Il se pouvait que la Flotte paie pour recuperer un de ses guerriers, meme si sa famille a lui – qui, de toute facon, n’etait pas riche – n’en avait pas le droit. Il ne savait plus tres bien s’il avait envie de vivre, s’il devait racheter par de futurs exploits la honte de s’etre fait prendre puis restituer contre rancon, ou bien faire son possible pour s’enfuir… ou mourir. C’etait vers l’action qu’il se sentait le plus attire ; l’action, c’etait la vocation du guerrier. En cas de doute, agis.
Le vieil humain se leva de sa palette et la contourna. Il s’approcha suffisamment pres de Xoxarle pour inspecter ses liens, mais sans beaucoup de soin. L’Idiran jeta un regard au fusil-laser, et ses grandes mains liees derriere son dos s’ouvrirent puis se refermerent lentement sans meme qu’il s’en rende compte.
Wubslin deboucha dans la salle de controle situee a l’avant du train. Il ota son casque et le posa sur le tableau de bord en s’assurant qu’il ne touchait aucune commande, puis constata qu’il prenait seulement appui contre une serie de petits cadrans eteints. Il resta immobile au centre de la piece en promenant autour de lui un regard fascine.
Le train vibrait sous ses pieds. Cadrans, voyants, ecrans et panneaux divers indiquaient bien que le train etait pret a partir. L’ingenieur fixa un panneau de commande situe face a deux enormes fauteuils, eux-memes disposes devant la partie avant du tableau de bord ; ensuite venait le vitrage blinde formant une partie du nez de l’engin. Au-dela s’ouvrait le tunnel, dont seules quelques petites ampoules murales dissipaient l’obscurite.
Cinquante metres plus loin, un ensemble d’aiguillages complexe divisait les rails en deux tunnels distincts ; l’un partait tout droit – Wubslin y apercut l’arriere du second train –, et l’autre s’incurvait pour contourner la zone entretien-reparation et rejoindre perpendiculairement la station suivante.
Wubslin tendit le bras par-dessus la console pour effleurer le vitrage et en eprouver la surface lisse et froide. Il sourit : c’etait bien du verre, et non un ecran. Il preferait cela. Les concepteurs de l’engin connaissaient les ecrans holographiques, les supraconducteurs et la levitation magnetique – puisqu’ils avaient utilise toutes ces techniques dans leurs transtubes –, mais pour leur grand ?uvre, ils n’avaient pas craint de s’en tenir a une technologie plus rudimentaire, mais moins fragile. C’etait ainsi que le train comportait des vitrages blindes et roulait sur des rails en metal. Wubslin se frotta lentement les mains et examina tour a tour les nombreux instruments et manettes de controle.
— Pas mal, souffla-t-il.
Il se demanda s’il serait capable de deviner quels boutons commandaient l’ouverture des portes du wagon- reacteur.
Quayanorl atteignit la salle de pilotage.
Elle n’avait pas souffert. De haut en bas, du plancher au plafond, on y voyait successivement des pieds de fauteuils en metal, des tableaux de commande en surplomb, puis des plafonniers dispensant une vive lumiere. Perclus de douleurs, marmonnant des mots sans suite, il se trainait sur le sol en s’efforcant de se rappeler pourquoi il avait fait tout ce chemin.
Il se reposa en appuyant sa joue contre le sol glacial de la cabine. Le train bourdonnait sous son visage et lui transmettait ses vibrations. L’engin etait toujours vivant ; abime, certes – et, comme l’Idiran, il ne s’en remettrait jamais –, mais vivant. Ce dernier avait eu jusque-la quelque chose en tete, il le sentait confusement, mais quoi ? Cela lui echappait a present. Il en aurait pleure de frustration, mais n’avait meme plus assez d’energie pour cela.
Unaha-Closp examina le wagon-reacteur. Il lui parut tout d’abord en grande partie inaccessible, mais le drone finit par trouver un acces par le biais d’une gaine de cables.
