tout ce qu’il rencontrait, inspectant les commandes et les divers mecanismes.

— Plutot impressionnant, non ? fit Balveda. Pour l’epoque, je veux dire. Horza opina en promenant lentement son regard d’un bout a l’autre du train. Puis il acheva la boisson contenue dans sa boite, qu’il reposa sur la palette avant de se lever.

— Oui, en effet. Mais ca ne leur a pas servi a grand-chose.

Quayanorl se hissa sur la passerelle.

Un rideau de fumee planait, a peine derange par la lente circulation de l’air. Mais les ventilateurs du train, eux, fonctionnaient, et les rares mouvements perceptibles a travers le nuage gris bleute provenaient principalement des portes et des fenetres, par ou sortait du train une brume acre chassee par ses systemes de climatisation et de filtrage.

Il se traina dans les decombres, des morceaux de mur et de train parsemes de debris provenant de sa propre combinaison. Sa progression etait lente et penible, et deja il craignait de mourir avant d’arriver au train.

Ses jambes ne lui etaient plus d’aucune utilite ; il s’en serait sans doute mieux sorti si les deux autres lui avaient egalement ete arrachees.

Il rampait en se propulsant grace a son bras valide, dont il agrippait le rebord de la passerelle avant de s’arc-bouter de toutes ses forces.

L’effort lui causait des souffrances intolerables. A chaque traction il se disait qu’elles allaient decroitre, mais non ; on aurait dit qu’a chaque traction, pendant les secondes interminables ou son corps brise, sanglant, se trainait vers l’avant sur le sol encombre de la passerelle, ses veines s’emplissaient d’acide. Il secoua la tete et marmonna quelques mots. Le sang coulait par des craquelures qui s’etaient refermees pendant son immobilisation, et qui maintenant se rouvraient d’un coup. Les larmes coulaient a flot de son unique ?il valide, et un liquide cicatrisant suintait lentement pour venir s’amasser dans l’orbite vide.

Devant lui, la porte luminescente transparaissait dans la brume radieuse ; un leger courant d’air s’en echappait, qui y creait des tourbillons. Les pieds de l’Idiran trainaient derriere lui en raclant la passerelle, et a mesure qu’il avancait, sa plaque thoracique creusait un sillon dans les decombres, telle une etrave fendant les eaux. Il saisit a nouveau le rebord et tira.

Il s’efforcait de ne pas crier ; non qu’il craignit d’attirer l’attention, mais parce que, du jour ou il s’etait tenu debout seul pour la premiere fois, toute sa vie on lui avait appris a souffrir en silence. Et il s’y etait consacre de tout son c?ur ; il entendait encore son Querl-de-nid et son parent-mere lui interdire de crier. Il avait honte de leur desobeir, seulement parfois, c’etait plus fort que lui. Parfois le cri fusait sous la pression de la douleur.

Au plafond, certaines lampes touchees par des tirs egares etaient eteintes. L’Idiran distinguait des crateres et des perforations diverses dans le revetement exterieur du train ; il n’avait aucun moyen de savoir s’il avait subi des degats graves, mais il n’allait pas s’arreter maintenant. Il fallait qu’il continue.

Il entendait le train. Il l’ecoutait comme le chasseur ecoute une bete sauvage. Le train etait vivant ; blesse – certains de ses moteurs semblaient endommages – mais vivant. Lui-meme allait mourir, mais, avant, il ferait son possible pour capturer la bete.

— Qu’est-ce que tu en penses ? demanda Horza a Wubslin.

Il avait repere l’ingenieur sous un des wagons ; la tete en bas, ce dernier etudiait le systeme d’entrainement des roues. Le Metamorphe lui avait demande de jeter un coup d’?il au petit appareil qui, fixe a l’avant de sa combinaison, constituait le corps du detecteur de masse.

— Je ne sais pas, repondit Wubslin en secouant la tete. (Il avait revetu son casque et, visiere rabattue, se servait de l’ecran interieur pour obtenir un agrandissement du detecteur.) C’est trop petit. Il faudrait que je le ramene a bord de la TAC pour pouvoir l’examiner correctement. Je n’ai pas pris tous mes instruments avec moi. (Il fit claquer ses levres.) Il a l’air intact. Je ne vois pas de degats apparents. Ce sont peut-etre les reacteurs qui le neutralisent.

— Quelle guigne ! Il va falloir chercher par nous-memes, alors, fit Horza.

Il laissa Wubslin refermer la minuscule trappe d’inspection ouverte sur sa poitrine. L’ingenieur se redressa

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