La machine se promena ca et la dans le wagon en reperant le fonctionnement de l’ensemble : les deflecteurs absorbants abaisses destines a empecher la surchauffe de la pile ; la plaque d’uranium appauvri prevue pour proteger les fragiles organismes humanoides, le systeme d’evacuation de la chaleur canalisant cette derniere vers une batterie de petites cuves, ou la vapeur produite alimentait des generatrices, qui a leur tour produisaient la force motrice des roues. Tout cela est d’un sommaire ! songea Unaha-Closp. Complique et sommaire a la fois. Tellement enclin a se detraquer, malgre tous leurs systemes de securite !
Mais de toute facon, si les humains et lui avaient a se deplacer dans un vehicule tracte par ce genre de locomotive a vapeur nucleaire, ils utiliseraient l’energie du systeme principal. Le drone tomba d’accord avec le Metamorphe : c’etait de la folie, de la part des Idirans, que de vouloir remettre en marche toute cette antique ferraille.
— Et ils
Yalson contemplait les filets suspendus. Ils se tenaient tous trois dans l’encadrement d’une porte donnant sur une vaste salle ; celle-ci avait du servir de dortoir aux etres depuis longtemps disparus qui travaillaient jadis dans le Complexe. Balveda essaya un des filets. Ils ressemblaient a des hamacs deplies, tendus entre des piquets alignes qui tombaient du plafond. Il pouvait y en avoir une centaine dans la piece ; on aurait dit des filets de pecheur mis a secher.
— Je suppose qu’ils trouvaient cela confortable, dit Horza. (Il regarda autour d’eux. Aucun endroit ou le Mental fut susceptible d’avoir trouve refuge.) On continue, reprit-il. Allez, Balveda, en route.
La jeune femme quitta son filet en le laissant anime d’un leger balancement, et se demanda s’il n’y avait pas quelque part des baignoires ou des douches en etat de marche.
Il tendit les bras et agrippa le tableau de bord. Tirant de toutes ses forces, il reussit a hisser sa tete sur le siege. Puis il se servit des muscles de son cou et de son bras douloureux, affaibli, pour se soulever de terre. La, il s’arc-bouta a nouveau et fit pivoter son torse. Une de ses jambes heurta le dessous du fauteuil ; il hoqueta de douleur et faillit retomber. Mais il avait reussi a se hisser sur le siege.
Il jeta un regard, par-dela les commandes groupees, au large tunnel qui s’ouvrait derriere le nez incline du train ; ses parois noires etaient jalonnees de petites lumieres. L’acier etincelant des rails s’enfoncait dans le lointain.
Quayanorl plongea son regard dans cet espace immobile et muet et eprouva une maigre sensation de triomphe, legerement teintee d’amertume ; il venait de se rappeler la raison qui l’avait pousse a ramper jusqu’ici.
— Ca y est ? interrogea Yalson.
Ils se trouvaient dans la salle de controle, d’ou on commandait les fonctions complexes de la station. Horza avait allume quelques ecrans, verifie des chiffres, et etait a present assis devant un panneau de controle, ou il se servait des telecameras de la station pour balayer une derniere fois les couloirs, salles, tunnels, puits et autres cavernes. Perchee sur un autre siege colossal, Balveda agitait ses jambes pendantes comme une petite fille dans un fauteuil d’adulte.
— Oui, ca y est, repondit Horza. On a passe en revue toute la station ; a moins de se cacher dans un des trains, le Mental n’est pas la.
Il activa les cameras des autres stations, en commencant par la 1. Il s’attarda sur la station 5, ou il obtint une vue plongeante des quatre cadavres de medjels et de l’epave du canon rudimentaire qu’avait fabrique le Mental, puis passa a la camera fixee au plafond de la station 6…
Quayanorl contemplait fixement les commandes devant lui. Xoxarle et lui avaient eu le temps de determiner leur mode de fonctionnement avant l’arrivee des humains, du moins en partie. Maintenant, il fallait qu’il se souvienne de tout. Que faire en premier ? Il se pencha en avant, le bras tendu, et se balanca dangereusement sur ce siege qui n’etait pas fait pour les etres de son espece. Il actionna une serie d’interrupteurs. Des voyants se
